Au moment de se coucher, Mademoiselle Patâpatî se montre toute triste parce que cette année, à l'école, elle n'ai rien préparé comme cadeau pour la fête des mères (forcément, elle rentre de classe verte...) alors que son petit frère vient très probablement de se vanter auprès d'elle de ce que lui avait préparé à la maternelle... Vive les gosses ;-)

Je tente donc de consoler ma pupuce dans son lit en lui disant bonsoir :

- T'inquiète pas pupuce si t'as rien fait, tu étais en classe verte, et de toute manière c'est rien qu'une vieille fête pétainiste qui pue et qui n'est maintenue que pour des raisons strictement commerciales qui puent. On s'en fout. Tu n'as pas à te sentir obligée de quoi que ce soit. C'est pas grave. Allez, dors.

Mâ Anandaramesh, qui passe dans le couloir, a entendu l'argumentaire.
- Tu ne devrais pas dire ça à des enfants !
- Ah ? Et pourquoi donc ne devrais-je pas dire ce que je pense à mes enfants ?

Quelques minutes passent. Je la retrouve dans le salon.
- Swâmi Petaramesh : Patâpatî a 8 ans 1/2. Je réfléchis, et je me demande sous quel prétexte je devrais m'abstenir d'exprimer devant elle mes opinions vis-à-vis de certaines choses, et encore davantage, devrais-je lui enseigner l'exact contraire de ce que je pense ? Comment expliquerais-je un jour à ma gosse Jusqu'à 10 ans, je t'ai raconté des conneries qui sont l'exact contraire de ma pensée, et maintenant que tu as franchi un seuil, je vais pouvoir te parler de ma pensée véritable et donc te dire le contraire de ce que je t'ai enseigné jusqu'ici. Ce serait totalement absurde, incompréhensible, n'est-ce pas ? Je pense certaines choses. Et c'est donc ce que je dis à mes enfants. Je ne vois pas où est le problème. Y a-t-il une honte à dire qu'une prétendue fête est absurde et bidon quand on le pense ? Faudrait que je lui enseigne que c'est tout Bambi et tout mignon jusqu'à ce qu'elle ait les moyens de comprendre les raisons précises pour lesquelles c'est tout frelaté et malodorant ?
- Oui mais la fête des mères c'est gentil c'est mignon pour les enfants...
- C'est une fête oubliée exhumée par Pétain pour des raisons politiques malodorantes, et qui a survécu uniquement pour des raisons commerciales, et tu le sais parfaitement.
- Oui mais quand j'étaits petite j'adorais fêter la fête des mères à ma maman et je n'en ai jamais raté une seule.
- Oui mais quand tu étais petite, tu n'avais pas d'opinion à toi, tu ne faisait qu'agir en fonction de l'opinion de tes parents et de ton environnement. Aujourd'hui, tu es une femme de 40 ans et ton opinion sur les choses a grandement évolué. Dois-tu éduquer tes enfants en fonction de ton opinion d'adulte, ou de ce que tu trouvais mignon petite enfant, c'est-à-dire purement en fonction de l'opinion qu'avaient tes propres parents, et pour des raisons affectives, conformistes et gnan-gnan ? Je trouvais ça mignon quand j'étais petite, alors je le transmets à mes gosses, même si j'ai réfléchi depuis et si je vois les choses sous un angle radicalement différent ? Comment peux-tu alors être cohérente avec toi-même ? Et s'il se trouve que sur certains sujets nos opinions diffèrent, dois-je enseigner à mes enfants mon opinion, ou la tienne ? Il me semble logique de leur donner la mienne, je te laisse le soin de leur donner la tienne... Ils feront ensuite le tri au fur et à mesure que s'éveillera leur conscience politique.
- Oh leur conscience politique, tu parles...
- Ben justement, si l'on souhaite qu'elle s'éveille, il ne serait pas plus mal de leur donner de quoi la nourrir...

Bon. Inutile de prolonger le suspense. Autant dire que tout ça a mal fini, et qu'elle a filé se coucher en faisant la gueule.