Petit problème : Swâmi Petaramesh ne rêve pas. Meuh non, c'est physiologiquement impossible[1].
Simplement, Swâmi Petaramesh ne se souvient pratiquement jamais de ses rêves, car il dort comme une pierre tombale, et que les seuls rêves dont on a une petite chance de se souvenir sont ceux qui sont suivis d'un éveil de plus d'une minute, faute de quoi le cerveau n'enregistre aucune trace de l'éveil ni de ce qui l'a précédé. En gros, il n'a pas le temps de vider le cache sur disque avant de se rendormir, la RAM est wipée, et puis c'est tout.
Même les rêves suivis d'un éveil persistant, d'ailleurs, ont une fâcheuse tendance à s'effilocher d'eux-mêmes durant les 10 premières minutes d'éveil : On se réveille, c'est parfaitement clair, et puis, au fil des minutes, ça devient flou, ça s'effiloche, ça se dissipe... Donc, les seuls rêves qui laissent une trace patente chez Swâmi Petaramesh sont ceux qui provoquent spontanément l'éveil, c'est-à-dire certains cauchemars (très, très rares depuis des années), certains rêves érotiques (ça dépend des périodes, ces temps-ci, c'est assez mort...), ceux causés puis interrompus par une pressante envie de pisser, ou ceux à la fin desquels un évènement extérieur réveille Swâmi Petaramesh - chose assez improbable, puisque, quand Swâmi Petaramesh dort, il faut tirer au canon dans la pièce pour avoir une chance de le réveiller.

Alors, que reste-t-il de notre sommeil paradoxal, comme disait la chanson ?

Eh bien, bien souvent, une idée, une trace, un petit message laissé en bas de page.
Parfois quelques lignes de code, ou un problème insoluble qui s'est résolu "tout seul".

Chez Swâmi Petaramesh, c'est bien souvent au moment du rituel de fumer la clope du matin sur le balcon[2] que le post-scriptum de la nuit apparaît.

Ce matin, il pleut. Temps de novembre. Faut vraiment du vice pour fumer sa clope sur le balcon à 7h10 du mat'...

Mon petit juke-box intérieur se met en marche avec un déclic, et un morceau presque oublié se fait soudain entendre dans l'auditorium de mon crâne :

Comme un avion sans aile,
J'ai chanté toute la nuit,
J'ai chanté pour celle,
Qui m'a pas cru toute la nuit.

Et même, même si j'peux pas m'envoler,
J'irai jusqu'au bout,
Oh oui, je veux jouer
Même sans les atouts.

Tu fais semblant de regarder ailleurs,
Tu dis même que j'te fais peur,
Pourtant tu sais j'tiens plus d'bout,
Aussi crevé qu'un danseur.

Oh, il fait lourd, grande, grande nuit blanche
Grande grande nuit d'orage,
Le tonnerre gronde
Mais y a pas d'éclair

Ecoute, écoute la voix du vent
Qui se glisse sous la porte,
Ecoute, on va changer de lit, changer d'amour
Changer de vie, changer de jour

Et même, même si tu fais plus rien,
Tu vois moi j'aboierai encore...
Mais tu t'endors sous mon piano,
Quand je joue faux

Oh libellule,
Toi, t'as les ailes fragiles,
Moi, j'ai la carlingue froissée
Mais j'ai chanté toute la nuit.

- Charlélie Couture

Aujourd'hui, les Dieux ont été assez clairs...

Entre mes synapses qui commencent à crépiter, éveillées par la nicotine, ce billet se met à doucement prendre forme.

Il faut dire que ces jours-ci, le petit juke-box intérieur est fort sollicité, et n'arrête pas de se mettre en marche tout seul, signe de grand remue-ménage psycho-affecto-machinbidule.

Ca a commencé ce week-end, avec l'intro de Hells Bells, AC/DC, album "Back in Black", tournant sur boucle dans ma tête. Très indiqué compte tenu du contexte.
Comme je viens de l'écrire sur le blog de Chiboum, ça commence sur des tonalités très noires, mais il en monte un rythme et une énergie qui ne peuvent pas vous laisser down une seconde. A réveiller un mort. Très positif, tout ça. Signe qu'il y a encore un pilote dans l'avion et une envie de vivre là-dessous.

(D'ailleurs, si jamais quelqu'un me retrouve raide-mort un jour, voici la méthode de réanimation ultime à suivre pour un Swâmi Petaramesh clamsé : Placer un E.E.G., pas besoin de faire le détail, deux grandes dérivations suffiront amplement. Brancher bien fort l'album Back in Black d'AC/DC. Si rien ne se passe au bout de 2 minutes, on peut creuser le trou. Rock'n roll ain't noise pollution...)

Bon, finalement, rentrant du balcon, je jette la vielle cassette moisie (25 ans d'âge au moins, mais qui sonne encore étonnament bien[3]) de Back in Black dans le lecteur... Bouton de volume sur quelque chose de "raisonnable" ;-), et zyva. Ah oui, ça le fait, ça réveille.
Mâ Anadaramesh sidérée jaillit de la salle-de-bains, Non mais oh ça va pas non ? Les voisins !. Bah, c'est quand même pas fort à ce point... S'en fout les voisins. Et puis, ça réveille.
Mâ Anandaramesh craquera quand même au bout d'une dizaine de minutes, c'est-à-dire en sortant de la salle de bains, et fera un sort au bouton POWA de la chaîne.

M'en fous, rentré d'avoir conduit les Nains à l'école, je le remets un bon coup. Ah tiens, voilà que je danse dans le salon tout seul comme un con. J'y peux rien, c'est plus fort que moi. J'ai quinze ans. OK, cette écoute matinale sera responsable d'un petit quart-d'heure de retard sur la mise en ligne de ce billet...

Qu'est-il passé dans le juke-box intérieur, ces derniers temps ?

Fin de semaine dernière, un peu de R.E.M., "Losing my religion"... Pas surprenant.

Le début d'un morceau des Stocks, album "Eclats de rock", qui a beaucoup, beaucoup tourné, il y a une vingtaine d'années aussi, sur l'auto-radio de ma charrette qui roulait énormément et consommait tout autant (un tarpé aux 100 Km, bonne moyenne...) :

Ca fait trois jours
Et bientôt trois nuits
Que j'n'ai plus un sous
Que des ennuis
Va falloir oublier
J'crois bien qu'j'vais m'tirer d'ici...
Pour changer ma vie
Pour changer ma vie...

Un des inconvénients notables du petit juke-box intérieur, c'est qu'il a une certaine propension à trahir tes pensées à l'insu de ton plein gré, quand tu te mets à fredonner, par exemple "Should I stay or should I go ? (Tchi-pou-poum ! Tchi-pou-poum !)"...

Notes

[1] Comme le sait toute personne ayant suivi un D.U. de physiopathologie cardio-respiratoire du sommeil ;-)

[2] Décidément, si j'arrête, tout mon fonctionnement cérébral va s'en trouver fortement perturbé, puisque c'est pratiquement toujours en fumant une clope sur le balcon que les idées se cristallisent, que les phrases prennent tournure, que les décisions s'arrêtent, et que la méditation se médite... Ces jours-ci, je suis une vraie caserne de pompiers à moi tout seul. Avec la bronchite que j'me paie, c'est malin...

[3] Quand on pense qu'elle a été trempée dans le Coca-cola puis entièrement déroulée dans une baignoire pleine d'eau et séchée au Sopalin sur toute sa longuer, il y a plus de 20 ans, ça laisse rêveur.