Dansent les ombres du monde
Par Petaramesh le mardi 16 mai 2006, 10:38 - Intime Universel - Lien permanent
Dimanche soir, je marchais dans la ville en sifflant
How many roads must a man walk down...
Post-engueulade, en ruputure de couple, sorti faire un tour en ville.
Je remonte à pied de Bellecour aux Terreaux, puis retour dans l'autre sens, croisant toute sorte d'humanité nocturne.
Couples se tenant par la main ou s'arrêtant pour s'embrasser ici ou là.
Groupes de 3 ou 4 filles en goguette, genre "cagoles de Lyon", si tant est que le genre existe. Criardes et criantes.
Groupes de 3 ou 4 gars genre "cailleras de banlieue" descendus sur le centre et cherchant plus ou moins quelques filles seules à emmerder.
Papiers gras dans les rues.
Quelques types seuls, marchant du point A au point B, ombres dans l'ombre.
Femmes seules rasant un peu les murs, surtout en s'engageant dans des rues plus désertes, visiblement peu désireuses de se faire remarquer ou emmerder par quelques-uns des précédents. Pour certaines, leur peur, ou du moins leur malaise, est quasiment palpable à 50 mètres.
Et aussi morceaux d'humanité à la dérive, précarité en marche. Ou à l'arrêt. Conscience noyée dans l'alcool. Ombres du monde[1]. En errance. Complètement défoncés, mais parfois agressifs pour un bout de trottoir ou te demander une pièce.
Pauvres hères.
An' how many times can a man turn his head,
An' pretend that he just doesn't see?[2]
Et moi marchant dans ces rues, solitaire, autre forme de dérive.
Retrouvant cette sensation ancienne, solitaire au coeur de la ville. Marchant sans but.
Regardant les gens, regardant les filles.
Paysage urbain, paysage nocturne. Paysage humain. Dont je fais partie.
Figuration intelligente.
Sifflant How many roads must a man walk down...
Récupéré ma caisse au 7ème sous-sol du parking. Monté la colline de Fourvière.
De ce balcon, je surplombe la ville parée de ses lumières.
An' how many times must a man look up
Before he can see the sky?
Beaucoup de monde sur ce parking aussi. Des jeunes surtout, par groupes ou par couples.
Des qui descendent des bières sur les marches de la basilique. En fumant des trucs pas franchement catholiques, qui sentent bon le chichou à 15 mètres.
Je suis toujours surpris par ces groupes de jeunes qui se miurgent à la bière ici ou là sur des marches. Incompréhensible pour moi. Jamais vu de mon temps de vieux schnock.
Je suis le seul à être seul, du moins pour ce que je vois.
Deux mètres sur ma gauche, une jeunette assez mignonne allume sa cigarette. Le vent m'en apporte le parfum. Envie de lui en demander une et d'engager ainsi la conversation. Je ne fais ni l'un ni l'autre, ce ne serait pas vraiment une bonne idée.
Au bout d'un moment je repars. Je vais rentrer chez moi, que faire d'autre ?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.
Hier soir.
On s'la débouche, cette bouteilles de Champagne.
Je ne sais pas trop pourquoi.
Pas ce qu'on fête, ou ce qu'on enterre. Ni ce que je cherche à comprendre mais ne comprends pas.
Déposer les armes et boire une coupe dans ces flûtes que j'avais achetées pour notre première nuit. Il y a douze ans.
An' how many ears must one man have
Before he can hear people cry?
Passer une paire d'heures à parler et essayer de comprendre au point de ne plus savoir ce qu'il pourrait bien y avoir à comprendre.
Pourquoi est-ce que ça ne le fait pas ?
Puis passer une paire d'heures à faire l'amour. Tendrement, divinement. Doucement. Fortement.
Constater que ça le fait toujours aussi bien, toujours autant.
Y'a plus de Champagne depuis longtemps. Ouvrir une bouteille de Bordeaux.
On fumerait bien une cigarette, mais forcément, y'en a pas.
Rester là, emmêlés l'un dans l'autre, détendus. Calmes. Se regarder, se ressentir, mélanger nos odeurs.
Finir par aller se coucher, parce que demain, ça recommence.
Se réveiller tête dans le cul, mal au crâne. Trop picolé, tiens. Et pas assez dormi.
Se lever encore tout parfumés de fragances sexuelles. Sourire matinal. On sent le foutre à quinze mètres.
Se dire qu'avant on n'y comprenait pas grand-chose.
Et que là on n'y comprend rien.
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.
Ce soir elle dînera en ville avec Roseline. Je passerai la soirée seul avec le Nain. Quand il sera pieuté, ça me laissera du temps pour bloguer.
Sur mon juke-box ce matin, la version Art of Noise de Peter Gunn. Rien à voir. Mais ça réveille.
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.










Commentaires
Superbe billet.
Une oasis... quoi qu'il en découle c'est à prendre à bras ouverts
Une paire d'heures... Waouh, il est coureur de fond le Swâmi... Comme le Yogi, je le trouve beau ton billet. On a la sensation d'avoir passé la soirée avec toi ;-)
La force de l'écriture me surprend tous les jours un peu plus.
C'est surrement pour cela qu'on l'a inventé, pour arriver a dire ce que l'on ne peut exprimer avec des mots...
@Laflote :
Foin du contrepet !
surtout, surtout, ne cherchez pas à comprendre, prenez ce qui passe, amitié, amour , tendresse, cul, au bout du compte, tout ça c'est de l'affection et ça fait du bien....
j'suis très, très, très fort contente pour toi et elle.
@Sardinette : :-)
Décidemment encore une fois en accord parfait avec ce que vient d'écrire la sardine... Heureuse pour vous, pourvu que cet oasis s'étende à la surface du désert...
C'est bel et bon...
"Foin du contrepet !" Tu vas me prendre pour une débile, mais keskesavedir ??? Sinon, évidemment que c'est une bonne chose cet échange d'amour entre ta douce et toi... Elle a raison la Sardine... Fô pô toujours chercher à comprendre :-)
@Laflote :
Déjà fait, question suivante ?
>
Ne me dis tout de même pas que tu contrepètes à l'insu de ton plein gré !?!
Parce que, dans le contexte, si ton est accidentel, alors là, c'est vraiment tou meutche...
;-DD
@Laflote : "Foin du contrepet !" Tu vas me prendre pour une débile Déjà fait, question suivante ?
C'est pas très gentil, ça... Tu ne chercherais pas à faire ton Cyrano, toâ ??
@Petar : Beau texte. Le champagne était bon ?
@Laflote : Faut t'expliquer 100 fois les captchas, tu ne comprends pas les contrepeteries... tu ne serais pas un peu blonde du dedans par hasard ?
@La Moole : Arrête, depuis qu'elle a été nommée Blonde Honoris Causa, ce genre de remarque peu charitable la vexe ;-)
Une "parenthèse enchantée"... Titre d'un film que j'aime bien, sauf qu'il n'a rien à voir. Ah si, ça parle de la difficulté de l'amour et du couple, et de la vie qui prend des chemins qu'on n'attendait pas...
Pour le Laurie Anderson du billet du dessus, peux pas écouter, suis au bureau, je fais juste une pause pour un coucou...
@ Petar : honoris causa... comment veux-tu qu'elle comprenne si tu lui parles latin. Elle ne parle que l'italien moderne. ;-)
@Traou :
Chouette film en effet, et qui correspond assez avec nos grands âges, nous qui sommes arrivés sur la fin de la "parenthèse"... mais en avons largement profité ;-)
@La Moole : "Petar" n'est pas une abréviation protocolairement admissible, petit
scarabéemollusque. "Swâmiji" peut éventuellement être respectueusement employé par les disciples les plus familiers.Hum, moâ rien comprendre à rien, moâ être à un millimètre de la Killfiles, moâ être trop évidente, moâ être une grosse naze et môa être très heureuse comme ça... Si vous deux (Swâmi et La Moole) pas être respectueux de moâ, moâ vous aimez quand même...
Bien noté grand maître. By the way, j'ai pensé à toi pas plus tard que hier vu qu'à 200m de chez moi il y a un vrai Ashram de la Krishna Company. Pas le même genre d'ashram j'imagine, mais ashram quand même...
@Laflote :
T'es bien meugnonne ;-)
@La Moole (Humble disciple) :
Ça dépend... Y'a des filles nues ?
Si oui, il faut que Swâmi Petaramesh aille les
évangéliservédantiser de ce pas !Puis il est bien brave Krishna, faut juste un peu réviser sa Bhagavad Gîtâ pour se souvenir de tout ce qu'il a bien pu raconter à Arjuna, et pis voilà...
<< Le Bienheureux Seigneur dit :
De trois sortes est la foi des âmes incarnées ; elle provient de leur nature individuelle : sâttvique, râjasique, tâmasique. Ecoute, je l'enseigne. >>
Moui. Mais je crois que la secte des Krishna se contente d'une version moins philosophique et plus bhâkti, genre :
Hare Krishna, Hare Krishna,
Krishna Krishna Hare Hare.
Hare Rama, Hare Rama,
Rama Rama Hare Hare
Répète ça tout-de-suite, fût-ce une seule fois...
...et voilà t'es sauvé. Elle est pas belle, la vie ?
@Swâmi : pour les filles nues, je ne sais pas, mais vu qu'il y a des barreaux en fer aux fenêtres, ça se pourrait bien. Je m'abonne la prochaine fois que je passe devant et je te tiens au courant.