Roseline
Par Petaramesh le dimanche 2 avril 2006, 15:54 - Miscellania - Lien permanent
C'est une histoire authentique. Certains détails ont été légèrement modifiés pour des raisons compréhensibles.
Ce soir, elle lui raconte une histoire de bureau. De ces histoires que d'habitude il écoute d'une fesse distraite, parce que les histoires du bureau, ça ne le passionne pas vraiment. Il s'en fout comme de l'an quarante. Qu'est-ce qu'il en a à faire, des pièces automobiles, de la nouvelle gamme d'essuie-glaces qui essuie mieux, du visuel de l'emballage, de Machin qui est sur le "terrain" et qu'il n'a jamais rencontré et ne recontrera jamais, et à qui il est arrivé telle histoire avec l'acheteur de chez Chose ? De Machine qu'était pas là aujourd'hui parce que son gamin a la varicelle et que la nounou n'a pas voulu le prendre, et que ça va foutre la merde pour la présentation de demain ?
Qu'est-ce que ça peut lui faire, le stand du salon Tartempion, le Chef toujours largué, ou la présentation des nouvelles optiques de phares à ce séminaire avec les constructeurs (T'as vu la plaquette du château ? La piscine, superbe, malheureusement, on n'a pas pu en profiter, avec les réunions...). S'il y a vraiment un truc qui l'ennuie profondément, ce sont toutes les petites histoires de bureau. Celles que l'on écoute par pure politesse quand celle qui rentre du travail a envie de raconter sa journée, mais qui ne t'évoquent rien, parce que cela parle de gens que tu ne connais pas, de sujets qui ne t'intéressent pas, que ce sont de simples anecdotes sans grande profondeur, des histoires anodines de la vie quotidienne, de la vie de bureau. Y'a vraiment rien à en tirer. Le néant.
Ce soir elle commence :
- Tu sais, Roseline ?
- Euh, oui ?
- J'ai passé l'après-midi en réunion avec lui.
Eh oui, Roseline, c'est "lui".
Ca fait des mois qu'elles étaient surchargées de boulot, qu'elles tiraient grave la langue dans leurs bureaux, chacune à faire le boulot de 3 personnes, et qu'elles râlaient dur pour avoir une "personne de plus". Finalement, Noël est arrivé, et le Chef a réussi à décrocher un poste supplémentaire. Ca y est, la "nouvelle personne" devrait arriver pour la mi-janvier. On ne sait pas qui ça sera.
Elles ont commencé à planifier les dossiers qu'elles allaient lui passer, les gammes de produits dont elle serait en charge, cette nouvelle personne. A en discuter en réunion. Depuis un bout de temps.
L'une d'elle a eu l'idée, pour faciliter le fait d'en parler, de lui donner un prénom provisoire, c'est quand même plus facile. Alors elles ont regardé le calendrier du mois de janvier, tiens, le mardi 17, c'est la Sainte Roseline, alors va pour Roseline, qui arrivera quelque part par là.
Elle sera transférée depuis l'agence de Paris. Ou de Rennes, je sais plus.
Puis un beau jour Roseline est arrivée. Ah non, tiens, c'est pas Roseline, c'est Sylvain, finalement. Ce n'est pas une "elle", c'est un "lui".
Mais le pli était pris, et, deux ou trois fois par semaine, le soir, j'entends parler de Roseline.
Je me dis comme ça que le pauvre gars qui vient de débarquer, s'il entend tout le monde l'appeler Roseline, ça doit pas être facile pour lui. Mauvais départ, mon gars. C'est le genre de truc qui te colle au cul et dont tu ne sais plus ensuite comment te débarrasser. Le genre de gag qui peut durer des années.
Donc ce soir :
- Tu sais, Roseline ?
- Euh, oui ?
- J'ai passé l'après-midi en réunion avec lui.
- Ah ?
- Oui, on devait se briefer sur la gamme que je vais lui passer.
- Ah.
- Mais il s'est passé un truc pas croyab'...
- Ah ?
- Oui. Il a voulu fermer la porte du bureau.
- Ah ???
Je lève un sourcil. Quel truc pas croyab' a-t-il bien pu se passer avec ma chère et tendre après que Roseline ait voulu fermer la porte du bureau ? Pour une fois, une histoire de bureau commence à m'intéresser.
Roseline aurait-il subitement tenté de sauter sur le poil de ma très chère ? De la trousser sauvagement dans le bureau ?
- Il a essayé de te sauter sur le poil ?
- Non, c'est pas du tout ça. Il m'a dit qu'il devait me dire un truc important. Une chose dont personne dans la boîte n'est au courant.
Je m'interroge. Quel "truc important dont personne n'est au courant" un nouveau venu dans une boîte peut-il bien avoir à dire à l'une de ses collègues ?
- Ah ??
- Oui. Il m'a dit qu'il me le disait à moi, parce que de toute l'équipe, j'étais la seule qu'il "sentait bien" et à qui il faisait confiance pour une chose pareille...
Le mystère s'épaissit...
- Et ?
- Il était bien emmerdé. Il avait l'air super mal à l'aise. Il m'a dit qu'il ne savait pas comment me le dire, mais je lui ai dit Bah, tu as choisi la bonne personne, parce que tu sais, je peux tout entendre, et plus rien ne me surprend. En plus, tu peux être tranquille, si personne au bureau ne doit être au courant, je serai une tombe
.
- Et ?
- Il m'a dit que tant mieux, et qu'il le pensait, et que c'est pour ça qu'il s'adressait à moi. Mais il était toujours très mal à l'aise, et m'a dit qu'il ne savait pas par où commencer...
- ...
- Il m'a dit : Tu sais, je prends un traitement hormonal
...
- ...
- Je savais qu'il a quelques petits problèmes de santé, alors j'ai déconné, je lui ai dit Ah ! C'est juste ça ? Ben c'est rien, c'est pour ta ménopause ?
- Et...?
- Il m'a dit non. Et puis il m'a balancé : Je suis transsexuel
. Là, j'en suis restée comme deux ronds de flan. J'étais hyper mal à l'aise, et je ne savais plus quoi dire...
- Tu m'étonnes !
- Ben oui. Il m'a cueillie par surprise, je m'attendais à tout sauf à ça... J'étais mal.
- C'est vrai que des trucs comme ça, on n'en entend pas tous les jours, dans un bureau.... Tu ne te doutais absolument de rien ? (Elle est habituellement très réceptive et très observatrice, remarque très souvent des choses que personne d'autre ne voit... mais que la suite des événements confirme toujours)
- Non, je ne m'en doutais pas une seconde ! J'avais bien remarqué qu'il était un peu spécial, qu'il avait quelque chose de particulier, et qu'il n'avait pas l'air très bien dans ses pompes, mais je n'aurais vraiment pas su dire quoi...
- ...
- Il m'a dit qu'il prend ce traitement depuis quelques mois, et qu'il a commencé à se transformer. Que d'ici 3 à 6 mois ça va vraiment se voir, et qu'il va devenir une femme.
(C'est étrange, cet emploi de se transformer m'évoque instinctivement un alien ou quelque étrange créature fantastique...)
- Et que t'a-t-il dit d'autre ?
- Il m'a dit que dans sa vraie vie, il est une femme depuis déjà longtemps. Qu'il n'est un homme qu'au boulot. Que le matin, il se change en venant bosser, qu'il met costard-cravate, et que tous les matins, ça le fait pleurer.
- Dur-dur...
- Il m'a dit que dans la ville où il était avant, il avait parfois croisé des clients et même des collègues en ville, quand il est "elle", et qu'aucun d'entre-eux ne l'avait jamais reconnu. Il m'a dit qu'il s'est fait entièrement épiler au laser et qu'il n'a déjà plus du tout de barbe ni de poils.
- Ca a du lui coûter reuch, dis-donc !
- Ben ouais hein.
- Mais forcément, bientôt, ça va se voir au bureau. Il va devoir venir bosser en femme.
- Je suppose, oui. Ce va me faire bizarre, de le voir en femme !
- Ben oui, mais c'est normal... Va bien falloir que tu t'habitues... Par contre, je ne sais pas comment ça va passer, dans ta boîte ? Ca risque de pas être simple...
- A mon avis, ça ne va pas le faire. Déjà, les pièces automobiles, c'est un milieu assez macho... je vois la tête du Chef s'il apprenait : Au fait, Roseline, ben c'est vraiement Roseline...
. Et avec les autres collègues, ça risque de coincer aussi. Ca va être dur...
- Ah moui. Dans le milieu du travail, avec toutes les idées reçues et les cathos coincés-du-cul... Gloups.
- Oui. Déjà ce matin à la machine à café, Fred me faisait la remarque que c'était bizarre qu'on l'appelle toujours Roseline. Il m'as dit Et t'as vu, en plus, quand on l'appelle au téléphone, le téléphone marque Sylvie au lieu de Sylvain !
!
- Sandec ?
- C'est vrai.
- Mais alors, la DRH le sait ?
- Non, je crois pas. Il m'a dit que personne ne le savait, à part la médecine du travail.
- Mais si personne le sait, pourquoi son téléphone écrit Sylvie au lieu de Sylvain ?
- Je crois qu'il a récupéré la ligne de Sylvie, l'intérimaire qui était à l'étage au-dessous, et que personne n'a encore reprogrammé le standard...
- Ben ça va pas être la peine de le faire. Il s'appelle Sylvie dans sa vraie vie, à tous les coups, non ?
- Ben je sais pas. Je suppose...?
- C'est vraiment pas croyab' ce truc. C'était vraiment prédestiné...
- Oui hein ? Et dans la vie, il a une compagne et des gosses. Enfin, ils sont séparés maintenant, et ses gosses sont grands. Paraît que ça se passe très bien avec eux ; ils sont au courant.
- Ben il a une sacrée chance... Il a quel âge ?
- Quarante et quelques... Il m'a dit qu'il était comme ça depuis l'âge de 3-4 ans.
- C'est marrant, à t'en entendre parler, j'aurais pensé moins... Quarante et mèche ! J'arrive pas à imaginer un truc pareil. Tenir 40 balais dans un corps qui n'est pas le tien. Ca doit être une torture... Et puis, après avoir tenu si longtemps comme ça, se décider soudain à faire le Grand Saut... Je suppose qu'il va aller jusqu'au bout, non, jusqu'à l'opération ?
- Ah ça, je lui ai pas demandé... T'imagines...
- Oui... N'empêche. Non justement, j'imagine pas. Déjà, rien que le traitement aux hormones ça doit secouer grave, les épilations, les seins qui poussent à 40 balais... Physiquement, ça doit quand même être une vraie torture tout ça. J'arrive pas à imaginer. Faut vraiment le vouloir... Sans compter tous les emmerdes, l'état-civil à modifier partout, je parle même pas des voisins et du boulot... Doit pas y en avoir beaucoup qui arrivent à garder leur boulot dans une telle situation, tellement la société est ce qu'elle est...
Tu te dis que quitte à traverser tout ça, autant le faire vraiment jeune, quand tu as toute ta vie devant toi, plutôt qu'après avoir passé le méridien...
- Ben oui. N'empêche tu vois, c'est pour ça que je suis rentrée tard. Parce qu'avec tout le temps qu'on a passé à parler... J'allais quand même pas lui dire "bon ben c'est pas tout ça, mais faut qu'on bosse sur la gamme..."
- Ben oui, hein... C'est sûr...
La conversation se termine. Je fais autre chose, médite un peu dans mon coin sur une chose aussi étrange. Un moment après, je retourne la voir :
- Dis, j'imagine que Sylvie, ça doit pas être drôle pour elle tous les jours. En plus ici, elle connaît sûrement pas grand-monde. Ca doit être vachement dur. Je me disais comme ça que si un soir tu as envie de l'inviter à bouffer, je n'y vois pas la moindre objection. Je ne veux pas te forcer la main, hein, c'est ta collègue, mais simplement pour que tu saches que ça ne me gêne en rien. Si un jour tu vois qu'elle va pas bien, tout ça... Ca serait peut-être une bonne idée...
- Oui. Dis-donc, tu l'appelles "elle" maintenant ?
- Ben oui, tu veux que je l'appelle comment ?
- Ben ça me fait tout drôle, quand même. Moi je le connais en "il"...
- Ben moi pas justement. Pis faudra bien que tu t'habitues.
- N'empêche, s'il vient à la maison un soir, il va venir en elle. Ca va me faire tout drôle au début. Je ne sais pas si j'arriverai à garder mon sérieux...
- Oh ben si, puisque de toute manière, ça n'est pas drôle.
- Ben non, mais quand même...
- Ben ouais. C'est comme ça.
- En plus, tu sais que je n'aime pas mélanger le boulot avec la vie privée...
- Ben ouais. Moi non plus. Mais là, c'est pas vraiment pareil...
- Oui. Je le ferai peut-être, je ne sais pas. N'empêche, quand il sonnera et que je vais tomber sur "elle" en ouvrant, j'aurai sûrement du mal à garder mon sérieux...
- P'têtre. Mais y'a pas de raison.
- En tout cas, c'est une bonne idée. Je le ferai peut-être...









Commentaires
Pas facile pour lui/elle. C'est sympa de l'inviter à bouffer à la maison. Parce que je pense que la traversée du désert va commencer et qu'elle va être sacrément longue...
Sylvain est mort, vive Sylvie!
Je me dis que Sylvain/Sylvie a bien du courage, mais il est temps qu'elle se sente en accord avec ce qu'elle est depuis toute petite.
Elle va effectivement avoir besoin de soutien, alors ça mérite bien une petite entorse à la règle "on ne mélange pas le boulot et vie privée".
Pardon pour Sylvain(e), Sylvie, Roseline, moi ce que je retiens de l'histoire, c'est ça: "Ce soir, elle lui raconte une histoire de bureau. (...) les histoires du bureau, ça ne le passionne pas vraiment. Il s'en fout comme de l'an quarante." :-/ Tu es honnête mais... c'est moche de dire ça, tu sais?! D'autant que "des histoires anodines de la vie quotidienne, de la vie de bureau. Y'a vraiment rien à en tirer. Le néant." C'est pas toujours vrai! Car c'est aussi la vie! Non? :)
Rose, ta remarque est très juste (je me l'étais d'ailleurs plus ou moins faite en écrivant ce billet), et conduit à bien d'autres questions :
Cela me ramène à la question fondamentale de savoir pourquoi j'écris ici, question que je n'ai pas encore vraiment résolue, et que je ne cherche finalement pas vraiment à résoudre.
C'est au contraire ce que j'écris ici qui au fur et à mesure me montre la raison d'être de ce blog, ce que j'y dis, ou plutôt ce qui s'y dit à travers "moi" et lui.
Si j'utilisais ce blog pour m'y construire une image de Grand Sage qui ne dit que des choses Très Belles et Très Vraies, j'y arriverais peut-être, va savoir, mais ça n'aurait aucune espèce de sens. Ca ne serait qu'une imposture qui pourrait me servir à faire briller mon ego, mais avant tout à m'éloigner de toute vérité et à égarer mes lecteurs dans des labyrinthes de faux semblants.
Si ce que j'exprime ici doit avoir une quelconque valeur ou une quelconque utilité, ce ne peut être que parce que c'est ma vérité, la vérité des choses vécues par ce corps-ci, sans autre prétention, et puis voilà.
Pas de prétention de faire beau, de faire harmonieux, de faire classe, de faire Grand Sage. Simplement être vrai.
Les "histoires de bureau", c'est aussi la vie, bien sûr. Je ne dis pas qu'elles sont intrinsèquement et toujours 100% inintéressantes. Il y en a qui peuvent pousser à la réflexion, la preuve.
Pour autant, l'immense majorité d'entre-elles sont des petites anecdotes qui ne pissent pas loin, et qui n'ont pas dans l'absolu grand intérêt, du moins de mon point de vue.
Ceci nous ramène à la problématique de la communication dans le couple. Tu as pu remarquer à la lecture de mes derniers billets que j'éprouve quelques légères difficultés de ce côté-là ces derniers
jourssemainesmoisannées.Quand dans un couple il n'y a pas, ou plus, aucun centre d'intérêt partagé, aucune activité (choisie) partagée, aucun plaisir partagé, seulement les corvées de la vie quotidienne, les différentes tâches matérielles à expédier et problèmes à résoudre (les enfants aident bien à en avoir un bon nombre), et en dehors de cela rien, ou presque, alors oui, que la communication quotidienne, quand on trouve un peu de temps pour "communiquer" se borne à la récitation par l'un de ses petites anecdotes de la journée, vécues dans un univers qui n'est pas le tien, alors, dire que cela ne t'intéresse pas le moins du monde est non seulement une vérité, mais c'est en plus une frustration : Car pendant que tu entends parler de la varicelle du fils de Machine ou du retard du dossier Trucbidule, toutes choses dont tu n'as foncièrement rien à foutre, tu te dis que bon sang ! Tu aimerais bien que pour une fois ce temps et ces paroles soient employés à communiquer vraiment. Autrement dit .
Je ne sais pas si tu comprends mieux maintenant le sens de mon premier paragraphe...
Quant à savoir pourquoi je partage tout ceci avec des inconnus... Toujours est-il que de le faire, jusqu'ici, m'a beaucoup apporté, et qui sait, la lecture de tel ou tel de mes billets pourra-t-elle un beau jour apporter quelque chose à l'un de mes lecteurs. Je le souhaite.
Très naïvement, littéralement, je me demande : n'est-il pas possible de lui dire justement cette phrase, cette phrase même "Parle-moi de toi, de tes rêves, de tes inquiétudes, de ta vie intérieure, de tes passions, de tes rélexions" ? Ou bien à la prochaine anecdote, de lui demander en quoi cette anecdote la touche, pourquoi elle a retenu celle-là et pas une autre ?
@Yogi : Ne t'inquiète pas, comme disait le type des urgences "On est désolés M'sieu, tout ce qui pouvait être tenté pour réanimer le patient l'a été... Bon, maintenant, vous voulez bien nous débarrasser ? Ca encombre le couloir du bloc A..."
Swâmi, sache que je ne juge pas ce que je vois, lis... Je ne suis pas très douée pour ça. Je me contente "d'observer, noter". Et je dis ce que je pense mais sans jugement ou sentence. Ce que je relevais dans ce billet -tu le relèves à la fois dans le billet mais aussi dans ton commentaire-, c'est que tu me sembles "chagrin". ... Et ça, je trouve ça dommage. C'est plus fort que moi, je "n'aime" pas lire "j'éprouve quelques légères difficultés de ce côté-là ces derniers jours semaines mois années." Mais tu as tes raisons, c'est ta vie, ton blog, ton humeur du moment, ta liberté fondamentale de t'exprimer.
Par contre, je suis pleine d'optimisme quand je lis que "Tu aimerais bien que pour une fois ce temps et ces paroles soient employés à communiquer vraiment." "Autrement dit parle-moi de toi, de tes rêves, de tes inquiétudes, de ta vie intérieure, de tes passions, de tes rélexions, de ce que t'inspire l'existence aujourd'hui, (...) parle-moi aussi de nous, demande-moi si je n'aurais pas, de mon côté, des rêves, une vie intérieure, des passions et des activités que je voudrais partager avec toi." Ca, ça, ça me plait! Ca, c'est "bien"; c'est courageux. Pourquoi ne pas le faire? Pourquoi ne pas le lui dire? Simplement, calmement, gentiment...???
C'est tout! :)
Bon, je me suis fait "griller la place" par Yogi. Et du même coup, j'ai aussi ma réponse...
@Rose : >
Je sais bien Rose. Dans le cas contraire, je n'aurais pas répondu. Il n'y a pas de malentendu dans mon esprit quant à tes propos ou à tes intentions.
>
Oh, "chagrin" n'est pas le mot. Disons que cette partie de ma vie - et Dieu sait qu'elle est importante - est empreinte pour moi depuis plusieurs années d'une profonde tristesse, pour ne pas dire d'un franc désespoir. Le désespoir, on apprend à vivre avec, pas bien certes, ça use. Il y a des moments où c'est plus dur que d'autres, il y a des moments où on le ressent davantage qu'à d'autres.
Mais par-delà même cette tristesse et ce désespoir, pour reprendre l'image que j'employais l'autre jour dans un autre billet, même si la tempête ravage la surface du lac, les profondeurs sont calmes et éternellement limpides. Et la Vie est là toujours présente et pleine de beauté. Ici, point de désespoir.
L'un n'enlève pas l'autre, mais l'autre n'atténue pas l'un.
Hum ... peut-être faudrait-il que Mâ Anandaramesh ait son blog aussi, pour avoir son point de vue ;-) ...
Où un billet terrain à polémiques n'entraîne pas forcément les discussions là où on les attend.
...
Tout-à-fait, Anne. Je suis d'ailleurs surpris et amusé de constater à quel point un fil de commentaires choisit en quelque sorte de lui-même son propre sujet, qui peut être parfois très éloigné du sujet principal du billet auquel il se rattache...
En l'occurrence, c'est le regard laser de Rose (encore elle) qui, dès le troisième commentaire, a immédiatement détecté le hic dans mon paragraphe d'introduction, et m'a poussé à mon corps défendant dans mes derniers retranchements ;-)
Il faudrait inventer un thème ou un plugin permettant de maintenir pour chaque billet un double fil de commentaires séparés : Ceux qui sont en rapport avec le sujet principal du billet, et ceux qui dérivent complètement vers un autre sujet ;-)
J'avais toqué sur la même phrase que Rose, mais n'avais pas osé commenter à ce sujet (mais maintenant que c'est parti youhou, je peux me lancer), de peur d'être intrusive ou que tu aies l'impression d'être jugé et ce n'est aucunement le cas.
Si je trouve honnête et courageux d'admettre que tu n'en as rien à cirer de ces petites histoires de boulot, je dois t'avouer que je trouve également que c'est dommageable.
En effet, comme tu le constates, en écrivant ce billet sur Roseline ou encore sur d'autres sujets, tu as pu lire que très vite les commentaires partaient dans des directions parfois inattendues. Je pense qu'il en est de même avec ces petites discussions de la vie quotidienne. En abordant des choses toutes simples de la vie, et en sentant que cela t'intéresse Mâ va s'ouvrir à toi. Si elle sent que tu t'en bas l'oeil, la conversation tourne vite court, et ces échanges sont là pour combler les silences de la vie conjuguale.
Attention, je ne te jette pas la pierre, il faut être deux pour qu'un dialogue ait lieu, mais montrer à l'autre qu'on s'intéresse à lui, à son quotidien, à ce lui arrive dans la journée (même si ce n'est pas bien palpitant), aide à s'ouvrir et à se dévoiler, et à parler à coeur ouvert.
Je sais que lorsque des rancoeurs se sont accumulées durant des années, il devient difficile de faire un pas vers l'autre, que la moindre réflexion qui quelques années auparavant serait passée au dessus de la tête peut prendre des proportions hallucinantes, mais mon caractère désespérement omptimiste fait que je pense qu'il est toujours possible de "se retrouver".
Voilà c'est dit et avec toutes mes excuses pour cette "intrusion".
Moi, je ne sais pas quoi dire sur le sujet intime concernant l'Ashram ; alors je souris à Swâmi, mais évidemment, ça ne se voit pas trop, à travers l'écran ! Comme disait l'autre, tout ça...
Quant à Sylvain / Sylvie (nous diras-tu, si un jour tu l'apprends, quel est le prénom féminin qu'elle a choisie réellement ?), mes pensées l'accompagnent, et j'aimerai que tu nous tiennes au courant ; oh, pas par voyeurisme, évidemment, mais bien par humanisme, parce que je souhaite très fort pour elle qu'elle réussisse sa transformation sans perdre son boulot (si c'est important pour elle) et qu'elle se reconstruise une vie. Dans le cas où des obstacles se lèveraient devant elle, je peux trouver des coordonnées de personnes susceptibles de l'aider, à Lyon...
Ne t'excuse pas Vroumette, il n'y a nulle intrusion puisque la porte est grande ouverte...
Je comprends ce que tu dis, je crois pourtant avoir pour l'essentiel déjà répondu plus haut.
J'ajoute cependant encore quelques petites choses en réponse à ce que tu as écrit : Il n'y a pas vraiment de "rancoeurs" en moi, ça n'est pas vraiment dans ma nature. Amertume et tristesse, en l'occurrence, correspondraient mieux à mon ressenti de ces derniers jours.
Quant aux petites anecdotes de la vie quotidienne, si elles peuvent saupoudrer agréablement une communication et un partage par ailleurs riches et épanouis, alors, bien sûr, elles ne gênent en rien et ne posent pas problème.
Quand ces petites anecdotes sont par contre tout ce qui reste par-dessus un grand silence seulement meublé de questions matérielles et pratiques, alors, elles deviennent le signe d'un grand manque et d'une grande frustration. Ca fait un peu "on parle de tout mais surtout pas de nous".
Par ailleurs, l'écoute et l'attention ou le désir de s'ouvrir à l'autre ne peuvent as fonctionner à sens unique, en tout cas, pas sur la durée...
Comprends-tu ?
@Ko : >
Je ne peux pas donner de véritable prénom ou d'élément permettant d'identifier cette personne ici, ce serait une indiscrétion impardonnable de ma part...
Ce que j'ai écrit là raconte une histoire vraie, mais n'identifie pas une personne, un lieu, ou une entreprise en particulier.
Je me suis évidemment posé la question de savoir si cela ne constituait pas déjà, en soi, une faute de ma part que de conter cette histoire. J'ai cependant pensé que ce n'était pas le cas, puisque, bien que s'agissant d'une vie réelle, la personne concernée restait parfaitement anonyme.
Mais tu comprendras que je ne puisse ni ne veuille en dire davantage sans son autorisation expresse - que je n'ai pas.
Swâmi : Ah oui, évidemment, tu as parfaitement raison ! Je suis quelque peu étourdie / impulsive, parfois.
J'ai souvent envie de réagir sur ce blog mais suis souvent intimidée par l'auteur lui-même et la connivence qui le lie à ses lecteurs/trices.
En espérant que je ne tape pas trop l'incruste :
Cet article m'a émue doublement.
Premièrement, l'histoire de Roseline-Sylvain-Sylvie. Il m'est arrivé de me retrouver confrontée à des hommes comme lui/elle (moi non plus, je ne sais que dire), mals dans leur corps et derrière le ton badin et anodin j'ai ressentis une telle douleur, un tel poids, une telle difficulté à assumer imposée par la société et le regard des autres! Et moi aussi, je me suis sentie désemparée, incapable de donner ce qu'on attendait de moi. C'est à dire une réponse "normale", sans la gêne, la confusion. Mais il m'a semblé que mon attitude s'était calquée sur le malaise de la personne que j'avais en face de moi, qui devait elle, franchir le pas et m'avouer qu'elle n'était "pas comme tout le monde". Et puis il y a eu ce choc, un soir, de reconnaître un ancien camarade de classe, en talon aiguilles, robe noire et chevelure platine, qui arpentait les quais du Rhône.
Le deuxième point qui m'a touchée est évidemment le même que Rose et Vroumette et que tu laisses transparaître depuis quelques temps. Il m'a émue parce qu'il m'a rappelé de mauvais souvenirs. Si je puis risquer une opinion sur ce qui ne me regarde en aucune façon, tu as peut-être la "chance" d'être conscient du mécanisme du problème, tu sais et assumes que ses histoires de boulot te gonflent, tu décortiques parfaitement votre relation, en bref, tu ne te voiles pas la face. Je vois ça comme un atout qui peut permettre d'avancer et d'en chercher les solutions et surtout d'avoir envie de chercher des solutions.
Au contraire de la politique de l'autruche qui vous fait vivre 9 ans dont au moins 5 de trop avec quelqu'un qui ne vous convient pas... (oui, je sais ça craint)
> "Quand ces petites anecdotes sont par contre tout ce qui reste par-dessus un grand silence seulement meublé de questions matérielles et pratiques, alors, elles deviennent le signe d'un grand manque et d'une grande frustration."
Comme tu dis ... mais peut-être y a-t-il un différend qui couve, un sujet trop sensible, sur lequel vos points de vue initiaux sont trop différents, sur lequel le dialogue a été rompu et qui a amené le silence à s'installer ...
PS : il est bien clair que si tu trouves qu'on commence à s'occuper de trucs qui sont pas nos oignons, tu sabres les commentaires !! Je n'ai pas l'âme ni les capacités à faire du "conseil relationnel" (rien que cette expression : berk), mais c'est juste que ça me désole de voir des gens qui semblent ouverts et intelligents glisser dans ce genre de marais. Sincèrement.
@Le Gabian :
Tu es la fort bienvenue ici. La porte est ouverte, je ne cesse de le dire... Et je suis heureux de la connivence dont tu parles, mais je ne vois aucune raison que tu t'en sentes exclue...?
La chose qui me surprend le plus est de penser que je puisse être "intidimant", moi qui aurais plutôt tendance à être "intimidé" ;-)
>
Je n'ai pas grand-chose à ajouter à ton commentaire très sensible et très sensé. Tu trouveras deplus longs développements de ma part sur ce dernier point dans ce commentaire-ci que je viens d'ajouter à un autre billet...
@Yogi :
Ne t'inquiète pas, je ne suis pas homme à avoir des scrupules pour ce qui est d'enfoncer sauvagement la touche [Suppr] :-}
Et pouis si lé problèm c'est Belmeramesh, oun peut touyours s'arranger, oun atchidenté est si vite arrivé, madre mia ...
@Swâmi :
Hors-sujet mais pas complètement car ne traitant certes pas du sujet principal du mail mais d'une petite phrase pas anodine qui m'a sautée à la figure comme la vérole sur le bas clergé breton.
Le temps me manque (réellement) pour lire les commentaires mais durant ce message et les autres (les tiens) qui ont suivis, autre chose m'a rapidement sauté à la tronche (comme ... ah, je l'ai déjà dit ...), et visiblement cela est confirmé (j'ai rapidement cherché tes commentaires de commentaires pour tomber sur celui qui confirmais mes craintes).
(Jusque là : grand mystère de qu'est-ce qu'il veut dire ...)
La phrase qui tue : "Celles que l'on écoute par pure politesse quand celle qui rentre du travail a envie de raconter sa journée, mais qui ne t'évoquent rien ..."
La "tuerie" est cachée (?) dans "par pure politesse". De là, tout en découle, si j'ai bien compris malgré le temps infime que j'ai pour lire avec attention la suite des évènements. Pour tout dire, ça m'avait déjà sauté aux genous depuis le très comique (si, si) message sur la Belmeramesh où je voyais venir un truc "pas bien" (notez les guillemets, car ce peut être bien néanmoins). La phrase sur cet article était quelquechose lié à, de mémoire, "Swâmi n'a rien dit" (histoire avec un de tes enfants qui voulait prendre son déjeuner et qui a été renvoyé à la télévision parceque ça blablatait à table). Cette phrase de votre part (= "je n'ai rien dit") a levé haut et fort l'alarme dans ma tête, mais faute de preuve affirmée, j'ai passé outre (après tout, ce ne sont pas mes oignons).
Reviendons à la phrase révélatrice.
On écoute PAS avec politesse. On écoute avec empathie, si cela est psychologiquement possible à ce moment (sinon, le signaler ou reporter la discussion à plus tard). Qu'importe. Ce n'est pas une erreur commise volontairement, ce , n'est pas _mal_, mais c'est une "erreur" (ou "anomalie") qui résulte des relations inter-personnelles diront-nous ... "pas en grande forme".
Je suis désolé si cela a été déjà dit ici mais je n'ai pas pris le temps de lire.
En gros, Swâmi, comme tu le sais, écouter par politesse est détecté IMMEDIATEMENT par toute personne dotée d'un QE (quotient émotionnelle) plus haut que celui de Pinochet. En pratique, assez rarement par les zhoms mais quasiment à chaque coup par les femmes.
Réponse immédiate résultante de l'analyse du ressenti de l'interlocutrice : "il se br(tût!)le de ce que je lui dis". Toute action ultérieure risque de lui "prouver" que vous vous br(Bip!)ler de ce qu'elle vous dit. Action/Réaction (comme dans le film) : la pente descendante s'accroît petit à petit et finalement de plus en plus vite.
Mince ... Plus le temps d'écrire ... Je vous envoie un mail avec si j'ai bien compris remplacer le _a_ par le signe usuel. Le reste ("invalid") doit être laissé je pense ... Désolé de cette intrusion persono-personnelle sur un article dont ce n'était pas le sujet.