Nous nous promenions hier au parc de la Tête d'Or, Mâ Anandaramesh et moi à pied, mademoiselle Patâpatî sur son vélo violet qui fut trop grand, et qui ne tardera plus guère avant d'être trop petit...
Le temps, gris-foncé, oscillait entre accès de pluie plus ou moins prononcés et instants de non-pleuvage épars. Parapluie ouvert-fermé-ouvert-fermé quoi...
Nous longions le bord du lac.

Quand tout-à-coup notre Patâpatî tombe en arrêt devant une minuscule petite créature qui avançait en cui-cuitant au mileu du chemin.
Une minuscule mésange. Un bébé quoi. Du genre Chaipas encore voler mais chuis tombé du nid.

Adorable et minuscule petite créature. Qui ouvre un petit bec jaune Cui-cui-cui (Maman ! J'ai faim ! T'es où ? Oscour !), puis fait trois pas sautillants. Puis recommence, tel un petit jouet électronique.

Notre Patâpatî en arrêt Papa ! Maman ! C'est un bébé zoizo qui a perdu sa maman ! C'est une petite mésange ! Il faut la sauver !

Ah, la sauver ! C'est une autre paire de manches.

Mâ Anandaramesh commence par un très raisonnable :
- Il ne faut pas la toucher ! Si tu la touches, elle aura ton odeur, et sa maman ne voudra plus s'en occuper.

Patâpatî est en larmes devant le petit zoizo perdu. Petite fille sensible. Elle veut absolument "sauver" la petite mésange. Elle ne supporte pas de la voir comme ça, toute seule, toute petite, abandonnée sur le chemin.

Swâmi Petaramesh lui explique que maman a raison, qu'il ne faut pas la toucher sinon sa maman n'en voudra plus. Qu'elle est tombée du nid et que nous ne pouvons rien faire pour elle sinon espérer que sa maman la retrouve.
Patâpatî redouble de larmes :
- Mais elle a froid ! Elle tremble !
- Swâmi Petaramesh : Non, il ne fait pas froid. Elle tremble comme un petit zoizo, mais elle n'a pas froid...
- Mais Papa, si on la laisse comme ça, elle va mourir !
- C'est assez probable en effet. Il va bien finir par passer un chat. Ça lui fera un bon casse-croûte. Il faut bien que les chats mangent...

Curieusement, l'argument félino-diététique ne semble pas satisfaire Patâpatî, que je sens pour une fois totalement insensible à la question de la famine chez le felis silvestris catus, fût-il gouttieris de surcroît.
Elle redouble de pleurs.
C'est bizarre non ? Pourtant, Patâpatî aime les chats...

Swâmi Petaramesh est attendri par sa petite fille en larmes. Il se dit in petto que sa compassion naturelle de petit fille sensible lui fait honneur, sans doute bien davantage que notre froide lucidité d'adultes conscients des réalités de l'existence, et prêts à laisser la bestiole à son funeste sort dans ce qui ressemble fort à une totale indifférence...
Swâmi Petaramesh, supposant en son for intérieur qu'il vit là une situation fort banale qui s'est un jour présentée aux trois-quarts des parents de la planète, tire Mâ Anandaramesh par la manche et lui suggère à l'oreille que bon, on pourrait p'têt quand même tenter de faire kèkchoze, plutôt que de laisser Patâpatî déguisée comme ça en fontaine de larmes.

Swâmi Petaramesh argumente que oiseau tombé du nid = oiseau foutu, puisque même si "sa maman la retrouve", sa "maman" n'a pas de bras ni d'ascenseur pour la remonter dans le nid, donc qu'elle ne pourra pas le faire, donc que le petit zoziau restera à piou-piouter au sol, donc qu'il finira bien par passer un felis silvestris gouttieris catus, donc que miam ! gloup.
Et que face à ce funeste destin prévisible, quoi que nous puissions tenter, ça pourrait difficilement être pire du point de vue de la bestiole....

Mâ Anandaramesh argumente que nous n'avons pas de cage. Swâmi Petaramesh répond qu'on s'en fout, puisqu'elle ne vole pas encore, une boîte suffira, et que quand elle volera, elle s'en ira et puis voilà.

Swâmi Petaramesh autorise alors ''Patâpatî' à se saisir de l'animal.

Notre Patâpatî recueille donc la p'tite bestiole dans sa main. Quand elle en approche la main, la p'tite mésange se met à vibrer des ailes "VRRRRRRRR" comme si elle voulait s'enfuir par la voie des airs, mais que tchi, que dalle, elle ne décolle pas d'un millimètre, ben ouais, elle est trop petite pour voler et c'est bien là le problème...
Patâpatî, de plus en plus en larmes, se trouve donc avec le ch'tit oiseau tout mignon tout touchant dans la main.

Passe une vieille bique d'un modèle assez commun dans les parcs et jardins :

Moche, teigneuse, agressive, et tout et tout :
- Qu'est-ce que vous faites avec cet oiseau dans la main ??
- Ben... Tombé du nid... Petite fille... Secourisme de zoizo... Tout ça...
- Mais c'est complètemet idiot ! Si vous l'emmenez elle va mourir ! C'est sûr, c'est complètement crétin !!! Nous fait la vieille bique charmante avec sa voix de crécelle agressive.
- ...
Elle s'éloigne avec de grands moulinets de bras et gromellements indistincts. De l'ensemble, et beuglée plus fort, je comprends très clairement la seule exclamation Criminels !

Bon, nous autres criminels en restons à la réflexion que "on fait quoi maintenant ?", et Mâ Anandaramesh nous cueille avec un argument difficilement parable : Nous serons dans l'incapacité de la nourrir, donc, si nous l'emportons, elle va crever de faim. C'est un bébé noiseau, donc contrairement à ce que suggère Patâpatî, elle ne peut pas manger les graines du hamster, et nous ne sommes pas vraiment fortiches en capture d'asticots pour donner à manger aux bébés noizos...
L'argument porte. Patâpatî suggère les asticots "appâts de pêche", mais c'est peu convaincant.

Passe une autre famile de gens plus sympatiques que la vieille bique. La mère explique qu'une fois, ils ont récupéré un petit noizo, mais qu'ils n'ont pas pu le nourrir, et que le petit noizo l'est clamsé.
L'argument atteint Patâpatî qui, en réaction, quadruple de larmes.

La scène dure maintenant depuis 10 bonnes minutes, il va bien falloir prendre une décision.

Le noizo a la bonne idée de chier dans la main de Patâpatî, qui bheuaaaarke en réaction et pose le noizo au sol. Swâmi Petaramesh l'y récupère, et dit que puisqu'on ne peut pas la nourrir, il va la déposer au pied d'un arbre et qu'il espère très sincèrement que sa maman la retrouvera avant le chat, etc.

Mâ Anandaramesh surenchérit en disant que si ça se trouve, la petite mésange n'est qu'à une heure ou deux d'être capable de voler, et que si on la laisse là, elle finira par s'envoler, alors que si on l'emmène, elle crèvera à coup sûr.
Swâmi Petaramesh acquiesce que c'est fort possible, bien qu'il ne puisse se prononcer, n'étant pas un expert en aéronautique aviaire.

Patâpatî regarde la petite mésange au pied de l'arbre, et pleure à pierre fendre.

Nous emmenons notre fontaine de larmes.

Ce matin au p'tit déj', sa première question concerne les chances de survie de sa petite protégée. Swâmi Petaramesh reconnaît qu'il n'en a pas la moindre idée, mais que l'hypothèse felis silvestris gouttieris catus lui paraît quand même la plus probable.
Patâpatî en est toute attristée.

Oh life...