Je me souviens encore de la grande claque dans ta face[1] Qu'avait été la sortie de Matrix, pas le "2", ni le "3" ni le "douze", non, Matrix, le Matrix, le vrai, sans numéro.

Je me souviens de la grosse baffe que je m'étais prise au ciné et de la sensation d'être scotché au siège que j'avais même après le générique de fin.

Un Grand Film, Matrix. Avec une vision, un scénar en béton, un postulat de base qui tient la route et qui sert une "spiritualité" certes un peu rudimentaire, mais néanmoins (cinématographiquement) crédible et efficace. C'est de plus un film qui a changé jusqu'à l'esthétique des scènes d'action et la manière dont on les filme, qui a inventé un nouveau langage visuel.

Un film qui te laisse la bouche ouverte, machoire à moitié décrochée. Ze shock.

A tel point qu'il y a eu indiscutablement un avant et un après Matrix, et ça, très peu de films peuvent s'en vanter. Très, très peu, et surtout dans ce genre.

Depuis, il a été pompé et repompé, archipompé et recyclé de partout, au point qu'on voit dans tous les films maintenant des scènes d'action filmées "à la Matrix", ou dont l'esthétique est "Matrixisée".
Y'a même eu les spot de pub TV de rasoirs et déodorant Matrixifiés de haut en bas, à une époque. Tout un symbole, ça !

Bien. Ca c'est pour le premier, donc.

Mais le deuxième, "reloaded", et le "troisième" ?

Alors là, pure suite commerciale, grosse daube merdeuse, aspirateur à thunes basé sur le succès du premier et le manque de discernement d'une bonne partie du public, hélas. Ils veulent de la grosse baston comme la première fois, montrons-leur de la grosse baston, mais rajoutons-en plein.
Scènes d'action, donc, multipliées à l'infini et jusqu'au ridicule total, milliers de "Mr. Smith" à affronter d'un coup pour le Keanu/Neo héroïque - qui vole désormais à la Batman, d'ailleurs. Surenchère esthétique dans sa cape de supaire-héros à trois francs.
Scénario qui se délite dans la port'nawakerie qui n'est plus qu'un prétexte à la débauche d'action et d'effets spéciaux - ouais, ils sont beaux les effets spéciaux. Et les deux méchants-spectres sont très réussis, et y'a une quantité impressionnante de voitures cassées sur l'autoroute, ah que ouais ; malheureusement, ça ne suffit pas à sauver un film, et de très loin.
Scénar qui se perd tellement dans le n'importe quoi qu'on se demande par moments si on a basculé dans le jeu-vidéo pur et dur (y pourraient quand même te filer une manette de jeu...) ou dans une nouvelle version de Fort Boyard, avec les clés du Père Fouras Maître des Clés, et tout ça...
Rajoutons aussi une rave-techno-love-parade undergrounde avec des filles sexyyyyyyes qui dansent dans la boue en trémoussant du cul juste ce qu'y faut façon Lambada là-là-là-là pour faire érecter l'adolescent boutonneux, et le Keanu qui se tape sa belle sur une peau de bête[2] que waah ! c'en est trop dans le convenu que même dans un James Bond ils n'oseraient plus.
Donc c'est dit, le scénar est port'nawakesque, affligeant et surtout le prétexte spiritualo-machin qui était crédible dans le premier opus se transforme en une espèce d'infâme guimauve syncrétiste port'nawakesque New-âgeuse que c'est à en vomir partout.

Bref, dans les suites de Matrix, y'en a peut-être à voir pour l'ado qui veut de la grosse baston à gros effets et le bô héro trop top-classe qui embrasse la beeelle héroïne et tue zigouille net sans peur et sans reproche des milliards de méchants et voilà.
Sinon rien. A chier.

Mais c'est toujours surprenant qu'un film puisse être une telle réussite - je considère vraiment Matrix comme un très grand film pour ne pas dire un chef d'oeuvre - et se voir affublé d'une suite qui est au premier opus ce qu'un sac de fast-food emporté et bouffé froid et gras est à un grand restaurant...

Pouah.

Notes

[1] Juste pour montrer que je parle aussi quelques mots d'Angelo-Drenko-Alixien moderne, ces trois-là, c'est les sept plaies d'Egypte à elles toutes seules ;-)

[2] Y'avait pas de peau de bête ? J'ai cru voir une peau de bête ? Enfin, si y'en avait pas, c'est simple, il aurait mérité qu'il y en eût une...