Note liminaire : Avant d'être prié de sortir, j'écrivais également en commentaire hors-sujet à Tarquine que j'étais surpris de voir que les adresses e-mail des commentateurs étaient publiées sur son site sous forme de liens mailto:, ce qui ne manquera pas d'occasionner une avalanche de spam dans les boîtes de ces pauvres gens ; je demandais donc à Tarquine d'avoir la gentillesse de modifier cela.
J'écrivais également que le blog de Tarquine avait un problème d'encodage de caractères dans la réception des trackbacks.

Tarquine fit, dans le pied de mon commentaire, la réponse suivante :

Il n'est pas chez moi d'usage de porter attention aux aboiements comminatoires des donneurs de leçons (Je remarque par ailleurs que vous me semblez bien prompt à faire le faraud car alors que vous utilisez le même outil que le mien certaines de vos affirmations sont singulièrement fantaisistes...) - VT

Je laisse le lecteur juge du ton et de l'honnêteté intellectuelle de la réponse, de la qualité de l'argument vous utilisez le même outil que le mien, qui signifie certainement que les deux ont le même comportement, sont configurés à l'identique, utilisent les mêmes thèmes, plugins, et, éventuellement patches...
Il est pourtant trivial de constater la présence du lien email dans le titre de chacun des commentaires de ceux de ses visiteurs qui ont laissé leur adresse mail. Ami lecteur, si tu as meilleure presse que moi auprès de la gentille dame (Yves ?), aurais-tu la gentillesse de lui faire assavoir que ce que je lui signale est réel, et que cette réflexion de ma part ne visait qu'à augmenter le confort d'utilisation de son blog et la tranquillité des boîtes mail de ses lecteurs ?
J'adore les gens toujours prêts à vous prêter les desseins les plus noirs dès que vous leurs faites la moindre remarque, particulièrement quand cette remarque est fondée... Comme je le lui ai promis, je m'abstiendrai donc désormais d'aller troll-puer dans les commentaires de son blog - du moins dans ceux de tous les billets traitant de ce sujet, je ne sais si ma puanteur est intégrale ? - et je me bornerai donc à troll-puer chez moi. Fin de la parenthèse du donneur de leçons.

...Mais venons-en au fait.


Dans son billet, Yves nous écrit:

Dans une réponse qu'il me fait, Swâmi Petaramesh sous-entend que l'image des femmes dans la publicité est sans grandes conséquences. Il le fait par un argument indirect: «Peux-tu faire la part des choses entre les "conséquences" réelles et les conséquences fantasmées, celles qui sont de pures constructions idéologiques ?». En voici une liste non limitative:

* augmentation de la pratique de la chirurgie esthétique, très coûteuse et non remboursée. C'est très représentatif d'un problème d'estime de soi.

Il va de soi que le recours à la chirurgie esthétique est lié à un problème esthétique (n'ayons pas peur des lapalissades...), lequel peut être plus ou moins traduit en problème d'estime de soi, bien que ce glissement sémantique me semble déjà quelque peu parti[ae]l[1] et orienté.

Induire, comme c'est ici le cas, que l'augmentation du recours à la chirurgie esthétique serait donc nécessairement lié à une augmentation des problèmes d'estime de soi relève par contre du pur sophisme, car cette induction n'est nullement étayée sur les faits, et ignore les diverses causes qui peuvent contribuer à cette augmentation, comme par exemple l'amélioration des techniques (la chirurgie esthétique de 1950 à nos jours...), l'extension de "l'offre" et des établissements qui la pratiquent, l'abordabilité pour une plus grande frange de la population pour des raisons combinées (pratique ambulatoire, augmentation du niveau de vie...), et la banalisation dans les esprits du recours à celle-ci.[2]

Dans ton argument, tu aurais pu remplacer chirurgie esthétique par psychothérapie par exemple, et ta phrase tenait encore debout. Ou tu aurais pu dire l'augmentation de la vente de téléphones portables dernier-cri dotés de plein de fonctions inutiles est représentative d'un problème d'estime de soi ; cette dernière proposition ne serait pas moins vraie - mais pas plus - que les deux précédentes.

* augmentation de la consommation de crèmes à se tartiner.

Mâ Anandaramesh m'a plusieurs fois fait la remarque que les hommes s'y mettent aussi et que les crèmes d'ours pour hommes ont de plus en plus de place dans les rayons des hypermarchés. Mâ Anandaramesh y voit un signe très positif de ce que les hommes font de plus en plus attention à eux. Swâmi Petaramesh, cro-magnon homophobe bas du front, dit que c'est des trucs de tarlouzes ;-))

* augmentation de la consommation de produits lights bourré d'aspartame (soupçonné d'être cancérigène), dont l'effet est l'inverse de celui anoncé (Plus les gens consomment de light, plus l'obésité augmente).

Il y a encore du sophisme là-dessous. Le soupçonné de... doit être laissé pour ce qu'il est, un soupconné, et est quoi qu'il en soit un problème de santé publique sans aucun rapport avec la question publicitaire qui nous préoccupe. L'affirmation Plus les gens consomment de light, plus l'obésité augmente induit encore de manière parfaitement sophiste un rapport de cause à effet le light fait grossir absurde. Combien n'ai-je pas vu de personnes qui se bourrent de saloperies à longueur de journée, pour finir par mettre une sucrette à l'aspartame dans leur café. Dérisoire.

* augmentation des troubles du comportement alimentaire. La ratio homme/femme des victimes d'anorexie est de 1/9. Les femmes sont également majoritaire pour la boulimie, beaucoup plus fréquente et en constante augmentation. Bien entendu, le poids de l'imagerie féminine dans la publicité est loin d'être le seul facteur. Mais un problème de représentation de soi et d'idealisation de la minceur est une caractéristique de l'anorexie mentale (pas nécessairement la cause principale).

Je te répondrai ici en citant de nouveau Francemarie alias Bécassine dans un commentaire qu'elle fit chez Veuve Tarquine : Vous postulez pour un poste d'assistante chez Delarue ?.

Pour ce qui concerne l'anorexie mentale, je te suggère de prendre tes renseignements dans la littérature psychiatrique plutôt que dans la vulgate féministe. Si cette maladie mentale a effectivement pour cause un problème de représentation de soi, ce problème est très profond et n'a rien à voir avec l'imagerie publicitaire. L'anorexie mentale a par ailleurs des caractères ressortant du masochisme, de la haine de soi et de l'auto-punition, très, très éloignés de toute représentation publicitaire. Mais je m'arrête là en ce qui concerne cette question, je ne brigue pas quant à moi un poste d'assistante chez le binoclé ;-)

Une chose qui me frappe cependant dans ton argument, c'est qu'il témoigne d'une maladie de notre siècle, celle du refus de la responsabilité individuelle. Il faut toujours trouver un responsable extérieur, jamais remettre en cause ses propres attitudes et comportements. Exemple (qui va faire hurler, je sais) :

  1. Si je suis malheureuse, ce n'est pas parce que je suis trop grosse, c'est parce que l'imagerie publicitaire me dit qu'il faudrait que je sois mince. La solution n'est donc pas de tenter de transformer mon corps en quelque chose qui me plaîrait mieux, mais plutôt de demander que l'on retire les affiches des murs.
  2. Si je suis trop grosse, ce n'est sûrement pas parce que je m'empiffre comme une truie ou que je grignote toute la journée, c'est parce que l'aspartame fait grossir ! Il ne faut donc surtout pas que je me questionne sur mon comportement alimentaire, mais que j'en rejette la faute sur la publicité, les produits light, etc...
  3. Si j'ai un problème de représentation de moi, ce n'est certainement pas sur ma représentation de moi qu'il faut que je travaille (psychologie, voire spiritualité, compréhension de ce qu'est moi, de ce qu'est le corps, de ce que sont les autres), non, si j'ai un problème de représentation de moi, c'est la faute des autres ! De la société, des macho-mâles, de la publicité...

Surtout n'assumons jamais notre responsabilité dans ce qui nous dérange. Non, la faute est toujours chez les autres ! C'est tellement plus simple...

* Par ailleurs, l'inversion des rôles homme/femme dans les spots publicitaires provoque un renforcement de l'estime de soi des femmes spectatrices, selon des études de psychologie sociale.

Tu m'en diras tant...

Ce que je remarque là-dedans, pas uniquement dans ton billet, mais également dans les nombreux autres billets de celles et ceux qui vont dans le même sens que toi, c'est la considérable avalanche de dizaines de raisons données pour expliquer pourquoi cette publicité est mauvaise, malsaine, affreuse, dangereuse...

Ce qui m'ennuie, c'est que des bonnes raisons de ce genre, il y en a trop. Quand une chose est mauvaise, elle l'est le plus souvent pour une raison principale qu'il est facile de pointer. Deux raisons à la rigueur. Mais quand on recourt à des dizaines de raison additionnées - dont peu résistent deux minutes à l'analyse - c'est que l'on a convoqué toutes les ressources de la raison raisonnante pour tenter de démontrer une affirmation dont l'origine fondamentale est d'ordre affectif ou[3] idéologique et n'a pas grand-chose à voir avec la raison.

Tout cela démontre à mon sens que le véritable délit que l'on reproche à cette pub est bien le délit de blasphème, cela crève les yeux.

Je saute maintenant quelques-uns de tes arguments mille fois rebattus qui sont des citations des saintes écritures, pour en arriver à...

Et la liberté d'expression, alors ?

La liberté d'expression pour la publicité? ça me semble tout à fait incongru.

Attention danger ! Quand on commence avec La liberté d'expression oui ! Mais pour ceci, c'est incongru ! Pour cela, c'est inadmissible ! Et pas de blasphème ! Et à condition de ne pas choquer autrui ! Et la liberté d'expression oui, mais uniquement pour dire des choses vraies, c'est-à-dire pour exprimer des opinions que je partage !
Tu vas où, là ?

Le discours publicitaire procède par manipulation, il est normal de limiter ses débordements. Il nes serait pas légitime d'interdire aux publicitaires de cibler les enfants, de vanter les mérites de produits cancérigènes ou de mentir?

OK. Interdisons la publicité, je ne suis pas contre.

Pendant que j'écrivais ce billet, un enfant est mort de faim toutes les 3 secondes. Je me demande combien d'enfants sont morts de faim pendant que je consacrais mon temps à de telles sornettes[4]. Pauvre petite fille riche...

Notes

[1] Maintenant, Swâmi Petaramesh écrit en regexp ;-)

[2] Non que j'approuve en quoi que ce soit le recours abusif à cette pratique, mais un long développement à ce sujet me semblerait ici hors de propos.

[3] Inclusif

[4] Si je n'avais pas consacré mon temps à ces sornettes, pas un enfant n'en aurait été sauvé pour autant, on peut se consoler comme ça...