Post-engueulade, en ruputure de couple, sorti faire un tour en ville.

Je remonte à pied de Bellecour aux Terreaux, puis retour dans l'autre sens, croisant toute sorte d'humanité nocturne.
Couples se tenant par la main ou s'arrêtant pour s'embrasser ici ou là.
Groupes de 3 ou 4 filles en goguette, genre "cagoles de Lyon", si tant est que le genre existe. Criardes et criantes.
Groupes de 3 ou 4 gars genre "cailleras de banlieue" descendus sur le centre et cherchant plus ou moins quelques filles seules à emmerder.
Papiers gras dans les rues.
Quelques types seuls, marchant du point A au point B, ombres dans l'ombre.
Femmes seules rasant un peu les murs, surtout en s'engageant dans des rues plus désertes, visiblement peu désireuses de se faire remarquer ou emmerder par quelques-uns des précédents. Pour certaines, leur peur, ou du moins leur malaise, est quasiment palpable à 50 mètres.

Et aussi morceaux d'humanité à la dérive, précarité en marche. Ou à l'arrêt. Conscience noyée dans l'alcool. Ombres du monde[1]. En errance. Complètement défoncés, mais parfois agressifs pour un bout de trottoir ou te demander une pièce.
Pauvres hères.

An' how many times can a man turn his head,
An' pretend that he just doesn't see?[2]

Et moi marchant dans ces rues, solitaire, autre forme de dérive.
Retrouvant cette sensation ancienne, solitaire au coeur de la ville. Marchant sans but.
Regardant les gens, regardant les filles.
Paysage urbain, paysage nocturne. Paysage humain. Dont je fais partie.
Figuration intelligente.
Sifflant How many roads must a man walk down...

Récupéré ma caisse au 7ème sous-sol du parking. Monté la colline de Fourvière.
De ce balcon, je surplombe la ville parée de ses lumières.

An' how many times must a man look up
Before he can see the sky?

Beaucoup de monde sur ce parking aussi. Des jeunes surtout, par groupes ou par couples.
Des qui descendent des bières sur les marches de la basilique. En fumant des trucs pas franchement catholiques, qui sentent bon le chichou à 15 mètres.
Je suis toujours surpris par ces groupes de jeunes qui se miurgent à la bière ici ou là sur des marches. Incompréhensible pour moi. Jamais vu de mon temps de vieux schnock.
Je suis le seul à être seul, du moins pour ce que je vois.
Deux mètres sur ma gauche, une jeunette assez mignonne allume sa cigarette. Le vent m'en apporte le parfum. Envie de lui en demander une et d'engager ainsi la conversation. Je ne fais ni l'un ni l'autre, ce ne serait pas vraiment une bonne idée. Au bout d'un moment je repars. Je vais rentrer chez moi, que faire d'autre ?

The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

Hier soir.

On s'la débouche, cette bouteilles de Champagne.
Je ne sais pas trop pourquoi.

Pas ce qu'on fête, ou ce qu'on enterre. Ni ce que je cherche à comprendre mais ne comprends pas.
Déposer les armes et boire une coupe dans ces flûtes que j'avais achetées pour notre première nuit. Il y a douze ans.

An' how many ears must one man have
Before he can hear people cry?

Passer une paire d'heures à parler et essayer de comprendre au point de ne plus savoir ce qu'il pourrait bien y avoir à comprendre.
Pourquoi est-ce que ça ne le fait pas ?

Puis passer une paire d'heures à faire l'amour. Tendrement, divinement. Doucement. Fortement.
Constater que ça le fait toujours aussi bien, toujours autant.

Y'a plus de Champagne depuis longtemps. Ouvrir une bouteille de Bordeaux.
On fumerait bien une cigarette, mais forcément, y'en a pas.

Rester là, emmêlés l'un dans l'autre, détendus. Calmes. Se regarder, se ressentir, mélanger nos odeurs.

Finir par aller se coucher, parce que demain, ça recommence.

Se réveiller tête dans le cul, mal au crâne. Trop picolé, tiens. Et pas assez dormi.
Se lever encore tout parfumés de fragances sexuelles. Sourire matinal. On sent le foutre à quinze mètres.

Se dire qu'avant on n'y comprenait pas grand-chose.
Et que là on n'y comprend rien.

The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

Ce soir elle dînera en ville avec Roseline. Je passerai la soirée seul avec le Nain. Quand il sera pieuté, ça me laissera du temps pour bloguer.

Sur mon juke-box ce matin, la version Art of Noise de Peter Gunn. Rien à voir. Mais ça réveille.

The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

Notes

[1] Téléphone

[2] Rendons à Bob ce qui est à Dylan...