Argh ouille !

Au matin de ce 3ème jour de résistance passive, le manque de nicotine se manifeste de manière beaucoup plus impérieuse et cruelle que les deux jours précédents.

Les deux premiers jours, finalement, c'était presque facile : J'étais tellement dans le cirage, j'avais le neurone tellement collé et tellement dans le gaz que j'en étais presque anesthésié.

Mais pas ce matin.

Ce matin, je suis considérablement moins endormi que les deux matins précédents. Mais je suis considérablement plus énervé, physiquement comme mentalement, considérablement plus en manque.

Mon démon intérieur s'agite comme pas permis, il s'en donne à coeur joie, le petit salopard, à me chanter Fume ! Fume ! Fume ! sur l'air des lampions.
Le cochon est un sournois, qui profite du moindre signe de faiblesse ou du moindre moment un peu dur pour rappliquer en courant avec son argumentaire...
- Rends-toi compte, me dit-il, comme tous les désagréments physiques très intolérables que tu ressens disparaîtraient aussitôt, dès la première bouffée ! La crispation dans les épaules, là, finie ! Les picotements partout dans les muscles, une bouffée et envolés !
- Rends-toi compte, me dit-il, comme elle serait bonne ! Rappelle-toi la sensation que ça fait...
- Tu aimes ça ! Hein, que tu aimes ça ! La cigarette, c'est boooooon ! Vivre sans ne vaut pas la peine de vivre, si ?

Rhàhààhààààà !!! Rhgngnggngngngnnn !!!

Dans ces cas-là, se cramponner aux branches. Se rappeler "Non ! Je n'irai pas jusqu'au tabac ! Si j'y vais, c'est foutu !"

Se rappeler qu'on ne négocie pas avec ce démon-là. Tout ce qu'il veut, c'est me baiser, et il mettra absolument toutes les manoeuvres les plus sournoises à profit pour y arriver. L'ignorer, le bougre.
Prendre du recul. Il n'est puissant que parce qu'il profite d'un instant de faiblesse pour jeter d'un coup son énergie dans la bataille pour te prendre en défaut. Par surprise. Aha. Mais si tu parviens à résister sur l'instant, à prendre juste le recul nécessaire, alors tu l'as eu. Il est démasqué ; ses méthodes sont visibles et cousues de fil blanc.
Si tu parviens à te détendre, à te décontracter, à souffler un bon coup, c'est gagné. Pour l'instant.

Mais il reviendra le salaud, à la prochaine occasion. Il reste en embuscade, il n'attend que ça.

Wah, ce matin, vachement dur. En emmenant les Nains à l'école, je me récite le mantra Ne-pas-aller-au tabac ! Ne-pas-aller-au-tabac ! pendant que le p'tit démon chante Va au tabac ! Va au tabac ! Tu vas y'aller ! T'en as trop envie !!

Me dire que nonhonhonhonnonononon j'ira pas au tabac. Nonhohohohohnononon j'achèterai pas un paquet. Sinon je suis foutu (et ridicule devant toute la blogosphère réunie en plus, mais ça, on s'en fout un peu en cet instant précis).

Me dire que si je vois une mère d'autre gosse avec une cigarette à la main, je la supplierai à genoux de m'en offrir une, plize, aidez-moi ayez pitié du pôvre junkie, donnez-moi une clope comme ça j'irai pas au tabac !.

Aucune mère d'élève clope au bec. Horreur, malheur ! Ces connes ont toutes arrêté de fumer ! Arghh !

Rentrer maison vite-vite. Ne-pas-aller-au tabac ! Ne-pas-aller-au-tabac !. Ne pas. Tu y es pas allé ! C'est toujours ça de gagné ! ...Pour l'instant.

Serrer les dents devant la tasse de café. Argh ! Aïe ! Dur-dur. Se rappeler toutes les bonnes raisons qu'on a de vouloir arrêter, et aucune bonne raison de vouloir continuer. Aucune, en dehors des raisons du démon.
Tousser un bon coup et se dire "T'as vu, t'as presque pas toussé, depuis 2 jours. Mais c'est loin d'être fini quand même. Tu veux finir de te ruiner la santé, ou essayer de sauver ce qui est encore sauvable ?"

Groumpf.

Jeter un coup d'oeil sur le balcon. Des fois que la voisine y serait à fumer une cigareeeeeette !!! On pourrait lui taper une clooope !!!
Nan, merde, pas de voisine. La vie est chienne.

Je retourne à ma lâcheté. Groumpf, y'a rien à fumer.
Encore une heure de tenue, la prochaine, ça fera encore une de plus.