La police aime nos enfants
Par Petaramesh le vendredi 10 février 2006, 10:05 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Chronique de la vie quotidienne...
Hier après-midi vers 16h30, Swâmi Petaramesh sort de chez lui l'ashram et prend sa petite voiture papamobile pour aller chercher ses nains disciples à l'école au gurukul.
A 200 mètres de l'ashram[1], dans une rue à grande circulation, j'arrête mon char au feu rouge au milieu de 3 files de voitures.
J'entends alors le pééééèèèt ! pèt-pèt-pèt-pèèèèééétt !! caractéristique d'une motobylette à pot trafiqué, et, à ma grande surprise, je me vois doublé par un engin minuscule, véritable modèle réduit de moto routière, carénage et tout, mais, pas plus grand que le vélo Décathlon de mon nain de 3 ans, monté par un d'jeunz recroquevillé sur son bidule, avec l'air aussi malin qu'aurait Swâmi Petaramesh s'il pédalait sur le vélo de son nain de 3 ans.
Le d'jeunz n'a manifestement pas plus de 14-15 ans, en tenue de d'jeunz réglementaire : jogging informe à capuche (qu'il ne porte pas sur la tête), baskets pourries. Pas de casque. Il a un peu l'aspect grand dépendeur d'andouille tout mou qu'ont certains adolescents au moment où leur croissance prend leur virilité de vitesse.
Il s'est arrêté bien sagement au feu rouge, et attend, comme tout le monde, que celui-ci passe au vert. Il est seul.
Je l'observe avec le sourire sur son étrange attelage, en me disant que si un flic passe, c'est sûr, il y aura droit. Car je doute légèrement de la conformité réglementaire de tout ça.
Swâmi Petaramesh n'aurait pas du penser cela, car ses siddhis provoquent immédiatement la survenue de l'évènement pressenti :
Par la rue de gauche arrive alors une voiture estampillée POLICE MUNICIPALE, croisant à très faible allure, pas plus de 20 à l'heure. Swâmi Petaramesh se dit il a de la chance, les municipaux ne doivent pas être compétents pour ça... Grossière erreur.
Le flic en place avant droite remarque aussitôt l'ORNI[2], dit deux mots à son acolyte conducteur, et la voiture de flics pile net et s'arrête en plein milieu du carrefour, barrant le passage devant la pétrolette. Starsky et Hutch au ralenti.
3 portières s'ouvrent simultanément, 3 flics en tenue descendent - tous sauf le conducteur.
Le premier se dirige droit sur le délinquant présumé, tandis que simultanément les deux autres le contournent en un mouvement de tenaille parfaitement exécuté. Je vois celui qui arrive par la gauche[3] détacher son bâton tonfa de sa ceinture et ramener le bras en arrière dans la position menaçante d'un individu prêt à frapper.
Les trois cow-boys fondent sur le dangereux individu qu'ils s'apprêtent à appréhender.
Vue de ma voiture, aux premières loges, la scène est impressionnante. Je me dis que sous l'effet de surprise, le gamin doit être liquéfié. J'imagine qu'à son âge j'aurais fait dans mon froc.
Ma vitre est fermée, je n'entends pas les conversations, mais je vois le môme - qui ne montre aucune vélléité de résistance, et à sa place, on ferait pareil - sortir de sa poche des papiers qu'il brandit vers les gardiens de la paix.
Le flic de gauche raccroche son tonfa à la ceinture. La scène semble devenir un peu plus pacifique.
Le feu passe au vert, je démarre, contournant l'obstacle que forme toujours la voiture de police au beau milieu du carrefour - et qui gène les 80 bagnoles qui attendent derrière et essaient de passer. Dans le fond, un concert de klaxons commence, les musiciens accordent leurs instruments...
Le môme a la peau claire et les cheveux blonds. Je me dis qu'il a probablement de la chance.
Brrrr... On peut s'interroger sur les raisons qui conduisent des flics municipaux, en pleine ville, à contrôler un môme avec l'impressionnant déploiement de force menaçante qui fait penser à l'interpellation d'un trafiquant de drogue par le GIGN.
A l'âge du gamin, il y a des kalpas de ça, je vivais moi aussi dans une (autre) grande ville[4], et j'avais moi aussi un monstre vrombissant au pot ach'tement trafiqué - qui permettait à ma mère de savoir que je rentrais quand j'étais encore à 4 pâtés de maisons. Je "faisais chier le bourgeois" avec ma dégaine de caillera, mot qui n'existait pas encore à l'époque, et la pétarade de mon 50 trafiqué grave m'attirait l'amitié régulière des forces de police.
Pourtant, si ceux-ci manquaient rarement une occasion de me contrôler et de me verbaliser, ils étaient beaucoup moins lourdement armés, et infiniment moins menaçants que dans la scène de violence virtuelle à laquelle je viens d'assister. Ils n'étaient peut-être pas franchement sympathiques, mais ils étaient corrects et faisaient leur boulot.
Autre temps, autres moeurs, dirait-on...
Il n'en reste pas moins qu'on se demande ce qui conduit un trio de flics municipaux à interpeller un môme si peu terrifiant autrement qu'avec la ferme courtoisie qu'un citoyen est en droit d'attendre de ses gardiens de la paix. Un flic peut baisser la vitre de sa voiture et dire au gosse "Veuillez vous ranger sur le côté, s'il-vous-plaît !", non ? Pour une mission aussi dangeureuse, un flic peut descendre tout seul de sa voiture - qui n'est pas obligée de rester portières ouvertes au milieu d'un carrefour à grande circulation - et contrôler les papiers d'un môme sans avoir le tonfa à la main... Ou je me trompe ?
Que je sache, leur mission ne consiste pas à terroriser les populations ?
On peut s'étonner ensuite qu'entre jeunes et forces de l'ordre (ces deux communautés, selon l'expression à la mode) ne règne pas une entente cordiale et un amour bucolique...
Certes, les flics, ici, n'ont certainement commis aucune infraction à leur règlement, mais une éducation à un peu plus de civilité ne leur ferait pas de mal.
Je cite rarement les Etats-Unis d'Amérique en exemple, mais là-bas, s'il est très fortement conseillé de ne jamais opposer de résistance aux injonctions d'un flic de la route, quand ceux-ci vous arrêtent, et tant que vous obtempérez, ils s'adressent toujours à vous avec une scrupuleuse politesse, en vous donnant du monsieur et du please à tour de bras... Ca ne ferait peut-être pas de mal chez nous ?
Epilogue : 20 minutes plus tard, et à quelques rues de là, j'entends péééèèt ! pèt-pèt-pèèèééét !! et je vois passer le même môme, toujours sur sa trotinette à réaction, et toujours sans casque. Ils l'ont donc laissé repartir.
Notes
[1] Quartier raisonnablement paisible d'une grande ville, pas une banlieue sensible selon l'expression consacrée...
[2] Objet roulant non identifié
[3] Comme je suis en face de la scène, il est donc à ma droite
[4] du sud de la France, et qui souffre d'une mauvaise réputation très imméritée...









Commentaires
Félicitations! Avec une remarque comme "Les flics qui m'arrêtaient dans le temps, ils étaient vachement mieux que ceux qui arrêtent les djeun'z maintenant", tu viens officiellement de passer dans la catégorie des #vieux cons#.
Maintenant, tu peux t'adresser à la mairie de ton domicile pour te faire établir une très officielle carte de #vieux con#. Tu auras alors des tas d'avantage sympa. comme des réductions chez Vert Baudet et Damart.
Attention ,n'oublie pas de préciser que tu veux la carte de #vieux con anarcho-libertaire#, qu'on aille pas te confondre avec un #vieux con réacto-passéiste# ou pire encore un #vieux con sarkozo-encorné".
Bonjour chez vous!
J'ai ma carte de #vieux con# depuis tellement longtemps qu'elle est toute usée, on ne voit même plus la photo ;-)
Félicitation pour votre article, je connais personnellement quelqu'un ayant vécu une expérience similaire (pour si peu) et ça ne date pas d'hier.
Résultat sirène hurlante et gyrophare a toute vitesse sur les trottoires ...
On croit rêver ... mais non !
Bienvenue au Far West ;-)