Y'a des zours...
Par Petaramesh le lundi 27 mars 2006, 13:52 - Chienne de vie - Lien permanent
...A prononcer avec l'accent de Laurent Gerra imitant l'Abbé Pierre, ça donne tout de suite la référence culturelle...
Y'a des jours comme ça où tu regardes ta vie en te disant qu'elle n'est qu'un vaste champ de ruines.
Y'a des jours où tu te dis que si tu n'as pas tout raté, c'est bien parce que tu n'as pas tout essayé.
Enfin non, pas complètement tout, faut bien en garder en réserve, encore un ou deux trucs qui pourront foirer dans l'avenir...
Y'a des jours où tu contemples ton couple cliniquement mort, les 3 Euros par jours que te filent l'ASSEDIC, tes poumons consciencieusement détruits à la Marlboro light... Y'a des jours, comme ça.
Y'a des jours où tu regardes autour de toi les gens qui te furent proches, ton père crevé il y a 20 ans sans que jamais tu n'aies pu communiquer avec lui, ta soeur en train de crever à l'autre bout de la France, sombrée dans l'alcoolisme, la solitude noire et la désespérance après s'être niqué le foie à l'hépatite C et avoir pendant des années fait le tour de toutes les drogues jamais inventées par l'Homme, ta mère à 100 bornes dont l'esprit s'éteint doucement dans la maladie d'Alzheimer Bonjour Docteur Chandra, ici HAL. Je suis prêt pour ma première leçon...
[1]. Tu n'as jamais vraiment réussi à communiquer davantage avec elle, d'ailleurs. Même quand y'avait encore des neurones dans la boîte. Y'a des jours, comme ça.
Y'a des jours où te revient cette phrase de Rivarol : Non je ne fais rien, il y a des années comme ça où l'on n'est pas en train.
.
Y'a des jours où tu contemples ton chômisme qui s'éternise, ton amour de ton boulot-à-toi-que-tu-as, ton excellence dans ce domaine, et ton pas envie du tout de retourner l'exercer dans cette société factice où l'on te demandera pour exercer ton art de faire semblant de croire à toutes les pseudo-valeurs toxiques qui puent dont elle est imbibée.
Y'en a beaucoup qui n'y croient pas d'ailleurs. Mais tu fais semblant, ou t'es mort.
Y'a des jours où tu te dis que bien bosser, tu sais, mais qu'aller te vendre, tapiner, faire semblant d'être ce que tu n'es pas pour être trouvé conforme à ce que tu devrais être pour ne pas être une cheville ronde dans un trou carré, ça tu peux pas, que ce n'est même pas une question d'orgueil-à-la-con ou de "c'est indigne de Ma Grandeur", non ça, tu t'en fous, tu n'es vraiment plus à ça près, mais quand même, c'est au-dessus de tes forces, tu préférerais presque aller sucer au bois.
Y'a des jours où tu te demandes pourquoi tu vas écrire des trucs pareils sur un blog, sauf que peut-être, un blog, c'est à ça que ça sert.
Aussi.
Tu te demandes si tu l'écris pour toi-même, évidemment que non, si tu l'écrivais pour toi-même, tu ne l'écrirais pas. D'ailleurs, tu n'as jamais tenu de journal intime. Tu l'écris donc pour les autres. Pauvres autres. Et ils vont en faire quoi ?
Y'a des jours où tu te sens comme un boxeur groggy qu'en a trop pris dans la gueule, K.O. debout, sonné, faut attendre que ça passe.
Y'a des jours où t'en as tellement pris dans la tronche, et où pourtant tu n'arrives pas à être fondamentalement malheureux ni vraiment déprimé, parce que même si la surface du lac est prise dans la tourmente, les profondeurs sont calmes, celles que rien ne peut atteindre ni vraiment entamer. Parce que la Vie est belle. Et tu penses à Etty. Ouais, la Vie est belle. Y'a un petit rayon de soleil qui brille par en-dessous.
Tu aurais juste besoin d'un p'tit break, d'un peu de repos. D'aller prendre une bière à la terrasse d'un café, de te balader avec une fille printanière, de faire l'amour tendrement, heureux et insouciant.
De déconner un brin.
Ouais, ça, tu en aurais grandement besoin. Ca te ferait foutrement du bien.
La photo ? Nan, c'est pour déconner. Elle n'est pas d'aujourd'hui, elle est d'il y a deux ans 1/2. Sortie de clinique, après s'être fait enlever ce gentil petit cancer. Juste de la rigolade, ça. Petite plaisanterie juste pour déconner. Trois p'tits coups de bistouri, 35 points de suture, et puis s'en va.
Juste un peu floutée, puisque Swâmi Petaramesh est anonyme...
Swâmi Petaramesh est très beau maintenant, le chirurgien a fait du bon boulot. Vachement fort. J'aurais peut-être du lui filer ma vie à chirurger aussi, tiens.
M'enfin bon, on va pas se laisser abattre, comme disait John Fitzgerald Kennedy.
D'ailleurs j'ai plein de corvées à faire. Whouhahahaha. Et au lieu de ça je suis là à procrastiner sur ce blog. C'est malin. Faut que je remplisse c't'autre saloperie de formulaire pour avant-hier, histoire que les gentilles ASSEDIC continuent de me les filer, ces 3 Euros par jour. Mais y'a quand même de bonnes chances que non : on est probablement trop riches.
Tousse un coup. Saloperie de bronchite...
Notes
[1] 2001: l'odyssée de l'espace. Arthur C. Clarke










Commentaires
Y a des jours comme ça où on aurait probablement besoin de pouvoir prendre des vacances de soi-même, histoire de refaire connaissance un peu avec nos enthousiasmes et nos grands espoirs, quelques jours après.
Et puis en général on finit par recoller à l'histoire à cause d'une chose aussi futilement essentielle que le chant d'un piaf ou le rire cristallin d'un enfant.
Non ?
En tout cas procrastiner un brin, si ça ne fait rien avancer, ça ne peut pas faire de mal (enfin un brin, hein, pas un baobab non plus).
Merci de tes encouragements, Anne :-}
...Bon, tiens, j'vais aller m'en griller une sur le balcon.
Merci de ne pas avoir relevé l'immonnnnnnnde faute en plein milieu ! Et profites-en bien à ma santé, tiens. Moi ça fait un an aujourd'hui que j'ai arrêté (enfin je crois, à quelques heures près en tout cas).
@Anne :
Je ne l'avais même pas vue. Faut croire que je dois être fatigué ;-)
Bon, je me suis permis de te la corriger...
C'est la fête du slip à l'Ashram, on dirait, un petit coup de mou...
Fallait sortir hier, il faisait bon, il faisait beau, on a regardé la naine courser des canards au bord d'un étang et on a goûté d'une gauffre bien craquante ensuite, avec une pression pour monsieur. Des siècles qu'on ne s'était pas assis à la terrasse d'un café, avec juste un peu de soleil. Faut dire que ça coûte un oeil pour les gens comme nous. Tant pis, on bouffera des pâtes, mais ces micros-vacances sont parfois nécessaires!
Bises à toi.
@Agnès : On est sortis hier. On a regardé les Nains faire du vélo et s'amuser comme des mômes. On ne les a pas laissés courir après la grippe aviaire, faut quand même pas pousser ;-)
Tristesse quand même.
Chez nous, il faisait pas assez beau pour aller enquiquiner les pigeons, alors on est allé s'enquiquiner devant un docu sympathique mais un rien longuet (surtout pour une bachounette de 4 ans qu'à rien fait qu'à se tortiller comme un asticot pendant que l'ourse blanche dérapait sur la banquise, m'enfin...)
Swâmi Petaramesh ne peut rien faire comme tout le monde ? il accueille le printemps morose ? alors que la plupart de ses congénères humains a le sourire facile dès lors qu'il croise ces effluves chaleureux de bourgeons, de terre qui revit, et qu'on sent dans l'air ces jours-ci, oui, même chez moi, coincée entre deux nationales, une autoroute et le périphérique...?
Qu'il considère donc que je rends une visite virtuelle impromptue à l'Ashram, que je l'emmène de force au troquet du coin et qu'au milieu des turfistes chômistes et autres rapidoïstes, nous éclusons consciencieusement quelques demis d'Amstel ou autre bière de base. On pourra deviser gaiement de la féminité et de la "mâlitude".
en plus, le houblon me redonnera des forces après le chti footing que je viens de m'infliger.
@ko :
Ca, je crois que définitivement non ;-)
>
Il faut dire que ces jours-ci, ce n'est pas vraiment printanier par ici... Certes, la température a brutalement grimpé, mais le ciel est de la même couleur que mon humeur...
Ca fait quelques années que le printemps ne me réussit guère d'ailleurs. Il faut croire que ma montée de sève printanière est régulièrement contrariée par quelques basses réalités de l'existence, et que le retour de sève au carburo me fait une surpression dans la boîte-à-humeur. Du moins, c'est ce qu'en dirait un médecin de Molière...
Il faut saigner le patient, sans doute !
Il va falloir que je voie les vêtements des jeunes filles s'alléger et se raccourcir, encore un peu de patience, pour en être tout égayé. Ou que ça me foute les boules, aujourd'hui, je serais plutôt in the mood que ça me foute les boules...
>
Ca, c'est une idée qu'elle est bonne :-)
On va quand même tenter d'éviter le PMU d'en bas qui est le quartier général de la voisine pochtronne, et trouver un coin un peu plus bucolique ;-))
Ah, et puis ce n'est pas parce que tu es dans un jour sans que je ne vais pas te dire tout le mal que j'en pense de la citation du tout début de ce billet ! Laurent Gerra, sans blague... qu'il soit imitateur à peu près efficace, ça me fait mal de le reconnaître, mais soit. Seulement, c'est une vraie purge, ce type ! et son "humour", et ses mimiques, et son beaufisme revendiqué en interviews sont réellement puants... C'est vraiment une mauvaise personne, en plus d'un très mauvais humoriste.
Non ?
@Ko : Je ne sais pas, je ne le connais pas assez pour pouvoir prétendre en juger.
Quoiqu'il en soit, autant commencer un billet traitant d'un mauvais jour par une mauvaise citation...
Si l'on veut faire dans les "bonnes citations", on a plutôt le choix entre Epictète et Frankl:
> C'est le fait d'un ignorant d'accuser les autres de ses propres échecs ;
> celui qui a commencé de s'instruire s'en accuse soi-même ;
> celui qui est instruit n'en accuse ni autrui ni soi-même.
> - Epictète
> Il devenait clair pour moi, bien que je le ressentisse très douloureusement,
> que le sens de la vie est tel qu'il se réalise même dans l'échec.
> - Victor Frankl (déporté à Auschwitz)
Bon, je te l'accorde, ce n'est guère plus joyeux ;-)
Décidément, aujourd'hui, je n'y arriverai pas ;-)
Je la note. Je m'en re-servirais.
Tiens, pour te remonter le moral, voici un SMS que j'ai reçu ce week-end :
Si ça t'a fait sourire, tant mieux. Sinon, j'ai été grossier pour rien, tant pis, j'aurais essayé.
Guère plus joyeux... je sais pas... La citation d'Epictète est au-delà de (ou par-delà...) la bonne ou mauvaise humeur, et tant mieux.
(quant à Gerra, le peu que j'en ai vu / entendu m'a dégoûtée : notamment le fait qu'il se livre à des attaques basses et minables : tout ce que j'aime !...)
Demain est un autre jour, comme disaient peut-être nos frères amérindiens. Hugh, donc.
@Thierry : J'ai ri. On dirait presque du Laurent Gerra, mais bon, je ne ferai pas la fine bouche ;-)
@Ko :
Tout-à-fait. Elle s'adresse à une réalité plus profonde.
"...même si la surface du lac est prise dans la tourmente, les profondeurs sont calmes, celles que rien ne peut atteindre ni vraiment entamer. Parce que la Vie est belle. Et tu penses à Etty. Ouais, la Vie est belle. Y'a un petit rayon de soleil qui brille par en-dessous..."
C'est fou, derrière tes mots on sent cette force, et même un fond d'humour aussi (si, si). Et l'on se dit que ce Swâmi-là ne peut définitivement pas être une cheville ronde dans un trou carré, qu'il faut qu'il fasse son trou à lui, de la forme qui lui convient, et c'est juste qu'il n'a pas encore trouvé comment, peut-être... Et qu'on le lui souhaite vachement fort.
Quand je suis d'humeur triste, moi aussi je pense à Etty... Nous échangeons beaucoup sur elle avec Erin ces jours-ci. Madeleine a commandé le livre. Je suis heureuse de la faire connaître. Pas très étonnée de la trouver ici... (chez moi elle est là)
Cher Swâmi, je t'embrasse, mais chut....
@Traou :
Je l'avais bien vue passer dans un commentaire chez toi, l'autre jour. je me suis dit "tiens-tiens, on est en bonne compagnie" ;-)
@Traou :
Décidément une bien bonne auberge ;-)
Je viens d'y ajouter un petit commentaire, au cas où tu ne suivrais plus de très près ton fil pour ce billet déjà ancien (bien que je vois qu'y figurent des commentaires plus récents).
Je t'ai répondu aussi là-bas. Ce billet écrit au tout début de mon blog trouve de nouveaux lecteurs, grâce à Erin à qui j'avais conseillé - par mail - de lire Etty et qui a fait un billet sur elle récemment chez elle. Et ainsi de suite, j'espère...
Ko a dit : "...nous éclusons consciencieusement quelques demis d'Amstel ou autre bière de base. On pourra deviser gaiement de la féminité et de la "mâlitude".
Moi je propose - encore et toujours - un p'tit coup de paté Hénaff avec un p'tit coup de rouge, c'est bon pour les jours moroses... Et on devise gaiement de tout ce qu'on veut.
@Traou : Sois assurée que si j'étais à Paname plutôt qu'à Lugdunum, je serais déjà en train de sonner en bas ;-)
...enfin p'têt pas quand même, j'ai les deux Nains dans la baignoire, va falloir que j'aille les étriller, je ne voudrais pas qu'ils s'enrhument pour un coup d'jaja au pâté Hénaff, même en aussi non-duelle compagnie ;-))
M'enfin, une fois les Nains séchés, ça serait envisageable. Très.