...et je me disais qu'il allait bien falloir que je me fende sur ce blog d'un billet de râlage, que seule ma paresse du moment jointe à la présence de mes Nains et de leurs nécessaires occupations du mercredi[1] m'avait conduit à postponer delayer reporter quelque peu sine die.

Or, ne voilà-t-il pas que ce vieux briscard de Capitaine me coupe encore l'herbe sous le pied en pondant un fort intéressant article qui va dans le même sens.[2]

Le principe de cette licence globale repose sur l'idée originale de taxer tout le monde, c'est-à-dire l'ensemble des internautes, afin de pouvoir "légaliser" le téléchargement en peer-to-peer d'oeuvres en particulier musicales (il semble que le cinéma en soit exclu...?), à charge ensuite pour les taxeurs de trouver le moyen de répartir la manne entre les ayants-droit.
Une petite odeur de déjà vu...

Comme le dit si bien le Capitaine, et je reprends encore une fois ses propos à mon compte, je paie déjà une taxe au bénéfice des majors sur tous les supports enregistrables que j'achète, et qui me servent, dans 95 cas sur 100, à faire des copies de sauvegarde de mes propres données, ou à graver des distributions Linux ou des Logiciels Libres (dont les auteurs ne perçoivent par ailleurs pas un maravédis sur la taxe en question). Si ce n'est pas déjà de l'arnaque !
Dans les 5 autres cas sur 100, il peut effectivement m'arriver de faire une copie d'un CD que je possède tout-à-fait légalement, avec le droit de copie privée qui va avec, pour l'offrir à ma belle-soeur, à ma mère, ou à un bon copain de passage à l'ashram, oui, Monsieur le Juge, ça doit bien faire 2 ou 3 CD par an, ça. Et il peut arriver, encore plus rarement, qu'un parent ou ami fasse la même chose pour moi, nous sommes de bien grands criminels.
On peut se consoler en se disant que nous étions d'encore bien plus grands criminels dans notre folle jeunesse, où nous faisions la même chose en transformant des vinyles en cassettes audio, eh oui, comme tout le monde, et étant jeune, Swâmi Petaramesh écoutait beaucoup plus de musique et en dupliquait donc dans des proportions beaucoup plus considérables. Mais on se fait vieux, ma brave dame, et on préfère désormais souvent la méditation silencieuse à l'écoute d'"AC/DC", "Ram Jam" ou les "Clash", si c'est pas lamentable...
Quoi qu'il en soit, l'industrie musicale n'en a pas coulé pour autant, malgré les cris d'orfraie que poussaient déjà à l'époque leurs Cassandres professionnels.

Revenons au présent.

Question téléchargement illégal de musique, Swâmi Petaramesh avoue son crime qu'il est grand : Connecté à Internet depuis 1994, en ADSL depuis 2000, j'ai du, dans toute ma carrière d'internaute, télécharger peut-être une trentaine de morceaux via des systèmes peer-to-peer, et c'est le bout du monde.
Surtout si l'on considère que parmi cette trentaine de morceaux que j'ai ainsi honteusement "piratés"[3], plus de la moitié correspond à deux albums entiers que je possède sous forme de vieux vinyles dans le fond de ma cave, donc pour lesquels j'ai déjà effectivement payé le droit de les écouter, et que j'ai retéléchargé en format MP3 parce que je n'ai plus de platine vinyle en état de marche, ce qui n'enlève rien au fait que j'ai dûment payé les artistes, et donc parfaitement le droit de télécharger et écouter leurs morceaux jusqu'à la fin des temps sans devoir les payer à nouveau - mais les majors du disque raffolent des évolutions technologiques et des changements de format, s'ils peuvent vous faire acheter un vinyle, puis quelques années après, le même en CD, puis vous le revendre en fichiers audio avec DRM, puis vous le refaire payer en csonnerie de téléphone portable, ils ne se plaindront pas...
L'autre moitié de mes forfaits doit correspondre à une douzaine de morceaux que j'ai peut-être écoutés deux fois chacun avant de les foutre à la benne ou des les oublier pour toujours dans le fond d'un disque dur où ils végèteront jusqu'à ce que je les dégomme un jour où j'aurai besoin de faire un peu de place.

Voilà Monsieur le Juge, voilà le bien Grand Crime de Swâmi Petaramesh en matière d'horrible "piratage" de musique sur Internet. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des adolescents à la maison...

Et pour expier ce crime sans risquer la prison, d'aucuns voudraient imposer une "licence globale obligatoire" qui se traduirait, d'après ce que j'ai compris, par une taxe mensuelle de 10 Euros (!) sur chaque abonnement Internet haut-débit.

Dix Euros ! Mazette ! Traduit de l'Enarque moderne en bon français, cela voudrait dire :

  • 30% d'augmentation de mon forfait ADSL !
  • soit 120 Euros par an pour l'industrie de la musique, dont je ne suis pas client, ni légalement, ni illégalement.

Outre le fait que cette augmentation considérable du prix de l'accès Internet le mettrait sans doute hors de portée de beaucoup d'internautes au revenus modestes, je fais immédiatement le constat qu'à aucun moment de mon existence je n'ai dépensé de sommes comparables pour l'achat de musique, même pas adolescent ou jeune adulte, quand j'en achetais pas mal et en écoutais beaucoup.
Et l'on voudrait m'imposer aujourd'hui - vous imposer à tous - une "licence globale" qui forcerait beaucoup de gens à dépenser à leur corps défendant beaucoup plus d'argent au bénéfice d'une industrie qu'ils n'en ont jamais dépensé de leur vie ? Car je ne suis certainement pas le seul dans ce cas.

Comble du comble, je ne suis aujourd'hui plus du tout client de ces Messieurs, en aucune manière. Car, comme beaucoup de vieux cons de mon âge, j'écoute beaucoup moins de musique que dans ma folle jeunesse d'une part, car d'autre part, quand j'en écoute, j'écoute beaucoup de goodies oldies indémodables que j'ai achetés et payés il y a 15 ou 20 ans, et que je n'ai pas de raison de repayer chaque jour, au plus grand dam des épiciers, et parce que, comme beaucoup de vieux cons de mon âge, je trouve qu'il ne "sort" essentiellement plus que de la sous-merde commerciale formatée et industrielle que je n'ai aucune envie d'acheter ni même d'écouter gratuitement - il faudrait qu'on me paie - et, que les trucs écoutables, si certes il y en a, ne me sont nullement indispensables, que je peux les entendre parfois à la radio, ici ou ailleurs, et vivre sans le reste du temps. Eh oui, je suis un irrécupérable vieux con, je sais, mais je suppose que des vieux cons de mon espèce, il doit y en avoir beaucoup.

Et d'autre part, j'ai depuis quelques années décidé de frapper cette industrie de mon absolu boycott personnel, c'est-à-dire que je n'achète jamais plus aucun CD de musique, et continuerai de faire de même, tant que cette industrie :

  • Persistera à les vendre à un prix prohibitif qui engraisse les intermédiaires, et dont bien peu revient aux artistes à la rare exception près des plus vendus d'entre-eux ;
  • Persistera à les bourrer de dispositifs anti-copie au mépris du droit à la copie privée, et les rendant possiblement incompatibles avec tel ou tel lecteur ou ordinateur ;
  • Persistera dans l'emploi du novlangue en traitant de "pirates" ceux qui copient des oeuvres, terme manifestement excessif dès qu'on se donne la peine d'ouvrir un dictionnaire pour y chercher le sens du mot pirate, terme qui par ailleurs ne tient aucun compte du droit légal à la copie privée ;
  • Persistera dans d'odieuses campagnes de publicité et de désinformation à ce propos ;
  • Persistera à tenter de régner par la terreur en traînant devant les tribunaux les internautes qu'elle chope, dans le but de leur faire écoper des peines les plus lourdes possibles, pour l'exemple et pour la dissuasion ;
  • Persistera à tenter de manipuler les décisions de notre gouvernement et le vote de nos députés par des campagnes de lobbying d'une importance jamais vue.

Donc, Messieurs, je ne suis pas votre client, je ne vous achète rien, et je vous emmerde. Et je ne veux pas que l'on me taxe à votre bénéfice pour votre production que je ne consomme pas.

Voilà, c'est dit.

D'autre part, quand je vois que quelques artistes, roulant pour les majors, montent au créneau contre cette licence globale, qui serait justement, et probablement, essentiellement profitable aux artistes[4] et comparent la licence globale avec le fait de pouvoir rentrer dans n'importe quelle boulangerie et prendre tout le pain qu'on veut pour 10 euros par mois, je me dis que ceux-là sont décidément de bien gros menteurs ou de bien gros abrutis, parce que :

  • Ils n'ont toujours pas intégré la différence entre un bien matériel et un "bien immatériel", si tant est que ce dernier concept ait un sens : Si je prends un pain à la boulangerie, il reste un pain de moins au boulanger. Si je copie un morceau de musique sur Internet, cela ne fait un de moins pour personne ;
  • Nul n'a jamais démontré (bien que l'industrie le prétende) qu'un morceau téléchargé = un morceau de moins acheté. Ce n'est pas parce que quelqu'un n'aurait pas pu télécharger un morceau, qu'il l'aurait pour autant acheté. Dans la majorité des cas, il ne l'aurait simplement pas écouté. Donc cet angle de vue en termes de "manque à gagner" pour l'industrie est une pure tromperie.
  • Le budget d'un amateur de musique n'est pas illimité. Tout amateur de musique est prêt à dépenser une certaine somme chaque mois (variable d'un individu à l'autre, selon ses revenus, son amour de la musique) pour l'achat de musique. Une fois qu'il a dépensé cette somme, il n'ira pas au-delà. Si, pour cette somme dépensée, il écoute 3 morceaux, 10 morceaux ou 100 morceaux, quelle différence pour l'industrie ou pour les artistes? Il n'y a aucun manque à gagner, il ne serait pas rentré un centime de plus...
  • Toutes les études faites à ce jour ont démontré que ce sont ceux qui téléchargent le plus qui, le plus souvent achètent aussi le plus de musique !
  • Alors quel peut être l'intérêt, pour les artistes, de tenter de limiter l'écoute de musique par ceux qui les apprécient, au prétexte qu'il y a une limite à ce que ces derniers sont prêts à payer ? C'est proprement absurde.

Ces absurdités relevées, je le dis et je le répète, je suis absolument opposé à toute "licence globale obligatoire", qui forcerait chaque internaute à payer pour un service qu'il ne désire pas, et ne consomme pas forcément.

Notes

[1] qui se traduisent directement pour moi en une quantité impressionnante d'obligations du mercredi

[2] Il est normal que je trouve cet article fort intéressant, puisqu'il pense grosso-modo la même chose que moi. Eût-il affirmé le contraire, que c'eût-été un article idiot. Oui, je sais.

[3] Une petite pensée pour le novlangue et la manipulation de l'opinion par un judicieux choix des termes que l'on utilise pour décrire une réalité quelconque...

[4] Modulo la question épineuse de la répartition