Séquence "Admiration"
Par Petaramesh le jeudi 16 février 2006, 11:18 - General - Lien permanent
Via Embruns, ce discours admirable de courage prononcé le 9 février à Berlin par Ayaan Hirsi Ali[1], parlementaire néerlandaise d'origine somalienne, et scénariste du film Submission de Theo Van Gogh, film qui valut à ce dernier d'être assassiné par un fanatique islamiste en novembre 2004. Elle-même menacée de mort, Ayaan Hirsi Ali vit actuellement sous protection policère permanente.
Ce discours a également été reproduit dans Le Monde du 16 février 2006.
J'invite tous les blogueurs qui, comme moi, trouveront ce texte admirable et essentiel, à le reproduire sur leur propre blog en totalité ou en partie, montrant ainsi leur attachement à la liberté de pensée et d'expression, au droit à la critique et au combat de toute idéologie et pensée totalitaire ou fanatique, y compris religieuse ou présentée comme telle, et leur désapprobation radicale de la lâcheté de ceux de nos dirigeants et hommes politiques qui s'aplatissent devant l'intimidation du fait de leur trouille et de leur soumission à des intérêts économiques à courte vue, faisant ainsi la honte de nos démocraties à ventre mou.
Je serais plus qu'heureux de voir certains de nos politiques et représentants avoir le courage de reproduire ce texte sur leur propre site ou sur leur propre blog. Particulièrement des hommes de gôôôche, ça ne ferait pas de mal.[2]
Voici un très large extrait de ce texte, dont l'intégralité peut être consultée sur le blog d'Ayaan Hirsi Ali.
Je suis une dissidente de l'islam
Je suis ici pour défendre le droit d'offenser. J'ai la conviction que cette entreprise vulnérable qu'on appelle démocratie ne peut exister sans libre expression, en particulier dans les médias. Les journalistes ne doivent pas renoncer à l'obligation de parler librement, ce dont sont privés les hommes des autres continents.
Mon opinion est que le Jyllands Posten a eu raison de publier les caricatures de Mahomet et que d'autres journaux en Europe ont bien fait de les republier.
[...]
Honte aux journaux et aux chaînes de télévision qui n'ont pas eu le courage de montrer à leur public ce qui était en cause dans "l'affaire des caricatures" ! Ces intellectuels qui vivent grâce à la liberté d'expression, mais acceptent la censure, cachent leur médiocrité d'esprit sous des termes grandiloquents comme "responsabilité" ou "sensibilité".
Honte à ces hommes politiques qui ont déclaré qu'avoir publié et republié ces dessins était "inutile", que c'était "mal", que c'était "un manque de respect" ou de "sensibilité" ! Mon opinion est que le premier ministre du Danemark, Anders Fogh Rasmussen, a bien agi quand il a refusé de rencontrer les représentants de régimes tyranniques qui exigeaient de lui qu'il limite les pouvoirs de la presse. Aujourd'hui, nous devrions le soutenir moralement et matériellement. Il est un exemple pour tous les dirigeants européens. J'aimerais que mon premier ministre ait autant de cran que Rasmussen.
Honte à ces entreprises européennes du Moyen-Orient qui ont mis des affiches disant "Nous ne sommes pas danois", "Ici on ne vend pas de produits danois" ! C'est de la lâcheté. Les chocolats Nestlé n'auront plus le même goût après ça, vous ne trouvez pas ?[3] [...]
Nous avons été submergés sous un flot d'opinions nous expliquant que les caricatures étaient mauvaises et de mauvais goût. Il en ressortait que ces dessins n'avaient apporté que violence et discorde. Beaucoup se sont demandé tout haut quel avantage il y avait à les publier.
Eh bien, leur publication a permis de confirmer qu'il existe un sentiment de peur parmi les écrivains, les cinéastes, les dessinateurs et les journalistes qui souhaitent décrire, analyser ou critiquer les aspects intolérants de l'islam à travers l'Europe.
Cette publication a aussi révélé la présence d'une importante minorité en Europe qui ne comprend pas ou n'est pas prête à accepter les règles de la démocratie libérale. Ces personnes - dont la plupart sont des citoyens européens - ont fait campagne en faveur de la censure, des boycottages, de la violence et de nouvelles lois interdisant l'"islamophobie".
[...]
Je suis ici aujourd'hui pour réclamer le droit d'offenser dans les limites de la loi. [...]
Aujourd'hui, les sociétés libres sont menacées par l'islamisme, qui se réfère à un homme nommé Muhammad Abdullah (Mahomet) ayant vécu au VIIe siècle et considéré comme un prophète. La plupart des musulmans sont des gens pacifiques ; tous ne sont pas des fanatiques. Ils ont parfaitement le droit d'être fidèles à leurs convictions. Mais, au sein de l'islam, il existe un mouvement islamiste pur et dur qui rejette les libertés démocratiques et fait tout pour les détruire. Ces islamistes cherchent à convaincre les autres musulmans que leur façon de vivre est la meilleure. Mais quand ceux qui s'opposent à l'islamisme dénoncent les aspects fallacieux des enseignements de Mahomet, on les accuse d'être offensants, blasphématoires, irresponsables - voire islamophobes ou racistes.
Ce n'est pas une question de race, de couleur ou de tradition. C'est un conflit d'idées qui transcende les frontières et les races.
[...]
Je pense qu'il est bon de faire des dessins critiques et des films sur Mahomet. Il est nécessaire d'écrire des livres sur lui. Et tout cela pour la simple éducation des citoyens.
Je ne cherche pas à offenser le sentiment religieux, mais je ne peux me soumettre à la tyrannie. Exiger que les hommes et les femmes qui n'acceptent pas l'enseignement du Prophète s'abstiennent de le dessiner, ce n'est pas une demande de respect, c'est une demande de soumission.
Je ne suis pas la seule dissidente de l'islam, il y en a beaucoup en Occident. Et s'ils n'ont pas de gardes du corps, ils doivent travailler sous de fausses identités pour se protéger de l'agression. Mais il y en a encore beaucoup d'autres à Téhéran, à Doha et Riyad, à Amman et au Caire, comme à Khartoum et Mogadiscio, Lahore et Kaboul.
Les dissidents de l'islamisme, comme ceux du communisme en d'autres temps, n'ont pas de bombes atomiques, ni aucune autre arme. Nous n'avons pas l'argent du pétrole comme les Saoudiens et ne brûlons ni les ambassades ni les drapeaux. Nous refusons d'être embarqués dans une folle violence collective. D'ailleurs, nous sommes trop peu nombreux et trop dispersés pour devenir un collectif de quoi que ce soit. Du point de vue électoral, ici en Occident, nous ne sommes rien.
Nous n'avons que nos idées et nous ne demandons que la possibilité de les exprimer. [...]
- Ayaan Hirsi Ali, Berlin, 9 février 2006
Illustration: Photo extraite du blog d'Ayaan Hirsi Ali, auteur non précisé.
Notes
[1] Sur Wikipedia: Ayaan Hirsi Ali
[2] Merci de me transmettre les liens si vous en trouvez...
[3] Ceci a un détestable goût de déjà vu, rappelant l'opticien Lissac, qui, en France, sous l'occupation, avait choisi comme slogan publicitaire Lissac, pas Isaac
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