Neige
Par Petaramesh le vendredi 3 mars 2006, 13:00 - Intime Universel - Lien permanent
Dans la série "le lundi, c'est ravioli", voici maintenant "le vendredi, c'est paléontologie".
Ce matin, je ne sais pourquoi, retour de flamme au carburo et me revient en mémoire l'existence d'un texte que j'avais écrit, sur une liste de diffusion privée, il y a plus de trois ans. L'histoire que conte ce texte est vieille de plus de vingt ans. Sa vérité est intemporelle.
Je l'exhume brut de décoffrage de l'infinie mémoire de cette machine magique.
Je me retire sur la pointe des pieds, et vous le livre ici...
From: Swâmi Petaramesh Date: Tue, 28 Jan 2003 01:18:42 +0100 Organization: Secte des Adorateurs de Cela User-Agent: KMail/1.4.3
Le Lundi 27 Janvier 2003 14:36, Swâmi Petaramesh a écrit :
Ceci me remémore le souvenir de "Neige", que je vous raconterai peut-être un de ces jours [...]
Et comme ce souvenir m'habite depuis que j'y ai repensé aujourd'hui, je vais
vous en conter quelques mots, même si je m'étais promis de me "coucher tôt"
;-)
Neige...
J'avais tout juste 18 ans quand je l'ai rencontrée, mi-juin, à la fin du stage d'informatique où j'ai appris les rudiments du métiers. C'est dans ce même stage que j'avais également rencontré M., avec qui j'étais déjà depuis quelques mois, et avec qui je suis resté encore plusieurs années.
Mais à l'époque, je poussais la polygamie jusqu'à des paroxysmes parfois inextricables, et j'avais bien du mal à gérer mon emploi du temps.
M. avait déjà terminé son stage depuis quelque temps, et j'avais prolongé le mien à titre gratuit et bénévole, servant à temps partiel de "moniteur" pour les T.P. de la fournée suivante, en échange de temps machine pour mes propres expériences et compilations (sur cartes perforées, eh oui...)
C'est dans cette "fournée" que je rencontrai Neige. Bien sûr, ce n'était pas son vrai prénom, mais son surnom, mais c'est sous ce nom que je la connus et que je m'en souviens aujourd'hui.
Elle avait 24 ans, était rousse, très fine et élancée, féline, des yeux magnifiques, et au premier regard cela fit "tilt".
A la fin de l'après-midi où je la remarquai, je lui proposai d'aller boire un verre quelque part, et à ma surprise, elle me proposa d'aller le boire chez elle, elle habitait à deux cent mètres, dans un bel appartement qu'elle sous-louait pour des clopinettes jusqu'à la fin de l'été.
Aussi bien l'un que l'autre savions très précisément où nous voulions en venir, et, si nous bûmes un verre, nous le bûmes au lit, pour nous désaltérer "après".
Neige méritait son surnom par la blancheur de lait de sa peau, et par son incroyable douceur. Elle était à la fois féline, et d'une douceur indescriptible. Sa peau était douce, cette fille était douce, et décidée, active, parfois presque masculine en même temps.
Un autre aspect masculin, très étrange, de sa personne, est que Neige n'avait
pas de seins. Elle n'en avait pas "très peu", elle n'était pas "plate", non,
elle n'avait pas du tout de seins. Elle avait par contre des mamelons fort
bien formés et parfaitement féminins, qui étonnaient sur cette poitrine
plate, et qui étaient d'une extrême sensibilité. Cette étonnante absence de
poitrine, jointe à son corps fin et délié, lui donnait une apparence étrange,
quelque peu androgyne, et infiniment féminine en même temps.
Combien d'heures ai-je passées à caresser, mordiller, sucer ou parfois pincer
ces tétons improbables...
Le corps de Neige dégageait cette odeur particulière, animale, que dégage
souvent le corps des rousses, mais sur son corps je trouvais cette odeur
particulièrement envoûtante, agréable, et tout particulièrement l'odeur de
son sexe qui était pour moi un bouquet parfumé. J'aimais particulièrement la
sentir, promener mon nez dans les boucles parfumées de sa toison pubienne,
puis descendre doucement alors qu'elle écartait lentement les cuisses.
C'est depuis Neige que je suis très sensible à l'odeur enivrante que dégagent
certaines rousses...
Nos ébats commençaient toujours par de très lents et longs préludes, par le contact des peaux, des salives, des sexes et des bouches, et des caresses qui pouvaient durer des heures. Puis je la prenais, et cette douceur se muait alors en une activité sismique de plus en plus puissante jusqu'à atteindre pratiquement à la sauvagerie et à la violence. Nous faisions alors l'amour de manière effrénée, je la pénétrais si fort et si profondément que nos pubis s'entrechoquaient comme des machines en folie, au point que j'en eus bien souvent le pubis endolori, et même des bleus !
Parce qu'elle n'avait pas une totale confiance dans les moyens de
contraception que nous utilisions, ou pour toute autre raison, Neige ne
voulait pas que j'éjacule en elle. Par contre, elle adorait que j'éjacule sur
son ventre et ses seins théoriques, ou que je jouisse dans sa bouche.
Si je trouvais la première solution parfaitement frustrante, je raffolais de
la deuxième.
Quand je sentais l'orgasme monter, je lui présentais mon sexe qu'elle prenait
dans sa bouche, juste à temps pour recevoir mon éjaculation.
Puis, bien souvent, nous échangions un long et sauvage baiser, partageant
ainsi le fruit de notre plaisir, avant de nous écrouler, couverts de sueur et
de foutre, rassasiés, parfaitement détendus et heureux, dans une complicité
que seuls de tels moments apportent.
Il était parfaitement entendu, dès le premier instant, que nous ne nous
"aimions" pas, et que si nous étions ensemble, c'était purement sexuel.
De mon côté, je ne faisais pas mystère d'avoir d'autres femmes dans ma vie,
et particulièrement M., dont j'étais amoureux.
Quant à elle, elle affirmait ne pas vouloir s'engager dans quoi que ce soit,
devait remonter à Paris à la fin de l'été, et je suppose d'autre part que le
fait que je sois un "petit jeune" - elle avait 24 ans, moi 18 - ne lui
donnait pas envie de faire des projets.
Et puis, nous étions parfaitement bien comme ça, alors, que demander de plus ?
Toutefois, comme elle vivait seule dans cet appartement qu'elle avait pour l'été, jusqu'à fin août, elle m'invita à venir m'y installer avec elle, aussi, dès le lendemain, je posai là ma trousse de toilette et mon sac.
C'est là que commença ma première expérience de vie de couple, en "contrat à durée déterminée", puisqu'il était bien entendu qu'à la fin de l'été, elle rendrait les clés, quitterait son appart, et que nous nous dirions adieu.
Pendant ces deux mois, nous formâmes un petit couple touchant. Nous étions pleins d'attentions l'un pour l'autre, nous apportions mutuellement le petit déjeûner au lit, préparions à manger ensemble, et je lui apportais presque chaque jour des fleurs.
"Nous ne nous aimions pas", mais passions nos nuits et bien souvent nos après-midis à faire l'amour comme des fous, et il y avait entre nous une tendresse partagée d'une grande délicatesse.
Aucun de nous n'attendait aucun engagement de la part de l'autre, ni ne désirait s'engager dans "une relation sérieuse". Nous n'avions l'un vis-à-vis de l'autre aucune autre attente que ce que nous nous donnions dans l'instant, de tout coeur et de tout corps, à chaque instant renouvelé.
Cet été fût le paradis.
Jamais il n'y eut entre nous ni la moindre galère, ni la moindre dispute, ni le moindre malentendu. Juste le plaisir, les fleurs, et les croissants au lit.
Puis arriva la fin du mois d'août, le dernier jour du mois d'août. Nous fîmes l'amour une dernière fois, aussi insouciants et dans l'instant qu'à l'accoutumée.
Puis je l'aidai à charger ses affaires dans sa voiture, je mis mon sac dans le coffre de la mienne, et nous nous dîmes adieu.
Je regardai sa voiture démarrer et s'éloigner rapidement, puis je commençai à me sentir barbouillé, malade, un creux bizarre au niveau du ventre.
Je rentrai chez moi, sentiments mitigés. Sentiment de bonheur et sentiment de
perte. Le lendemain au réveil, j'avais l'impression qu'on m'avait arraché les
tripes. La perte était immense.
Bon sang, cette fille, je l'aimais, avec une pureté rare, et en disparaissant
ainsi, elle avait emporté avec elle un morceau de moi-même, me laissant ce
vide doux-amer, là, au milieu du ventre.
Je n'avais pas ses coordonnées, pas son adresse, elle allait chez des amis,
aucun moyen de la joindre.
Elle n'avait pas mes coordonnées précises non plus. Nous en avions décidé
ainsi. Nous ne devions pas nous revoir.
Putain que ça faisait mal. Il fallut un bon mois pour que je cesse d'en être malade, de ressentir en permanence ce creux aux tripes.
Une fois la douleur apaisée, il me restait une richesse immense, un truc que jamais plus rien ni personne ne pourrait m'enlever, qu'aucune ombre ne pourrait jamais ternir: Avoir passé deux mois de pur bonheur, ainsi, deux mois de partage, d'amour et de douceur, sans le moindre orage, sans le moindre nuage, sans le moindre malentendu, avec cette fille dont j'ai aujourd'hui oublié le nom. Je sais juste qu'elle s'appelait "Neige".
- Swâmi Petaramesh
Pour bien aimer une vivante,
il faut l'aimer comme si elle devait mourir demain.
- Proverbe Arabe
Epilogue, en réponse à un commentaire fait par un ami...
From: Swâmi Petaramesh Date: Tue, 28 Jan 2003 10:51:02 +0100 Organization: Secte des Adorateurs de Cela User-Agent: KMail/1.4.3
Le Mardi 28 Janvier 2003 10:32, L. a écrit :
Merde... c'est bouleversant cette histoire...
'tain t'as du en baver, oh là là ça doit faire vraiment très mal...
J'en ai bavé des rondelles.
Mais ce n'était pas uniquement de la souffrance, c'était aussi du bonheur.
Bonheur d'avoir vécu cela, comme ça, que ça ce soit passé ainsi, et puis
c'est tout.
Perfection.
Neige, j'ai pensé à elle tous les jours pendant des années.
En disparaîssant ainsi de ma vie, elle emportait un morceau de moi. Mais elle
m'a laissé en échange quelque chose de bien plus précieux: un morceau d'elle.
Un morceau d'éternité.
Un peu moins d'un an après notre séparation, un soir que je passais chez mes
parents, ma mère me dit qu'elle avait appelé quand je n'étais pas là. Elle
avait du chercher dans l'annuaire, pour trouver le numéro de mes parents.
Ma mère, qui à l'époque, en avait un peu marre de servir de standard
téléphonique, n'eut pas la présence d'esprit de lui demander ses coordonnées,
et Neige ne les lui donna pas.
Dieu, ce que j'ai pu haïr ma mère ce jour-là...
J'ai cherché dans les annuaires de la région parisienne - je connaissais son nom - et j'ai appelé tous les numéros à ce nom sur cinq départements. Je n'ai pas pu la retrouver.
C'est ainsi que cela s'est passé, et c'est ainsi que cela devait se passer.
Je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Mais elle ne m'a jamais quitté.
- Swâmi Petaramesh
- Halte-là, mon grand. Cette barbe hirsute, ces bretelles, cet air hautain. Ne serais-tu pas l'un de ces condescendants utilisateurs d'Unix?
- Tiens mon petit, je te file trois ronds. Va t'acheter une vraie bécane.










Commentaires
Excuse-moi, Skoobeedoo, mais je viens de supprimer ton commentaire à ce billet. Pour des raisons que tu comprendras peut-être si tu es doté d'un peu de finesse.
J'ai d'ailleurs longuement hésité à ouvrir ou fermer les commentaires sur ce billet.
Ils sont ouverts, je n'en dis pas plus.
Oui, une très belle histoire. Ca fait très mal.
Belle histoire et superbement bien racontée. J'ai connu une femme qui correspondait au négatif de ta Neige (même seins, couleur complètement opposée).
[mode psychologue de comptoir]
Dis moi, en ressortant ce vieux texte, ne lances-tu pas (consciemment ou pas) un signal dans sa direction ? ;)
[/mode psychologue de comptoir]
Intéressante question que celle du psychologue de comptoir (Patron ! Deux autres !). Je me la suis bien évidemment posée aussi au moment où je mettais ce texte en ligne.
J'ai écrit ce texte il y a plus de trois ans sur une liste de diffusion privée au nombre de membres extrêmement restreint (il n'y avait donc à l'époque aucune chance que ce texte parvienne à qui que ce soit en dehors de ce cercle d'amis très fermé), après que diverses évocations du passé (ah, ces vieux qui radotent) aient fait naturellement resurgir en moi quelques-uns de ces joyaux d'une vie qui projettent leur lumière jusqu'à la fin de celle-ci. Ce jour-là, Neige est revenue en moi, et ce texte est né. Dieu sait que je ne passe pourtant pas l'essentiel de mon existence l'oeil dans le rétroviseur !
Aujourd'hui, j'ai également évoqué lors d'une conversation certains éléments de mon passé. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'existence de ce texte m'est revenue à l'esprit, et j'ai eu simultanément le désir de le mettre en ligne.
Je ne pense pas qu'il faille en quoi que ce soit essayer de réveiller le passé, surtout quand ce qui est passé est également parfait.
En mettant ce texte en ligne, et puisque tu me le demandes, je pense qu'il est extrêmement improbable qu'il parvienne jamais jusqu'à Neige. Je n'ai pas l'orgueil de surestimer le nombre de lecteurs de ce modeste blog. J'imagine que la seule possibilité qu'aurait ce texte de parvenir à une certaine notoriété, c'était s'il finissait un jour par être honteusement piqué ou plagié par un romancier de gare ou scénariste peu scrupuleux et en mal d'idées - cela arrive, paraît-il, plus souvent qu'on ne pense.
Mais est-ce que je souhaiterais que ce texte parvienne jusqu'à elle ? Probablement oui. Bien sûr. Mais pas pour réveiller le passé. Simplement pour qu'elle sache à quel point elle a compté pour moi, et le souvenir inoubliable et ineffaçable qu'a laissé en moi cet été passé avec elle, il y a plus de vingt ans. Car cela, je n'ai jamais pu le lui dire.
Patron ! La même chose !
Un lait fraise pour moi ..... :)))
Un jour début 2001 que je passais chez mon père il me dit qu'une certaine C. avait téléphoné, et avais laissé son n° de tel (pas folle la guêpe) Je fis celui que celà n'émeuvait pas plus que cela, qu'une ancienne camarade de lycée veuille organiser des retrouvailles avec ses anciens amis de l'époque, mais je prenais bien soin de noter le n° dans mon Palm.
En fait, elle n'en cherchait qu'un et c'était moi, et j'en avais eu comme le léger préssentiment. Je l'appelais donc quelques temps plus tard, nous nous revîmes... et ce qui devait arriver, arriva : à 39 ans nous faisions enfin ce que nous n'avions pas fait à 17 ans ! ça a duré quelques semaines de bonheur, de douce folie amoureuse. ça s'est arrêté on ne sait pourquoi... ça a un peu repris il y a quelques mois...pour de nouveau être en suspens.
Et cette histoire en pointillés n'est certainement pas finie... l'amour, les femmes, hum : pas simple tout ça.
... je crois que je n'aime pas tes -belles- histoires. Car elles font mal. Elles ont, pour moi, le goût des regrets... (et peut-on vivre avec...?)
J'aime pas ça! Je veux des belles histoires qui finissent bien! (Oups!... Mince alors! Ce serait donc ça!???... ...Marre de cette vie que l'on doit juste "accepter"... et avec le sourire, SVP!)...
@Rose : Mais c'est justement une belle histoire qui finit bien ! Ton problème n'est-il pas, davantage que "bien" ou "mal" finir, le fait que les histoires finissent ?
Tout ce qui a un début, a une fin. C'est ce que les bouddhistes appellent l'impermanence.
Mais ce qui compte, est-ce la fin, ou est-ce l'histoire ?
Accepter, oui, que faire d'autre ? Peux-tu refuser que la terre soit ronde, qu'une pierre soit dure, que l'eau soit mouillée, que le feu soit chaud, que jour et nuit se succèdent ?
... Je ne suis pas faite pour ce monde.
"Tout ce qui a un début, a une fin. C'est ce que les bouddhistes appellent l'impermanence. Mais ce qui compte, est-ce la fin, ou est-ce l'histoire ?"
Est-ce la destination, ou est-ce le chemin ?
Mais si, Rose, bien sûr que si... Tu trouveras.
Il n'y a pas de destination. La destination est le mirage qui nous fait arpenter le chemin. Mais seul existe le chemin. Il n'y a aucun ailleurs. Il n'y a aucun là-bas. Il y a juste ici, et maintenant.
(Il est bien, ce Guru...)