Ko, tu as hier soir saupoudré de ton passage différents billets de la série non-fumique, et j'ai trouvé que tes excellents[1] commentaires valaient bien une réponse regroupée ici...

Aaaah, la clope... Je ne m'explique pas ce qui a si bien marché pour moi. Pas question de volonté ; la fois où j'avais voulu arrêter à la volonté, j'avais fini en état de manque (avec les nausées et tout et tout). Et puis, là, paf ! ça a marché.

Tout-à-fait, absolument, parfaitement.

A chaque fois que j'ai moi aussi tenté d'arrêter "à la volonté", j'ai créé de ce fait de terribles tensions intérieures et un terrible combat intérieur entre ce personnage imaginaire que j'avais créé : le moi volontaire qui veut s'arrêter et l'adversaire que la seule présence du "combattant" a suscité aussitôt.
A chaque fois, j'échouai donc évidemment après homérique bataille.

La volonté est une arme illusoire, encore plus illusoire est le combattant qui s'en sert.

Pour gagner le combat, mieux vaut qu'il n'y ait pas combat. Mieux vaut ne pas créer de tension artificielle. Mieux vaut que le combat n'ait pas lieu, faute de combattant.

J'ai juste tourné cette page-là de ma vie.

Voilà. Je me demande si ce n'est pas ce que je viens finalement de faire aussi. Pas de grande décision "préparée à l'avance", à date fixée, à l'importance exagérée par mise en scène et roulements de tambours.
Simplement le constat "y'en a plus dans le paquet", suivi de la décision "C'est fini, j'y vais pas". Sans préméditation. Sans certitude de résultat.

Simplement "Maintenant, j'y vais pas, et j'aimerais bien ne pas y retourner. Laisser cela derrière moi."

Plutôt que de susciter et d'inventer le personnage du Preux Chevalier Blanc anti-tabac, au contraire, laisser simplement disparaître, pâlir et mourir, celui du junkie accroché à sa clope. Avec un au-revoir amical et un peu nostalgique.

J'étais ce genre de clopeuse que tu décris si bien, Petaramesh, tu m'as mis la nostalgie, d'ailleurs : la nostalgie de celle que j'étais alors, pas la nostalgie de la clope, qui était pourtant ma compagne préférée (ah, mes Gitanes...). Mais c'est une nostalgie agréable : non, je ne regrette rien.

Voilà.

Et m'être débarassée de mes sinusites chroniques, de mes toux-de-fumeur matinales, de mon teint grisâtre et de mon souffle court, cela, c'est un bonheur incomparable à la complicité que j'avais établie entre la clope et moi.

C'est sûr que ces bouchages perpétuels ne devraient pas me manquer non plus, et c'est d'ailleurs ma première motivation d'arrêt...

Nononononon ! Le seul conseil qui vaille, c'est de toujours marteler que ce n'est pas une victoire, ce jour passé "sans", c'est juste un jour "autrement".

Encore parfaitement juste. Pas de bataille, pas de victoire. Juste quelque chose qui a changé et dont on accepte le changement.

Depuis 3 jours et quelques heures que "j'ai arrêté" (tu parles d'un record...), j'en chie des briques du point de vue physique, oui, le sevrage est très, très dur, mais je suis surpris de la totale paix psychologique dans laquelle je me trouve. Pas de conflit, pas de bataille, pas de questions.
En comparaison, nombre de mes différentes tentatives d'arrêt précédentes aveient été accompagnées d'une véritable panique intérieure, d'une lutte au couteau entre deux personnages, celui-qui-veut-arrêter et celui-qui-ne-veut-surtout-pas...

Cette fois, pas du tout. Tout est calme. A part hier matin l'attaque sauvage en force de l'Affreux Vilain Démon, mais cette fois, l'Affreux Vilain Démon apparaît clairement extérieur au bonhomme. Il s'appuie sur les difficultés physiques, mais a le plus grand mal à trouver des prises psychologiques. Il est donc plus facile à contenir dehors...

Il tente encore un peu le coup ce matin, mais il n'a vraiment pas l'air sûr de lui, le pôvre...

En dehors de ça, Swâmi Petaramesh a le cerveau qui fonctionne au moins 5 fois plus lentement et moins efficacement que de coutume, et c'est un véritable handicap.

La clope n'étant pas quelque chose de positif, il faut se dire que ce n'est pas une victoire sur soi-même que de ne pas y toucher ; il est "naturel" de ne pas toucher quelque chose qui est tout pourri...

Très juste encore. Et qui voudrait se battre contre soi-même ? Qui voudrait d'une victoire sur soi-même ? C'te connerie. Une victoire sur soi-même, ça ne fait que des perdants. Ce qu'il faut, c'est une bonne réconciliation avec soi-même, et laisser se dissiper les illusions et les chimères...

Et puis tu en as bien profité, mon salaud, des pseudo-bons côtés de la clope (je sais ce que c'est qu'une chouette relation entre ma tige et moi). Désormais, on ne vous verra plus ensemble, comme y chantait, l'aut'.

Héhé, voilà.

Ko, je te fais Commanderesse du Grand Ordre Zen de l'Arrêtage de Clope, avec palmes.

D'façon, comme tu le dis toi-même, tu t'es mis dans un piège, en nous livrant cette décision. Allez, approprie-toi vraiment ce choix :

Ah non, justement, il n'y a personne qui doive se l'approprier. Laissons se faire ce qui se fait, pourquoi tenter de le récupérer a posteriori et en tirer gloriole ?

Il est sûr que je suis aidé par le piège que constitue la publicité que "je" "me" suis "moi-même" donnée. Plus ou moins volontairement[2]. Profitons-en, mais y a-t-il là-dedans quoi que ce soit qu'on puisse ou doive s'approprier ?

Notes

[1] Comme d'hab'...

[2] Eternelle question d'en rire...