[...] Papa, maman, les deux gosses (un de chaque sexe : le choix du roi), le tout avec de belles dents bien blanches, des sourires épanouis, un physique indubitablement aryen. Ils ont des maisons d'architectes où la douce brise du matin balance les voilages dans un rayon de soleil malicieux. Ils ont un jardin magnifiquement entretenu, et l'on peut se rouler de contentement sur la pelouse parfaite sans crainte pour le brushing qui le vaut bien et le costard blanc qui sortira plus blanc que blanc à basse température, parce que les gens heureux ne sont pas des salauds, ils respectent aussi l'environnement, même quand ils roulent en 4x4 familial.
La famille du bonheur ne connaît pas le chômage, la maladie ou le deuil. Les vieux ont des conventions obsèques pour ne pas faire chier leurs descendants ultra-brite et leur dentier colle bien au palais pendant qu'ils se goinfrent de petits biscuits de régimes. La famille du bonheur, ne rate pas un gadget technologique, elle mange sain et équilibré rien qu'avec des trucs tous prêts industriels en barquette. Elle aime sillonner les routes sans fin dans son monospace ou son 4x4 et quand elle passe dans une station essence, c'est pour récupérer le nounours que le nain avait perdu, il y a 25 ans. Dans leur monde, c'est tous les jours le printemps, il n'y a pas de pauvres, de moches ou de gros. Tout le monde travaille, et au bureau (c'est presque toujours un zoli bureau climatisé), tous les collègues sont sympas, ils passent plein de temps à discuter autour de la machine à café, ou à recevoir des clients sympas et souriants, ni pauvres, ni moches, ni gros. La famille du bonheur grignote tout le temps et ne grossit jamais, elle passe son temps à faire péter la carte bleue sans jamais se ruiner, et quand ça ne suffit pas, elle fait des crédits vachement faciles avec des petits bonhommes verts tous rigolos. Ils bossent comme des ânes (mais pas trop et toujours avec le sourire), dépensent du fric tout le temps, trouvent toujours le temps de bouffer ensemble, de faire des voyages, du sport, des tas de sports avec tout plein d'équipements de la mort qui tue, ils ont quand même pleins d'amis qu'ils invitent à bouffer régulièrement à la maison, cette maison toujours propre et qui sent bon, décorée avec goût, où il fait bon vivre. Sans oublier la ménagerie (chat, chien et compagnie), toujours l'oeil vif et le poil brillant!

Un régal !

Vous avez aimé ? Alors, qu'est-ce que vous faites encore là ? Filez vite lire le reste de cet excellent article chez Le Monolecte, mais attention, dans le reste de son article, Agnès ne nous fait pas que rire, elle nous fait aussi réfléchir à quelques vérités profondes.

Sinon, des familles heureuses comme ça, Mâ Anandaramesh en cotoie un certain nombre parmi ses relations professionnelles. Ils sont également cathos au point d'avoir le portrait de l'obersturmpape Benoît XVI imprimé dans le fond du slip, car chez ces gens-là, ma brave dame, on ne porte pas de string (pour au moins deux bonnes raisons : ça ne laisse pas la place pour le portrait de l'obersturmkardinal d'une part, et ça échauffe la raie du cul sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, Youkaïdi, youkaïda..., d'autre part).
Et une des choses les plus impressionnantes du point de vue professionnel chez La Famille Heureuse, c'est que Monsieur Heureux peut même se faire une paie à cinq chiffres en étant dernier arrivé au bureau, premier parti, con comme un balai sans poils et tellement incompétent que jamais ses subordonnés ne le laisseraient toucher à quoi que ce soit. Mais Monsieur Heureux est parvenu à son heureux statut grâce à un ensemble de qualités rares : Ne Jamais Contrarier Ses Chefs, Brosser Dans le Sens du Poil, et Laisser Bosser ses Subordonnés[1].

Le voilà donc, le secret du bonheur !

Et le souci principal de Monsieur Heureux est de partir suffisamment tôt du bureau aujourd'hui pour être à l'heure chez lui pour le rendez-vous avec l'artisan qui doit lui faire le devis pour la barrière désormais obligatoire à construire autour de la piscine.
Et la principale contrariété de Monsieur Heureux demain au bureau sera que ce salopard d'artisan ne sera même pas venu, sans même avoir pris la peine de décommander le rendez-vous, et que ça fait la troisième fois et que ça fait déjà 6 mois que cette putain de barrière devrait être construite autour de la piscine.

On n'imagine pas le point auquel la vie peut être dure, parfois...

Sinon, je ne sais pas ce qu'elle a contre les monospaces familiaux, Agnès, mais je me suis fais violenter le portefeuille en changeant les chaussures de devant du mien, ce matin.
Même que le type de chez Feu Vert a tenté de nuire considérablement à l'environnement de mon portefeuille en prétendant qu'il fallait remettre du gaz dans la clim', mais quand il m'a annoncé la couleur ça m'a donné encore considérablement plus chaud que de ne pas rajouter de gaz, alors je lui ai dit de foutre la paix à la couche d'ozone pour cette année, ça fait encore bien assez de froid non mais, et puis je connais la musique, ces trucs-là, ça ne fuit pas tant qu'on n'y touche pas, mais dès la première fois qu'on y touche, après, faut remettre du gaz tous les trois mois, gromeuleu...
Alors le type de chez Feu Vert y s'est vengé en me disant qu'il allait falloir me changer les disques de freins et que ça allait faire encore plus cher que pour mettre du gaz dans la clim'.
Mais je lui ai dit pas de ça Lisette, on en recausera un jour après l'été, et même peut-être jamais car il n'est pas exclu qu'on se tue en bagnole cet été, et que ça nous économise le souci de ne jamais avoir à remplacer les disques de freins ou remettre du gaz dans la clim.
Non mais c'est vrai quoi !

Alors je ne sais pas ce qu'elle a, Agnès, contre les monospaces familiaux, mais même les petits te font suffisamment chier[2] pour que ça nuise gravement au bonheur, et qu'on ne puisse pas concourir dans la catégorie "famille du bonheur", après, Mmhhhmmm...

Notes

[1] Sans jamais leur donner les moyens de ce qu'on leur demande, mais c'est pas grave, ils ont montré qu'ils étaient capables de relever le challenge grâce à leur commitment à l'actionnaire qui déchire sa race, et ça leur donne l'occasion de pouvoir se dépasser pour atteindre leurs objectifs, elle est pas belle, la vie ?

[2] Et d'ailleurs ça me fait penser qu'il faut que je démontre ce putain de chargeur de CD coincé avec 6 CD dedans depuis près d'un an, Grmrmrmmmblblmm...