Ce matin, Swâmi Petaramesh emmène tranquillement ses deux Nains, Patâpatî et Sri Minîshiva à l'école[1] en voiture, et, comme tous les matins, passe dans une petite rue devant un lycée à 500 mètres de chez lui.

Tiens, méga rassemblement de foule devant le lycée, banderolles, cris... Une Twingo noire conduite par une jeune fille est juste devant moi. Nous roulons au pas, la rue est encombrée de jeunes.

A l'instant où la Twingo noire s'apprête à dépasser le lycée, PSSCHHHHFOUTT !!! elle disparaît dans un nuage opaque blanc bleuté. Je n'y vois plus à un mètre. Je pile, j'allume les warnings, anti-brouillards avant et arrière... Que se passe-t-il ?

PSSCHHHHFOUTT !!! PSSCHHHHFOUTT !!! PSSCHHHHFOUTT !!!

Je suis à mon tour enfoui dans le nuage. Je coupe la ventilation. C'est quoi ?

Je vois soudain plusieurs bras brandissant de gros cylindres rouges. Ah, ce sont des extincteurs. PSSCHHHHFOUTT !!!

Les jeunes sont en train de vider un paquet d'extincteurs sur les bagnoles et dans la rue. On n'y voit strictement plus rien.
Après quelques instants et un peu de vent, on commence à y voir un tout petit poil.

SCHBLAANNNGGG !!! BLEING !!! SCHBLUUNGG !! Oh merde ! Des barrières métalliques volent dans l'air. Elles atterrissent juste derrière ma bagnole, à moins d'un mètre. Et sur les côtés. Putain, si ça continue, on va s'en prendre une plein cadre...

Je descends de mon carrosse. Merde, je respire de la fumée bleue. Ca pique et ça a un goût dégueulasse. Je me demande même un instant s'il n'y a pas un peu de lacrymo avec... Crois pas, en fait.

Eh oh les jeunes !!! On vous soutient à fond contre le CPE !!! Bravo !!! Mais soyez sympas, pas la peine de casser les bagnoles de ceux qui emmènent leurs gosses à l'école !!! Laissez-nous passer !!!

Deux jeunes s'approchent de moi dans la fumée et s'excusent poliment, demandent si y'a pas de mal ?
Non, y'a pas de mal, mais on voudrait bien se casser avant que ça ne dégénère... Quelques autres ont l'air plus belliqueux...
Devant moi, la jeune fille est sortie de sa Twingo ex-noire, transformée en Twingo bleu-clair. La fumée s'est un peu dissipée. Je lui enjoins de remonter presto dans sa caisse et de se tirer de là pour nous laisser nous tirer aussi.
Juste derrière ma caisse, les barrières métalliques pleuvent toujours. Ca commence à faire un gros tas au milieu de la route. 'tain, une barricade !

La fille remonte dans sa tire et décarre. Elle m'a bien compris. Un autre jeune s'approche de ma fenêtre, lui aussi s'excuse, demande si tout va bien. Oui, oui, oui ! je lui fais. Mais on s'en va.
A l'arrière, mes nains sont assez verts de peur. C'est un peu une première pour eux. Je décolle en vitesse, tous feux allumés et clignotants.
Le capot de ma caisse et le pare-brise sont tout blanc-bleutés. Ca partira au lavage.

A l'instant où j'écris ces lignes, j'entends grands beuglements et cris. J'ouvre la fenêtre. Un long cortège est en train de passer. Ce sont tous les mômes du Lycée technique du coin de la rue qui partent à la manif. Ce n'est pas le même lycée...

Y va y'avoir du sport.

Les jeunes qui résistent aujourd'hui avec détermination contre le CPE et ne lâchent pas le morceau, dans un mouvement qui dure et s'amplifie, sont l'honneur de notre pays. Je suis fier d'eux.

P.S. : A lire pour de rire, chez BravePatrie : Les jeunes sont des veaux, par Juan Marcos Von Braun.

Notes

[1] C'est-à-dire chez les curés, oui, je sais...;-)