La médaille en chocolat
Par Petaramesh le dimanche 30 avril 2006, 12:35 - Chienne de vie - Lien permanent
Jeudi, après la balade en forêt, la famille Petaramesh va boire une tasse de thé chez Mâ Grandmèramesh, l'honorable mère de Swâmi Petaramesh.
Quelques instants après être arrivés, Swâmi Petaramesh remarque sur une commode un épouvantable, mais vraiment horrible, porte-stylo-encrier de bois précieux z'et cristal, que Swâmi Petaramesh rêvait déjà de passer par la fenêtre quand il était enfant.
- Swâmi Petaramesh : Tiens ! Cette horreur existe encore ? Personne ne s'est décidé à la foutre à la poubelle ? Ca, c'est un truc qui me ferait plaisir !
- Mâ Grandmeramesh : C'est-à-dire que l'autre fois, dans la conversation, tu m'avais dit que tu n'avais rien eu de personnel à la mort de ton père... Alors j'ai retrouvé cet encrier, et j'avais pensé que ça te ferait peut-être plaisir...
(Il y a un ou deux mois de cela, en effet, lors d'une conversation où l'on évoquait le passé - chose que l'on fait très bien dans les conversations familiales - Swâmi Petaramesh avait mentionné le fait qu'il avait été blessé, à la mort de son père, de n'en hériter d'aucun "souvenir personnel", d'aucun objet personnel, alors qu'il avait chéri plus que tout la petite radio et la trousse de tournevis qu'il avait reçues à la mort de son grand-père vénéré. Swâmi Petaramesh est surpris que, toute alzheimée qu'elle soit, Mâ Grandmèramesh ait gardé cette remarque à l'esprit. On ne sait jamais ce qui laissera trace ou pas...)
- Swâmi Petaramesh : Ah oui, mais ce truc-là, ce qui me ferait très plaisir, ce serait juste de le foutre à la poubelle, alors ça ne va pas le faire... Et puis, tu sais, l'autre jour, je t'avais dit que cela m'avait blessé il y a vingt ans. Cela aurait eu un sens pour moi il y a vingt ans, cela n'en a plus guère aujourd'hui. Essayer de réparer ça aujourd'hui n'a vraiment aucun sens...
On boit le thé.
Un moment après, Mâ Grandmeramesh revient avec une petite boîte.
- Et la Légion d'Honneur de ton père, ça te ferait plaisir ?
- Ben... Je ne vois pas trop ce que je pourrais bien en foutre. Pour moi, ce n'est pas vraiment un truc personnel, il ne se baladait pas avec la big médaille, même s'il faisait ses courses en costard-cravate avec le p'tit ruban rouge à la boutonnière... Mais franchement, je te l'ai dit tout-à-l'heure, c'est pas la peine.
- Alors tu ne la veux pas ?
- Bah, qu'est-ce que tu veux que j'en fasse ?
- Ben je ne sais pas moi. Prends-la, ça me ferait plaisir.
- Ah bon, alors d'accord. Si je ne sais vraiment pas quoi en faire, je pourrai toujours la bloguer, ça sera déjà ça.
- ...
- T'es sûre que c'est la Légion d'Honneur celle-là, c'est pas plutôt les Palmes Académiques ?
- Ah non, les Palmes Académiques, elles étaient pas comme ça. Avec les drapeaux et "Honneur et Patrie", ça doit être la Légion d'Honneur...
- C'est pas plutôt la Croix de Guerre ?
- Ah non, la Croix de Guerre, c'est pas celle-là. Avec le ruban rouge, c'est la Légion d'Honneur.
- Ah ouais, tu dois avoir raison. De toute manière, celle qui m'aurait plu, c'est celle que lui avait filé le Roi de Norvège. Celle-là, elle était vraiment classieuse. Tu sais pas où elle est ?
- Ah non, elle, je sais pas. Avec tous les déménagements, y'a plein de trucs que j'ai jamais retrouvés. Les autres médailles, toutes les médailles sportives, de tennis, d'athlétisme tout ça, je sais pas où elles sont, et les autres de guerre non plus. Ni le Commandeur des Palmes Académiques. Y'a que la Légion d'Honneur qui était rangée à part. T'as qu'à la prendre.
- Hmmmff... Je ne sais vraiment pas si j'ai envie de l'avoir... Ca ne m'évoque rien.
- Tu préférerais peut-être que je la donne à J... ?
- Ah, ben si tu me prends par les sentiments... OK, OK, je la prends. Je pourrai toujours la bloguer. Sinon, je la mettrai avec mon T-shirt. Ca fera claaâââssse...
Avec autant de décorations, c'était pas un père, c'était un sapin de Noël...










Commentaires
"J...", frère ou soeur ??? Hamster peut-être ? ben mon vieux, il en avait plein des décos ton papou... Moi le mien, il a juste une barbeu... Ta note me fait penser que lorsque ma grand-mère est morte, ses trois filles (soeurs des trois garçons !) ont raflé tout ce qui était d'ordre "féminin". Qued'chi pour les petites-filles... Comme je suis une emmerdeuse-née, j'ai dit à ma tante aînée que je voulais avoir quelque chose qui me rappelle ma grand-mère, n'importe quoi, même une poelle à frire... Quelques semaines plus tard, lors d'un "voyage" à Aix, ma tante m'a demandé de la rejoindre dans une chambre à l'étage de son immmmmmmmense baraque où nous étions venus boire le thé (il doit avoir des pouvoir ce breuvage). Elle me donne une petite boite et me dit : "tiens, ta grand-mère l'avait sur elle quand elle est partie (ça me gave cette façon de dire la mort)". J'ouvre la boite et mes yeux se cognent à la croix (eh oui, mamie croyait avec ferveur dans l'opération marketing) en diamants que papi Jacques lui avait offert pour leur 50 ans de mariage. Comme ils ont eu mal de s'être cognés, mes yeux se sont mis à pleurer... J'ai embrassé ma tante et j'ai toujours cette croix que je ne porte jamais, mais que je regarde de temps en temps (en me demandant combien ça me rapporterait de la vendre... NAAAANNN, j'déconne) ;-P
Allez, à mon tour :
moi, ce que j'ai demandé (et reçu) quand mon Papy adoré est mort, c'est le couteau Laguiole avec lequel je l'avais toujours connu : il mangeait avec, se curait les ongles, s'en servait à la vigne... (il était viticulteur, mon Papy, un paysan lent mais d'une lenteur heureuse, un vrai honnête homme, un sage de la joie).
Ce couteau, il est tellement vieux (il l'avait eu avant même d'épouser ma Mamie. La lame a fondu de moitié, au cours des aiguisages de plus de 70 années maintenant. La corne est patinée, douce. L'abeille toujours visible, c'est une abeille à l'ancienne, pas trop stylisée : aujourd'hui, les Laguioles, y en a des luxueux. Celui-là, c'est un Laguiole de paysan, rustique.
Je l'ai amené au Pérou, en Thaïlande et au Laos, je taille des bouts de bois pour faire des coutelas de Rahan aux bachous, avec.
Je mange avec tous les jours.