Réponse façon point par point, davantage dans la manière des listes de diffusion...

Yves nous écrit :

Tristan sait très bien où est le problème lorsqu'il écrit ce billet, et pourtant il le fait quand même. Il sait très bien quelles vont être les réactions négatives,

Et pourquoi ne le ferait-il pas ? Le fait de savoir par avance que le fait de poser un acte ou écrire un article va certainement provoquer des réaction négatives devrait-il obligatoirement forcer à l'auto-censure ? Il y a certainement un aspect provoc dans le billet de Tristan, comme en témoigne son titre même : "Féministes de tous les pays, tombez moi dessus !", et puis ? La provoc est-elle interdite en démocratie ?
Encore une fois, je m'étonne que, parmi les blogueurs, nombre de ceux qui défendaient la semaine dernière le droit à l'expression et même à la provocation (dans l'affaire des caricatures) froncent aujourd'hui le nez et appellent à l'auto-censure dès qu'on touche au domaine du féministiquement incorrect. Paradoxal, non ?

parce qu'il n'en est pas à son coup d'essai. Son comportement n'est pas glamour, humoristique ni décalé, il est habituel;

Soit, mais de quoi parle-t-on ? Je ne connais pas Tristan, ni son historique, et ça tombe extrêmement bien, car cela me permet de me faire une opinion neutre vis-à-vis de cette affaire de pub' Firefox. Je peux donc voir la pub, voir le billet qu'il a écrit, et me faire mon opinion à ce propos - chacun, évidemment, jugeant selon ses critères propres - sans que mon opinion soit par avance biaisée et déformée par ce que je penserais de l'auteur ou de ses précédentes actions.
De quoi parle-t-on au juste ? S'agit-il de débattre d'une pub, ou d'organiser le lynchage bloguatique d'un individu en lui remettant le prix macho-sexiste "pour l'ensemble de son oeuvre" ?

Tristan, à partir du moment où c'est pour une bonne cause, ça excuse toutes les saloperies ?

Le terme de saloperie me semble ici particulièrement excessif et déplacé, cette phrase étant d'ailleurs la seule en gras de ton billet, Yves. C'est directement insultant, et c'est une attaque ad hominem qui ne fait guère avancer le débat.

Où est le problème ? se demande Swâmi Petaramesh.

En effet, Swâmi Petaramesh se le demande ;-)

Cette campagne est abjecte, parce qu'elle banalise le comportement sexiste des publicitaires qui se moquent comme de l'an quarante des conséquences de leur humour glamour décalé à deux balles.

Je trouve que cette phrase renifle le parti pris idéologique à deux kilomètres. Quant à ces "conséquences", Yves, toi que j'ai connu très précis, pourrais-tu nous en détailler la terrible gravité, pour qu'elle te pousse à l'emploi de termes aussi extrêmes que "saloperies" ou "abjecte" ?
Peux-tu faire la part des choses entre les "conséquences" réelles et les conséquences fantasmées, celles qui sont de pures constructions idéologiques ?
Je ne m'engagerai pas dans un débat idéologie contre idéologie. Je préfère me tenir loin de toute idéologie, en pointant simplement comme nécessairement inexact ce qui provient de tous ces édifices fumeux...

Plus que banaliser, elle montre que cette banalisation a déjà eu lieu. Les esprits sont marketisés,

Hélas oui, les esprits sont marketisés. Et depuis plus de trente ans, ce n'est pas très nouveau. Tout comme toi, je le déplore profondément.

ils ne s'émeuvent plus de ce type de dérapage.

Pour autant, je ne vois pas où est le dérapage dont tu parles. Dérapage par rapport à quoi d'ailleurs ? Par rapport à la Ligne Officielle du Parti ?
A mon sens, la publicité, de manière générale, est un problème, puisque c'est l'art du mensonge, l'art de faire passer des vessies pour des lanternes, et de vous vendre ce dont vous n'avez (généralement) pas besoin en vous faisant croire que le bonheur et la satisfaction de vos désirs, que la qualité de votre être et l'opinion de vos voisins sur vous dépendent de la possession de tel ou tel objet que l'on veut vous fourguer. Mais le problème n'est pas spécifiquement dans le porte-jarretelles...

Que la dame qui sert de modèle soit consentante change tout, n'est-ce pas?

Certes ! Cela change tout, lui nierais-tu le droit absolu de faire l'usage que bon lui semble de l'image de son corps, ceci incluant le droit de l'associer à une publicité bénévole pour un navigateur. Comme dit l'adage : Chacun fait c'qu'y veut avec son cul. C'est son cul, non ? Quel droit de regard (si j'ose dire) as-tu sur l'usage qu'elle en fait ?

Bon, d'accord, ça n'a pas grand-chose à voir avec un navigateur, je le reconnais, alors pourquoi utiliser de jolies jambes pour faire la pub d'un navigateur ? Eh bien, comme les publicitaires le savent, parce que ça attire l'oeil d'au moins une moitié de la population, qui trouve ça plaisant à voir, attirant.
Et ça donne à l'autre moitié des envies de mettre au régime pour ressembler à ce que les mecs trouvent plaisant à voir, attirant et des envies de suicide si elles n'arrivent qu'à se trouver moches ? Ça n'aurait rien d'étonnant, quand ces images sont répétées tout le temps et partout.

Envies de suicide dis-tu ? N'y a-t-il pas là une légère exagération ? Je discutais l'autre jour avec Mâ Anadaramesh, et je lui faisais justement la remarque que l'endroit où l'on voit la plus haute densité de représentation de filles parfaites physiquement, ce sont encore les pages des magazines féminins, qui visent un lectorat féminin, et il semble que ça marche puisque ''cela se vend', et que ça ne choque donc pas la sensibilité de la majorité de la population féminine, sinon, ça impliquerait une sacrée dose de masochisme !
Je disais à Mâ Anadaramesh que je verrais mal la majorité des hommes - homosexuels exclus[1] - lire des magazines archi-bourrés de magnifiques mâles exhibant leurs tablettes de chocolat, parce que la plupart des mecs ordinaires trouveraient la comparaison avec leur médiocre réalité plutôt déprimante ;-)

Cette réaction d'urticaire de certain(e)s féministes dès qu'on utilise l'image du corps de la femme me semble davantage liée à une allergie à une réalité fondamentale de l'univers sexué : le corps de la femme est un objet de désir pour l'homme. Et où y a-t-il du mal là-dedans ? Cela ne veut en rien dire que l'on doive réduire la femme à ce rôle et à cet aspect, mais cet aspect fait partie de la réalité. De même, à un degré que je ne peux personnellement évaluer, étant un homme hétérosexuel, le corps de l'homme est un objet de désir pour la femme. La différence culturelle et le poids de siècles de monothéismes misogynes ont fait que l'expression du désir des uns a davantage droit de cité que l'expression du désir des unes. Il me semble que, si nous voulons équilibrer la balance, il est préférable de s'ouvrir à l'expression des désirs des deux sexes, plutôt que de tenter de faire taire celui des deux qui s'exprime - parfois à tort et à travers, certes - au motif que cela offenserait l'autre.

Puisque la raison ne marche pas, essayons l'argument ad hominem:

Encore ?

«Papa, je mange plus de beurre sur le pain, ça fait grossir!» C'est de ma fille de 6 ans, et ça sort tout droit de la cour de récré. À six ans elle se fout encore du regard des mecs. C'est une pression sociale. Et ta fille, Tristan, elle en pense quoi du beurre sur le pain au petit déjeuner?

Swâmi Petaramesh a lui aussi une petite fille, de 8 ans, et dont nous surveillons actuellement le régime alimentaire parce qu'elle a une légère tendance à atteindre "le haut de la courbe" qui nous est gracieusement fournie dans son carnet de santé.
Dans son propre intérêt, nous préférons lui éviter le fardeau[2] de la surcharge pondérale, puisque c'est possible et que ce n'est (généralement) qu'une question d'alimentation appropriée et sans excès. Quitte à aider des enfants à grandir, mieux vaut les aider à grandir en pleine santé, et plutôt beaux que moches tant qu'à faire - ceci étant aussi vrai pour une fille que pour un garçon.

Pression sociale des cours de récré ? Bien sûr ! Rien n'est plus normatif que l'enfance ou l'adolescence. Quand j'étais au collège, il y a des éons de cela, je me souviens déjà d'une très jeune adolescente qui était le souffre-douleur de la classe parce que tout le monde la traitait de bouboule et de boudin[3]. La cruauté et la normativité des cours de récré ne sont pas d'invention nouvelle. Je ne suis pas certain que les porte-jarretelles ventant Firefox ou les arrêts-de-bus Aubade aient une quelconque part de responsabilité là-dedans...

Quand on parle de normativité, cette levée de boucliers contre cette innocente - je persiste et signe - publicité pour Firefox est ce que je vois là de plus normatif. Le crime de Tristan, là-dedans, c'est un impardonnable accroc au politico-féministiquement correct.

Notes

[1] Pas par homophobie de ma part, mais parce qu'ils pourraient s'intéresser à de telles images pour des raisons compréhensibles que ne partagent pas la plupart des mâles hétérosexuels.

[2] Dans tous les sens du terme

[3] Pour compléter l'histoire, je fus abordé dans une soirée à l'âge de 19 ans par une absolument sublime créature, à en tomber le cul par terre. Elle me reconnut parfaitement, bien que je ne la reconnus point. C'était la même, 6 ou 7 ans plus tard...