Je rentre à l'instant d'une agréable convocation à l'ANPE[1] de l'autre-bout-de-la-ville, car ces braves gens de l'ANPE ont décidé il y a quelque temps déjà que j'étais un être trop exceptionnel pour que mon destin soit confié à la bête ANPE de mon quartier, et que l'ANPE du bout de la ville me conviendrait mieux, surtout pour les convocations à 8h30.

Je rentre donc de cet intéressant entretien, où j'ai pu prendre connaissance sur l'écran des ANPistes du résumé sommaire de l'évaluation de compétences professionnelles que j'ai subie à mon corps défendant en décembre dernier, résumé qui dit, deux points ouvrez les guillemets :

Très bonnes compétences sur les technologies plus anciennes comme sur les plus récentes. Expérience professionnelle validée. Vous avez la capacité d'enseigner. Vous avez un profil de consultant, encadrement, ingénieur système ou enseignant.
Vous êtes ingénieur système. Vous connaissez ceci, cela, tout le reste, et vous parlez anglais couramment[2].

Comme disait Molière, et voilà pourquoi vous êtes au chômisme...

Quant aux résultats détaillés et sur papier de ladite évaluation, qui pourraient éventuellement me permettre de me la péter devant un employeur potentiel, l'ANPE a "perdu le dossier", et ils en sont bien embêtés. Braves gens.

Je rentre donc chez moi en évitant avec dextérité les jumelles-laser du flic posté sur le pont de l'échangeur, et qui me regarde droit dans les yeux au moment où mon portable sonne pour m'inciter à commettre la double-faute.

Le flic passé, je rappelle l'appeleur, qui n'est autre que ma fille Kestagrandhi qui m'appelait de l'aéroport où elle vient d'atterrir avec son cher et tendre, retour d'une semaine de ouacances en Tunisie. Y'en a qui ont du bol ;-)
Donc la belle et son preux vont débarquer à tome d'ici quelques instants, le temps qu'ils passent les formalités d'usage - le preux étant d'origine iranienne ou irakienne ou kurde, je ne sais plus trop, avec le patronyme qui va avec, il a le profil type aimé de ces messieurs en uniforme, pour que les formalités lui prennent environ 472 fois plus longtemps qu'à monsieur Antoine Michu - et qu'ils se perdent entre deux ou trois échangeurs d'autoroute sur le chemin.

J'arrive donc à tome (salaud de voisin avec sa perceuse à percussion, depuis hier ! Je vais le tuer !) avec une grosse envie de pipi ! je tombe les godasses, et je me rue aux lieux d'aisance, débraguetté d'avance, jet d'urine en préparation.

Mais horreur, malheur ! Que vois-je ? La cuvette des chiottes me nargue d'une balayette plantée en plein milieu, ce qui en langage Mâ Anandarameshesque signifie : J'ai mis du produit dans la cuvette, et, mon salaud, tu ne pourras pas pisser avant que d'avoir dûment frotté et rincé

Je hais les femmes. Grrrrr !!

C'est ça aussi, les joies de la vie de couple, qu'une épouse après douze ans de vie commune et sept-cents quatre-vingt huit répétitions n'ait pas encore intégré le fait que l'une des choses que tu trouves les plus intolérables en ce bas monde, est de te faire narguer par une balayette plantée au milieu du produit bleu dans la cuvette des chiottes, au moment précis où tu t'y rues, mu par une envie plus que pressante.

Rhàààà....

Notes

[1] Avec Nous Peu d'Espoir

[2] Corvée de chiottes ! Comme on dit à l'armée