Racines
Par Petaramesh le lundi 22 mai 2006, 16:05 - Intime Universel - Lien permanent
C'est mystérieux, la notion, ou la sensation, ou le sentiment de racines, des racines d'autrui, ou de ses propres racines, à soi-même.
J'ai passé l'essentiel de ma vie à penser que je n'avais pas vraiment de racines, que c'était là une notion qui m'était à peu près étrangère, que mon chez-moi était l'endroit où se trouvaient pour l'instant posés mon rasoir et ma brosse à dents.
Pas plus attaché que ça à un lieu ou un autre.
Un père pied-noir né du côté de Tunis, dont la famille[1] était originaire du sud-ouest de la France.
Une mère bretonne[2].
Les deux s'étant rencontrés (Nous nous vîmes, nous nous plûmes, nous nous aimâmes...
) au fin fond de l'Afrique noire, où mon cher père haut-fonctionnait tandis que ma chère mère plus modestement institutait.
Un Swâmi Petaramesh qui naquit un beau jour à Saint-Etienne. Tiens, pourquoi Saint-Etienne, pourquoi pas ailleurs ?[3] ma foi, parce que les hauts-fonctionnaires, on les envoie de temps à autre haut-fonctionner de-cî de-là...
Ville natale que Swâmi Petaramesh quitta pour Marseille dans les bagages de ses géniteurs vers l'âge de 5 ans, c'est-à-dire avant d'avoir de cette ville le moindre souvenir précis. Déjà qu'un Swâmi Petaramesh a peu de souvenirs d'enfance, mais de sa ville natale, pour ainsi dire aucun.[4]
Marseille où il passa la seconde partie de son enfance et toute son adolescence, et où se produisirent l'essentiel des événements fondateurs et toutes ces sortes de choses.
Puis Swâmi Petaramesh alla s'exiler quelques années à Valence (qui est le Trou du Cul de l'Univers aussi sûrement que la Gare de Perpignan en est le Centre[5] [6]), avant de monter encore plus au nord du cercle polaire passer une douzaine d'années en région parisienne[7], puis de redescendre depuis 2000 établir par erreur ses pénates à Lyon.[8]
Bref. Pour faire simple donc, après ce genre de pérégrinations, Swâmi Petaramesh ne s'était jamais vraiment senti posséder de racines, et avait une tendance naturelle à se gausser de ceux qui tenaient très fort à leur coin de pré ou leur bout de caillou, tant un tel sentiment lui paraîssait absurde autant qu'étranger.
Si on demandait à Swâmi Petaramesh quelles étaient ses racines, soit il répondait "aucune" en toute sincérité, soit il évoquait ses racines bretonnes, tant parce que c'était la seule branche de la famille qu'il trouvait à peu près fréquentable (et encore, uniquement à cause de son grand-père adoré), et également à cause de la maison de Bretagne, maison des grands-parents donc, où la tradition familiale avait voulu que Swâmi Petaramesh passât toutes ses vacances d'été jusqu'à la fin de son enfance, et qui restait donc un lieu magique a bien des titres - et qui le fut de moins en moins, les lieux magiques rétrécissant au fur et à mesure que leurs petits magiciens grandissent...
Donc des racines ? Que non point. Ou alors, putatives.
Pour autant, dans tout ça, l'endroit où Swaâmi Petaramesh avait passé le plus clair de sa vie, et, plus important encore, toute son adolescence et mille moments magiques, cet endroit était Marseille.
Mais cependant, durant toutes ces années, Swâmi Petaramesh ne s'était jamais senti Marseillais. Vivant à Marseille, oui. Aimant Marseille et ses alentours, oui. Mais Marseillais, non. Toujours une pièce rapportée, un élément d'importation.
De même que les marseillais authentiques avaient toujours considéré le jeune Swâmi Petaramesh comme un estranger d'ailleurs.
D'abord parce que Swâmi Petaramesh n'avait pas vraiment un physique sudiste, avec sa peau claire-qui-crame plus facilement qu'elle ne bronze, ses yeux bleus et ses cheveux blonds, pas très marseillais tout ça.
Et puis parce que Swâmi Petaramesh n'avait pas l'accent[9]. Et que donc, forcément, il parlait poinnntü.. Ah oui, ce jeune Swâmi avait décidément tout d'un parisien du Grand Nord.[10]
Swâmi Petaramesh se sentait lui-même estranger d'autant plus qu'il n'avait pas du tout le caractère méridional traditionnel : Volubile, extraverti, hâbleur (prononcer tchatcheur), frimeur, superficiel, bruyant, artificiel... A l'époque, Swâmi Petaramesh avait tendance à percevoir de cette manière les sudistes qui l'entouraient, et à s'en sentir très éloigné et radicalement différent, mal à l'aise dans ce type de contexte relationnel, vivant dans un autre monde. Un martien. Comme d'habitude, d'ailleurs.
Swâmi Petaramesh fut donc, de longues années durant, un non-marseillais vivant à Marseille, et aimant Marseille. Un apatride ne possédant point de racines, en quelque sorte. Un exilé de nulle-part.
Je suis ici mais je ne suis pas d'ici. Tu es d'où ? Ah, je ne suis pas d'ailleurs non plus. Je suis de nulle-part.
Et ça fait quoi maintenant ? Largement plus de vingt ans que je ne vis plus à Marseille. Des années que je n'y avais pas mis les pieds.
Samedi.
Marseille Saint-Charles, terminus ! Tous les passagers descendent de voiture. Assurez-vous de n'avoir rien oublié dans le train.
Je sors sur le parvis de la gare, je commence à descendre le boulevard d'Athènes en direction de la Canebière.
Je suis à la maison. Je suis chez moi. Je suis rentré. Tout ici m'est familier. La lumière, les couleurs, les sons, les odeurs. Les gens.
Je commence à me balader et ressens ce phénomène de plus en plus fort. Je pourrais m'asseoir n'importe où, sur n'importe quelle marche d'escalier ou coin de trottoir et affirmer "Je suis chez moi". Avec un sentiment profond et une totale légitimité.
Finalement, j'ai des racines.
Alors je pars me balader et je sors mon appareil numérique, faire une petite provision de Marseille au passage. Tel le touriste japonais ? Non. Parce que moi, je sais où je suis. Moi, je suis d'ici.
Il m'a fallu 20 ans d'exil pour devenir Marseillais.
Venez avec moi partager la balade, si vous êtes attentif, vous trouverez même le bateau d'Yves... ;-)
...avec un très grand Merci ! à la Sardine masquée du port, à Nanou et à Cristo...
Notes
[1] Que je ne connais pour ainsi dire pas.
[2] Bien Bretonne, née à Langourla, ayant vécu à Pluzunet et l'Île Grande enfant, avec des ancètres marins Bretons et paysans Bretons, avant de déraper ensuite dans l'institutrice Bretonne et le directeur d'école Breton, promotion sociale à l'ancienne et à la force du poignet porte-plume, rien que de l'authentique !
[3] Et oui, moi aussi, il arrive que des bas-fonctionnaires zélés me fassent gravement chier pour m'établir des papiers d'identité, malgré mon air de bon aryen blond (enfin, plutôt gris maintenant...) aux yeux bleus bien propre sur lui...
[4] Je ne perds d'ailleurs pas grand-chose : J'y suis passé l'autre jour ; circulez ! Y'a rien à voir. Et je ne me souvenais certes pas de l'adresse où j'habitais enfant, juste du nom de la rue, que je n'ai jamais réussi à retrouver... Par contre autour, certes que la campagne est belle !
[5] Quelques kilomètres avant déjà, au Boulou, mon cerveau commence à se mettre en branle, mais l'arrivée à la gare de Perpignan est l'occasion d'une véritable éjaculation mentale qui atteint alors sa plus grande et sublime hauteur spéculative. - Salvador Dalí.
[6] La France peut donc s'enorgueillir, malgré les dimensions relativement modestes du territoire national, de se trouver y détenir à la fois le Centre et le Trou du Cul de l'Univers, sans même parler du Centre de la France, de la grotte de Lascaux, et d'une certain nombre de capitales fromagères de notoriété mondiale.
[7] Ce qu'on raconte est vrai : C'est plein de parigots qui conduisent presque aussi mal que des grenoblois à Lyon !
[8] Ville où Swâmi Petaramesh n'a jamais eu autre chose que des emmerdes, comme quoi il aurait probablement mieux fait d'aller s'établir ailleurs...
[9] Et passa toute son adolescence à prendre grand soin de ne pas "l'attraper".
[10] Sachant que le Cerle Polaire passe juste au-dessus d'Avignon, que la seule autre grande ville de France, au nord du Cercle Polaire, est Paris, et que là-bas, est-il besoin de le préciser, Y'a que des (cons de) parisiens qui parlent poinnnntü










Commentaires
C'est une des rares occasions en lesquelles je ne suis pas d'ac' avec ce cher Georges : quand il dit
Moi z'aussi, j'ai des racines, et elles se sont aussi précisées sur le tard : je me sentais vaguement sudiste, je me sais aujourd'hui biterroise. Et c'est pas si facile, hein, d'être biterroise... ;-)
En tout cas, Marseille, ce sont de bonnes racines que des racines implantées dans ce terreau gouailleur.
Ca alors! Petaramesh a des racines bretonnes!!!... 'tain... :)
Concernant les racines, jusqu'à ce ce que je quitte mon bout du monde, je n'avais jamais ressenti aussi fortement mon appartenance. C'est effectivement en rentrant "chez moi", désormais, que je me rends compte à quel point je suis de là-bas ...
C'est bon de savoir d'où l'on vient -qui on est, en quelque sorte-, hein!? :D
Pourquoi c'est marqué "Laisser le premier commentaire" quand il y en a déjà deux?... Houston??? ;)
Rose, tu fumes des trucs trop forts ;-)
parle pas de fumer, Swâmi, tu vas te faire du mal !
Bon, et merci pour le merci, je transmettrai à Nanou et Cristo.
Au fait, à quant une note sur la folle soirée de samedi ?
Wouaff !!! y'en a même une avec un morceau de bras à moi !
@ko :
C'est comme tout, dans la vie, il faut savoir assumer sa vraie nature ;-)))
@Rose :
Il fallait bien qu'un tel homme fût taillé dans un bois d'exception !
@Sardinette :
Eh ! Tu as quand même vu que Swâmi Petaramesh arrive (presque) à tenir dans des circonstances couasiment héroïques.
Car je confesse avoir tiré 3 barres (et c'est tout) sur une clope de Sardine (mea culpa, mea maxima culpa...), mais, compte tenu du contexte, c'était davantage un acte d'héroïsme que de lâcheté,
avec tout ce qui se fumait ce soir-là,n'est-ce pas !>
En écrirai-je une ? Qui sait ? Ca interpelle au niveau du vécu ;-) sur l'étanchéité de la cloison existant entre la vie bloguique et l'IRL...
Et puis, un peu de mystère ne nuit jamais...
>
Ah voui ! Vu ! Il m'avait échappé au montage ;-)
oh, ben, j'espère que ce n'est aps à cause de moi que tu te gênes pour raconter, hein. J'serai curieuse de voir ce que tu pourrais écrire sur le phénomène Cristo...et ma logorrhée légendaire.... :-))
@Sardinette : Le Sage évite soigneusement de parler d'autrui, et particulièrement de décrire, qualifier ou juger autrui ;-)
Quant à ta , et puisque tu en parles toi-même et m'invites donc ipso facto à m'exprimer à ce propos, j'ai à ma grande, que dis-je, à mon immense surprise, découvert qu'il existait en ce monde une créature (évidemment femelle) à côté de laquelle ma Belmehr peut-être considérée comme aussi aphasique que muette : une carpe ! Encore plus incroyable, il est même possible de la battre à plate couture question prise de tête <8~\ ...Et encore, encore plus incroyable, qu'il soit possible de parler autant et à un tel débit sans que l'adversaire ne puisse jamais relever la moindre connerie ou erreur de logique, et qu'il soit démontré qu'une personne capable de parler autant est également capable d'écouter et de mémoriser simultanément tout ce qui se passe autour d'elle.
Alors là, je m'incline, je jette l'éponge (et j'appelle un spécialiste... ;-)
ha ha ha c'est trop bien dit et c'est trop d'honneur ! Le Grand vient de lire par dessus mon épaule et se roule de rire ...
c'est trop beau, tu m'autorises à faire sur citation de ton commentaire sur mon blog ?
@Sardinette : Tu peux citer tant que tu veux, Swâmi Petaramesh médit d'autrui sous licence Creative Commons ;-)
Hé Swami, je ne te connais pas sauf pour te lire chez la sardine, n'empêche Sainté faut pas cracher dessus ou je me fâche , si tu as un peu de temps, va lire chez moi au 12 mai ... a part ça, j'ai aussi peu de racines que toi et autant d'affectations provisoires...
@Elvire : T'inquiète pas, va, je me doutais bien qu'à cracher sur la moitié de la France, j'allais me faire des copains... Je suis d'ailleurs surpris de ne pas encore avoir reçu de menaces de mort...?
Sans doute parce que je n'ai dit aucun mal de l'O.M. ou de la Corse ;-)))
...Tout cela étant pour de rire, bien sûr...
je le sais bien que c'est pour de rire n'empêche que, fouilla ! à parler comme ça de sainté t'es ben un lyonnais, je dis ! Beauseigne ...
j'aime bien. je viens pour la première fois. je reviendrai..