L'uniformisation des corps...
Par Petaramesh le dimanche 19 février 2006, 14:45 - Paul & Mick - Lien permanent
En guise de réponse à ce billet de Veuve Tarquine, puisque là aussi, le volume de la réponse justifie de la passer en billet plutôt qu'en commentaire...
Veuve Tarquine, quand vous écrivez Actuellement on utilise l'image de femmes qui ne ressemblent pas à la population.
, vous avez parfaitement raison, mais à mon sens toutefois, le mot actuellement est de trop.
Le concept de canons de la beauté, et donc de beauté-standard, existe depuis l'antiquité, et, si l'on regarde la statuaire grecque et romaine, ou la peinture de l'antiquité à nos jours[1], on constate que les artistes ont toujours représenté de préférence des êtres "beaux", selon les critères variables de leur époque. Ceci valant pour les deux sexes. Il n'y a pas davantage de bourrelets au ventre du David que de cellulite aux fesses de la Vénus de Milo.[2]
Certainement, dès cette époque, les êtres ainsi représentés par l'artiste ne devaient guère ressembler à la moyenne de la population. Rien de nouveau sous le soleil donc, la seule habituelle propension humaine à représenter plus volontiers ce que l'on trouve beau que ce que l'on trouve laid, surtout si ladite représentation a vocation à susciter l'appréciation et le désir - ce qui est le cas de l'imagerie publicitaire - et se trouve donc ainsi placée en situation de modèle, modèle qui n'a pas prétention à représenter l'existant d'une époque, mais plutôt les désirs d'une époque.
Certes, dans le cas de la publicité, ces désirs sont créés de toute pièce dans un but mercantile, mais dans la représentation du corps, l'imagerie publicitaire suit les désirs de l'époque au moins autant qu'elle les codifie.
Là non plus, le phénomène n'est pas nouveau, et les affiches publicitaires de la belle-époque nous montrent déjà une certaine conception de la beauté et de l'élégance - masculine comme féminine - que l'on perçoit aujourd'hui comme surannée, ce qui donne un certain charme à ces affiches d'époque couramment utilisées de nos jours comme objets décoratifs.
Sans doute le poids de l'image est-il aujourd'hui accentué, et le matraquage médiatique sans commune mesure avec ce qu'il pouvait être il y a un siècle. Je ne suis pas certain pour autant que l'intériorisation de l'image "standard" de la beauté et du désir d'y ressembler - ou de la frustration de ne pas y ressembler - soit plus forte aujourd'hui qu'à l'époque.
Quand vous écrivez d'autre part L'image corporelle et notamment la charge pondérale est perçu de plus en plus comme "significative" de ce que l'on "est"
, là encore, je suis dubitatif sur le de plus en plus.
Depuis les masques du théâtre antique en passant par ceux du théâtre asiatique, et par les représentations religieuses, l'aspect extérieur d'un personnage a toujours été associé à ses qualités ou défauts intérieurs. A dire vrai, le désir de dissocier les deux et la revendication du "droit" à la différence physique et au respect de cette différence sont des préoccupations parfaitement contemporaines, modernes.
On prenait, dans le temps, beaucoup moins de gants avec la laideur qu'aujourd'hui, et il me semble que du point de vue du respect de chacun, l'évolution se fait plutôt dans le bon sens.
Quand vous écrivez ensuite Je vous rappelle quand même que les dernières études dans les troubles du comportement alimentaires (qui ne cessent d'augmenter) ont démontré le lien entre ce matraquage et le renoncement que cela génère pour toutes celles qui ne peuvent pas ressembler à ces modèles de rêve... Je vous signale que c'est une des causes de l'augmentation de l'obésité dans nos pays occidentaux...
ma première réaction est de me remémorer "Il ne faut pas toujours croire tout ce qui est écrit, et les statistiques, on leur fait dire ce qu'on veut..."
Lier le développement de l'obésité au hiatus qui sépare les corps réels des corps idéalisés que la publicité représente me semble très suspect, franchement paradoxal. Je lierais certainement davantage l'augmentation de l'obésité au changement des habitudes alimentaires, et ce changement dépend pour partie du changement de notre mode de vie - en tant que société - et pour partie de la publicité, certes, mais pas directement de la représentation des corps.
Je conçois que le gouffre entre le corps idéal représenté et le corps réel que l'on a puisse être vécu comme une souffrance pour certains - beaucoup ! tous ? - et sans doute d'autant plus que la différence s'accroît entre l'idéalisé et le réel. Mais ne prenons pas non plus trop les gens pour des imbéciles, ils savent aussi faire la part des choses et comprennent parfaitement que les images idéales représentées ne sont pas le lot commun, et restent donc du domaine de l'inaccessible.
Quand souffrance importante il y a, il me semble que l'on peut penser à deux axes pour mettre fin à cette souffrance, soit en tentant de rapprocher le corps réel du corps idéal que l'on voudrait avoir - c'est le choix de beaucoup - soit en tentant d'améliorer son acceptation de soi-même par diverses méthodes.
Mais la réaction "cachez cette perfection inaccessible que je ne saurais voir !" me semble assez peu appropriée. La politique de l'autruche est rarement d'une grande aide, et devient dangereuse quand l'autruche prétend devenir censeur...
Pour le dire légèrement, la vision de la beauté est un crime de lèse-mocheté. Bon. Et ?
A partir de là, je suis entièrement d'accord avec vous quand vous dites que l'immense majorité des publicités qui utilisent des corps de femmes vendent des produits sans aucun rapport avec celles-ci, que c'en est parfois absolument ridicule ou navrant, et que cela témoigne souvent d'un niveau zéro en matière de créativité.
On peut trouver que ces pubs sont nulles, idiotes, tout ce qu'on veut, mais je trouve un peu ridicule et franchement excessif - dans le cas de la pub qui nous préoccupe, celle de Firefox, rappelons-le, d'entonner le grand air du Crime de Féministiquement Incorrect. Et là était davantage le motif de ma réaction première.











Commentaires
Je crois que vous ne mesurez pas bien la distance qui existe entre une représentation picturale et une photographie... Rajoutez-y une énorme dose de vidéos, une culture de l'image qui explose dans les médias et qui est d'une évidente modernité et vous comprendrez peut-être pourquoi je vous soupçonne d'être de mauvaise foi..
Je vous laisse libre de vos soupçons... Je vois mal toutefois quelle raison me pousserait à être de mauvaise foi, dans la mesure où je n'ai aucun intérêt particulier à cette affaire...
Plus globalement et sans défendre les "sexploiteurs qui gna gna gna...", ce débat est bien le signal que le terrorisme intellectuel du politiquement correct et des nouveaux bien pensants à l'armure étincelante, champions de la défense des opprimés de tout poil tente de s'imposer sur l'internet. Il est temps d'en refaire un espace de liberté même si ce n'est que pour lancer de pathétiques potacheries bas de gamme. Bête et méchant seront toujours plus intéressants que intelligent et dogmatique. Poil au cul. http://www.federation-anarchiste.org/ml/article.php3?id_article=1554
Skoobeedoo, bête et méchant comme je te vois, si tu continues dans cette Admirable Voie, je vais sérieusement envisager de te nommer Premier Acolyte de la Secte !
Dans mes bras !
Et bien moi, quand je lit que les responsables de l'obésité sont les publicitaires qui utilisent l'image de la femme, c'est ici que j'ai envie de crier à la mauvaise foi.
La publicité à pour but de vendre. Pour ce faire, elle UTILISE les codes / valeurs / concepts d'une époque. Si la beauté n'avais pas d'importance, la publicité n'insisterai pas sur la beauté. Ce n'est pas parce que la pub se sert de la femme maigre comme un clou que les femmes veulent maigrir et que les hommes veulent des femmes minces. C'est parce que les femmes veulent maigrir et que les hommes veulent des femmes minces que la publicité les utilises. Ne pas confondre causes et conséquences.
Le combat à mener, si combat il y a, est à mener contre l'importance, le poid de l'image aujourd'hui dans la société. Cette importance que l'on donne à la beauté, ce "IL FAUT ETRE BEAU/BELLE", ce culte de la beauté plus importante que l'intellligence, que la gentillesse, que toute autre qualité, je ne crois pas cela vienne de la publicité. Tout au +, la publicité, les médias, sont complices. Il profitent de ça pour vendre, et de ce fait, en effet, alimentent ce mouvement. Mais ils ne restent que complices. Quand à la cause... Je crois qu'elle viens plutôt de notre côté...