Ne boudons pas notre plaisir !
Par Petaramesh le lundi 6 février 2006, 10:58 - Miscellania - Lien permanent
Par un concours de circonstances dans le détail duquel je n'entrerai pas, je me suis retrouvé samedi soir à l'entrée des Folies Bergère...
...à l'entrée du nouveau spectacle de Michel Fugain et sa bande de d'jeunz[1].
Par un étrange concours de circonstances, disais-je, parce qu'en effet, il ne me serait jamais spontanément venu à l'esprit de me rendre à un spectacle de Michel Fugain, tout d'abord parce que je ne suis pas du tout variétoche, et parce que, jeune adolescent déjà, je jetais des pierres à ma petite soeur si celle-ci manifestait le début de semblant du projet de poser un 45 tours de Fugain ou assimilé sur la platine vinyle. Pas franchement ma tasse de thé, pas vraiment mon univers.
Bon, mais donc, j'étais là, et donc, j'entras ;-)
Tout d'abord, le plaisir de découvrir ce lieu historique du gai Paris, cette belle salle art-déco aux fauteuils bois et cuir défoncés par des générations de culs, à l'escalier des toilettes dont pas une marche n'est ni à la même hauteur ni à la même inclinaison que l'autre, usé par des générations de pieds pressés de se soulager la vessie... La déco du plafond en pur jus d'art-déco mérite aussi qu'on lève la tête.
Une vraiment belle salle, à découvrir donc, si on ne la connaît pas.
Ensuite, coup d'oeil sur le public. Très familial, assez âgé, beaucoup de cheveux gris. Aha, me dis-je in petto, on est parti pour bien se faire chier, déduction sortie tout droit de ma boîte à a priori.
Comme je n'avais pas la moindre idée de ce en quoi consistait le spectacle, juste le vague souvenir d'en avoir vaguement entendu causer dans le poste[2], plus mon amour proverbial de Fugain et des variétés, je m'apprêtais donc simplement à résister stoïquement jusqu'à la fin, qu'on puisse aller se bouffer quelque chose...
Consoles de mixage à l'entrée de la salle, 4 musicos (batteur - bassiste - guitare - claviers) qui s'installent avec leur matos dans un bocal à droite de la scène. Aha ! On va peut-être quand même avoir de la vraie musique live avec des vrais morceaux de musiciens dedans.
Lever de rideau. Scène envahie par une joyeuse bande de d'jeunz chanteurs-danseurs avec le petit micro-cro accroché à l'oreille, foutre, serais-je tombé sur la version live de la Star'Ac ? Et ça commence sur Attention mesdames zé messieurs, dans zun instant, ça va commencer...
Bon, carrons-nous confortablement dans notre fauteuil et voyons voir ce qu'il vont nous faire.
Dès les premiers instants, je me dis que tiens-tiens, mes préjugés négatifs étaient peut-être idiots, parce que, voyons-voir, ce qu'ils nous font là, c'est pas mal !
La troupe est très jeune, habillée street, il s'en dégage, c'est palpable, une grande énergie, ils ont la patate et l'oeil vif, ils ont l'air contents d'être là et de se faire plaisir, ils chantent bien, les filles sont fraîches et jolies, la musique tombe raccord, l'oreille informe tout de suite que le bassiste et le batteur ne sont manchots ni l'un ni l'autre..[3] Aha ! Diantre !
La salle n'est pas immense, la scène est à hauteur d'oeil et arrive juste au ras des premiers rangs, du coup on ne perd pas une miette des visages et des expressions. Le spectacle est vivant et très proche, c'est autre chose que de regarder un petit point qui bouge au loin au-dessus de milliers de têtes et une image floue sur un écran géant :-)
Une des premières surprises pour moi est de me rendre compte qu'après avoir passé une bonne partie de ma vie à m'appliquer à ne pas écouter de chansons de Fugain, et bien, il semble que j'en connaisse pourtant une bonne moitié par coeur, au moins les refrains et les mélodies. Tiens, autant que ça de Fugain aurait infusé dans ma tête depuis aussi longtemps à l'insu de mon plein gré ? Ca, ça semble jouer en faveur de la qualité du monsieur, et contredire un jugement négatif probablement trop hâtif... Parce que, des auteurs de variétés qui nous en laissent tellement dans l'oreille sans qu'on les ait jamais vraiment écoutés, ils se comptent sur pas tellement de doigts, et ce sont en général de plutôt grands messieurs...
Le spectacle se poursuit donc. La troupe sur scène est nombreuse, je compte jusqu'à 18 chanteurs/danseurs présents simultanément. Au niveau vocal, ça assure bien et c'est très agréable. Au niveau chorégraphique, on remarque parfois une synchronisation un peu approximative, éloignée de la perfection quasi-mécanique qu'on pourrait trouver dans une comédie musicale américaine par exemple. Cette légère approximation est sans doute volontaire, car elle ajoute à la fraîcheur et à l'aspect spontané du spectacle ; je la perçois comme un élément de mise en scène.
On remarque vite dans la troupe que certains des participants ont un charisme et un talent qui les fait émerger de l'ensemble, et plusieurs sont à tour de rôle mis en valeur dans des parties en solo. Il y a là sûrement plusieurs carrières brillantes en perspective.
Chez ces messieurs, on remarque particulièrement deux lead vocals qui sont à la fois beaux mecs - ces dames confirment - et ont une présence scénique et un talent incontestable. Le premier d'entre-eux a une telle ressemblance de visage avec Renaud jeune et beau que, si ce n'est pas son fils, ça doit être son clone. Avec beaucoup plus de qualités vocales. Mâ Anandaramesh, qui accompagne Swâmi Petaramesh, m'indique dans l'oreille qu'il a des yeux absolument renversants, et à le voir, on se dit que les filles capables de lui dire non doivent se compter sur les doigts de la main d'un lépreux. Enfoiré, va ! ;-)
Même si celui-ci sort franchement du lot, la plupart de ces jeunes gars serviraient bien volontiers de 4 heures à la majorité des dames et damoiselles présentes dans l'assistance, j'imagine.
Les demoiselles de la troupe ne sont pas en reste, frâiches, jeunes et jolies, on en mangerait, hmmmm... Il serait sans doute discourtois vis-à-vis des unes de dire tout le bien que l'on pense des autres, mais l'on peut préciser, comme dit le proverbe, que si l'une quelconque de ces demoiselles devait par extraordinaire s'égarer jusqu'au lit de Swâmi Petaramesh, ce dernier n'éprouverait pas le besoin urgent d'aller dormir dans la baignoire ;-)
Il y en a pour tous les goûts, mais, là aussi, quelques-unes sortent vraiment du lot, question talent, charisme et présence.
Je pense en particulier à mademoiselle jupette blanche et bottes blanches, qui crève l'écran, et à sa copine jeans, bottes et larges résilles sur les bras qui vont hanter les fantasmes de Swâmi Petaramesh pour les mois qui viennent ;-))
Mesdemoiselles, si d'aventure vous passez par ce blog, recevez, comme dit l'autre, l'expression de ma considération distinguée ;-)
Le spectacle se poursuit donc ainsi, ponctué d'apparitions de Michel Fugain himself qui chante lui-même un certain nombre de morceaux, et que l'on voit assez peu au début du spectacle, mais davantage dans sa deuxième moitié.
Ce gars-là partage avec certains vins une caractéristique que bien des hommes voudraient avoir, et que bien peu ont en dehors de Sean Connery : Il se bonifie en prenant de l'âge. Comme on dit, il était dejà vieux quand j'étais gosse, du moins du point de vue du gosse, mais sa maturité lui va admirablement, et il a une pêche qu'on aimerait avoir à son âge. Là aussi, ces dames glissent à mes oreilles qu'il est très séduisant. Certainement beaucoup plus qu'il ne l'était à 30 ans.
La nature du spectacle et le rapport de Michel Fugain avec sa troupe sont intéressants : Il en émerge une forme d'image parternelle, de passage de relais en quelque sorte, pas du tout quelque chose de lourdingue, mais plutôt dans le registre énergétique et frais.
La perception que j'en retire est celle de Fugain poussant cette troupe de d'jeunz vers l'avant, et non pas l'utilisant comme faire valoir pour lui-même. Il apparaît davantage comme entraîneur et figure de référence d'une équipe.
Une partie au milieu du spectacle m'apparaît comme un peu confuse, moins intéressante. Sans aller jusqu'à m'ennuyer, j'y prends moins de plaisir qu'au début et à la fin. Pour ceux qui ont vu ou verront le spectacle, il s'agit du moment où des demoiselles échangent leurs tenues street pour des robes identiques dans les teintes bordeaux. Cette partie et ce qui l'entoure est davantage "Hmmmf, bof.." à mes yeux.
On a également, aux Folies Bergère c'est inévitable, un petit clin d'oeil au French Cancan, à un moment du spectacle où ces demoiselles se revêtent de robes adéquates. Amusant.
Plus on approche de la fin du spectacle, plus il devient énergétique (j'ai déjà beaucoup employé ce terme, il faut croire que ça dégage de l'énergie à profusion), et le son devient même par moments franchement rock. Les musiciens sont chauds, et on sent qu'eux aussi se font plaisir. A deux rangées de moi, je remarque un apnéiste du sommeil en pleine séance de ronflement. Me demande comment il fait, le ch'veux gris !
Le spectacle se termine enfin sur plusieurs rappels. On se demande comment ils ont tenu deux heures à ce rythme et avec une telle énergie. Ah, c'est beau, la jeunesse ;-)
Le spectacle fut un plaisir pour le spectateur, plaisir visbilement partagé par les acteurs. Ca, c'est quelque chose de bel et bon.
On peut se demander toutefois si un tel spectacle n'a pas un peu de mal à rencontrer son public : En effet, comme je le disais au début de ce billet, le public est quand même - malheureusement - assez âgé, et, dans les commentaires que j'en entends en remontant les allées, et en regardant les trombines des spectateurs qui sortent, il me semble que pas mal de spectateurs étaient venus là dans l'idée de voir de la variétoche un peu molle, quelque chose de moins jeune et énergétique, davantage dans l'ambiance du thé dansant de la marquise. Certains n'ont probablement pas trouvé leur bonheur dans la patate et la jeunesse du spectacle.
Pour moi, c'est tout le contraire, et c'est justement ce qui a fait l'essentiel de mon plaisir. Je ne regrette certes pas d'être venu, pas un instant je ne me suis ennuyé, et j'ai passé là une excellente soirée.
Aussi, ami lecteur, si tu as l'occasion de passer du côté des Folies Bergère, ou si tu ne sais pas quoi faire d'une de tes soirées libre, et même si, comme à moi, l'idée d'aller voir un spectacle de Fugain ne te viendrait jamais spontanément à l'esprit, là, franchement, tu devrais essayer, tu passeras comme moi une très bonne soirée. Sans prétention peut-être, mais fort agréable et rafraîchissante.
Vouais, c'est réussi. Le spectacle de Fugain, c'est bon, mangez-en !
Notes
[1] Parce que, comme le savent tous ceux qui ne l'ignorent pas, ça fait belle lurette qu'il n'y a plus aux Folies Bergère de revues pleines de girls ni de French Cancan.
[2] Et je ne regarde pas M6, paraît qu'ils en ont causé sur M6, j'ai même entendu dire aujourd'hui qu'une partie de la troupe avait été castée sur M6 ? Bon, sais pas...
[3] Mais pourquoi donc nous les ont-ils planqués dans un bocal à poissons rouges ? Surtout le gratteux, alors lui, on entend qu'il est là, mais, planqué derrière les autres au fond de son bocal, on ne le voit carrément pas. Il a peur qu'on le reconnaîsse, ou quoi ?








