Beau comme un camion Y'a des jours comme ça où tu regardes ta vie en te disant qu'elle n'est qu'un vaste champ de ruines.

Y'a des jours où tu te dis que si tu n'as pas tout raté, c'est bien parce que tu n'as pas tout essayé.

Enfin non, pas complètement tout, faut bien en garder en réserve, encore un ou deux trucs qui pourront foirer dans l'avenir...

Y'a des jours où tu contemples ton couple cliniquement mort, les 3 Euros par jours que te filent l'ASSEDIC, tes poumons consciencieusement détruits à la Marlboro light... Y'a des jours, comme ça.

Y'a des jours où tu regardes autour de toi les gens qui te furent proches, ton père crevé il y a 20 ans sans que jamais tu n'aies pu communiquer avec lui, ta soeur en train de crever à l'autre bout de la France, sombrée dans l'alcoolisme, la solitude noire et la désespérance après s'être niqué le foie à l'hépatite C et avoir pendant des années fait le tour de toutes les drogues jamais inventées par l'Homme, ta mère à 100 bornes dont l'esprit s'éteint doucement dans la maladie d'Alzheimer Bonjour Docteur Chandra, ici HAL. Je suis prêt pour ma première leçon...[1]. Tu n'as jamais vraiment réussi à communiquer davantage avec elle, d'ailleurs. Même quand y'avait encore des neurones dans la boîte. Y'a des jours, comme ça.

Y'a des jours où te revient cette phrase de Rivarol : Non je ne fais rien, il y a des années comme ça où l'on n'est pas en train..

Y'a des jours où tu contemples ton chômisme qui s'éternise, ton amour de ton boulot-à-toi-que-tu-as, ton excellence dans ce domaine, et ton pas envie du tout de retourner l'exercer dans cette société factice où l'on te demandera pour exercer ton art de faire semblant de croire à toutes les pseudo-valeurs toxiques qui puent dont elle est imbibée.
Y'en a beaucoup qui n'y croient pas d'ailleurs. Mais tu fais semblant, ou t'es mort.

Y'a des jours où tu te dis que bien bosser, tu sais, mais qu'aller te vendre, tapiner, faire semblant d'être ce que tu n'es pas pour être trouvé conforme à ce que tu devrais être pour ne pas être une cheville ronde dans un trou carré, ça tu peux pas, que ce n'est même pas une question d'orgueil-à-la-con ou de "c'est indigne de Ma Grandeur", non ça, tu t'en fous, tu n'es vraiment plus à ça près, mais quand même, c'est au-dessus de tes forces, tu préférerais presque aller sucer au bois.

Y'a des jours où tu te demandes pourquoi tu vas écrire des trucs pareils sur un blog, sauf que peut-être, un blog, c'est à ça que ça sert.
Aussi.
Tu te demandes si tu l'écris pour toi-même, évidemment que non, si tu l'écrivais pour toi-même, tu ne l'écrirais pas. D'ailleurs, tu n'as jamais tenu de journal intime. Tu l'écris donc pour les autres. Pauvres autres. Et ils vont en faire quoi ?

Y'a des jours où tu te sens comme un boxeur groggy qu'en a trop pris dans la gueule, K.O. debout, sonné, faut attendre que ça passe.

Y'a des jours où t'en as tellement pris dans la tronche, et où pourtant tu n'arrives pas à être fondamentalement malheureux ni vraiment déprimé, parce que même si la surface du lac est prise dans la tourmente, les profondeurs sont calmes, celles que rien ne peut atteindre ni vraiment entamer. Parce que la Vie est belle. Et tu penses à Etty. Ouais, la Vie est belle. Y'a un petit rayon de soleil qui brille par en-dessous.

Tu aurais juste besoin d'un p'tit break, d'un peu de repos. D'aller prendre une bière à la terrasse d'un café, de te balader avec une fille printanière, de faire l'amour tendrement, heureux et insouciant.
De déconner un brin.
Ouais, ça, tu en aurais grandement besoin. Ca te ferait foutrement du bien.

La photo ? Nan, c'est pour déconner. Elle n'est pas d'aujourd'hui, elle est d'il y a deux ans 1/2. Sortie de clinique, après s'être fait enlever ce gentil petit cancer. Juste de la rigolade, ça. Petite plaisanterie juste pour déconner. Trois p'tits coups de bistouri, 35 points de suture, et puis s'en va.
Juste un peu floutée, puisque Swâmi Petaramesh est anonyme...
Swâmi Petaramesh est très beau maintenant, le chirurgien a fait du bon boulot. Vachement fort. J'aurais peut-être du lui filer ma vie à chirurger aussi, tiens.

M'enfin bon, on va pas se laisser abattre, comme disait John Fitzgerald Kennedy.

D'ailleurs j'ai plein de corvées à faire. Whouhahahaha. Et au lieu de ça je suis là à procrastiner sur ce blog. C'est malin. Faut que je remplisse c't'autre saloperie de formulaire pour avant-hier, histoire que les gentilles ASSEDIC continuent de me les filer, ces 3 Euros par jour. Mais y'a quand même de bonnes chances que non : on est probablement trop riches.

Tousse un coup. Saloperie de bronchite...

Notes

[1] 2001: l'odyssée de l'espace. Arthur C. Clarke