J'ai appris hier soir que Gilles de Robien avait pris sa décision en réponse au recours gracieux exercé par Garfieldd contre la sanction de révocation absolument inique qui avait été prise à son encontre.

On savait déjà depuis la déclaration du ministre du 20 janvier, que la révocation allait certainement être rapportée, et que le ministre ne déjugerait probablement pas entièrement la commission disciplinaire, et qu'il maintiendrait donc certainement une sanction, réduite, en réponse à une prétendue "faute" du proviseur du Lycée Peytavin de Mende.

Voici la nouvelle décision, telle qu'elle est rapportée par Le Monde.fr et par Yahoo news :

Le proviseur [...] a vu sa sanction ramenée à une suspension d'"un an, dont six mois avec sursis", a annoncé vendredi le rectorat de l'Académie de Montpellier.
La suspension "prend effet le jour de la notification, soit ce 3 février. En conséquence, il reprendra des fonctions dans l'Education nationale à compter du 4 août" prochain, date à laquelle "un poste lui sera attribué", a précisé le rectorat dans un communiqué.

Selon Embruns :

Les faits ont été requalifiés, on ne parle plus de pornographie, mais de textes érotiques et de photos suggestives… La sanction est convertie en exclusion temporaire d’une année, minorée d’un sursis de 6 mois en raison des “états de services”. Le proviseur restera donc sans emploi ni rémunération jusqu’à début août.

Garfieldd ne souhaite pas faire appel de cette décision devant le Tribunal administratif.

Il n'en reste pas moins que les textes présents sur le blog de Garfieldd ne contenaient absolument rien qui soit contraire à la loi ou à la dignité humaine, relevaient de la simple liberté d'expression d'un homme, et ne justifiaient absolument pas qu'une sanction soit prise à son encontre, ni une révocation, ni une suspension d'un an dont 6 mois avec sursis. Ce d'autant plus que Garfieldd tenait son blog sous pseudonyme, et que son identité réelle et l'établissement dans lequel il exerçait n'apparaîssaient pas clairement, même s'il a été possible à des corbeaux professeurs du lycée voisin de la même ville de l'identifier par recoupements.

Il reste donc que la sanction initiale a clairement été motivée par l'homophobie, qui tombe sous le coup de la loi, ainsi que par une conception abolument surrannée (pour ne pas dire préhistorique) de la liberté d'expression d'un fonctionnaire, et par une allergie absolue de l'administration de l'Education Nationale à tout ce qui peut relever de l'expression de la sexualité du corps enseignant, particulièrement s'il s'agit d'une sexualité ...homosexuelle.

J'ai relevé un jour parmi les 3410 signatures que comporte en cet instant la pétition de soutien à Garfieldd un commentaire d'un enseignant[1] que j'ai trouvé particulièrement juste, disant que l'Education Nationale exigeait de ses personnels une castration symbolique. Il avait mis dans le mille.

Cette castration symbolique exigée par l'E.N. semble particulièrement anachronique en ce début de XXIe siècle, et il faudrait savoir ce que les enseignants pensent de se voir ainsi condamnés à l'état de castrats, fussent-ils symboliques. Je ne suis pas certain que cela soit clairement précisé dans le contrat qu'ils signent avec l'E.N...

La révision de la sanction initiale, transformée en suspension effective de 6 mois (+ 6 autres mois avec sursis) maintient le principe de la faute, et signifie clairement que le ministre a cherché à couper la poire en deux, tenant compte d'un côté de l'injustice évidente et de l'excès de la révocation, tout en refusant de déjuger entièrement la commission disciplinaire.
Cette décision indique aussi clairement que le principe de castration symbolique existe bel et bien dans l'E.N., et est confirmé, particulièrement si l'on est homosexuel...
Et cette décision pose de nouveau le problème de la liberté d'expression des fonctionnaires, sans toutefois en définir clairement les limites, ce qui maintient le flou peu artistique qui entoure toute cette question.

Il reste que, frappé d'une sanction qui demeure injuste - quand on sanctionne injustement un innocent, alléger la sanction demeure une injustice - Garfieldd devra se passer de 6 mois de salaire, ce qui est énorme.

On peut penser que le maintien d'une sanction de cette importance aura un effet très dissuasif sur tout enseignant ou fonctionnaire qui envisagerait de s'exprimer à titre personnel sur Internet - et rendra très prudents ceux qui le font déjà - ce qui n'est pas une victoire pour la liberté d'expression...

De son côté, Garfieldd a réagi à cette décision de sanction en communiquant le message suivant :

J'ai été informé aujourd'hui de la décision du Ministre me concernant.
Le Ministre est revenu sur la révocation, ainsi qu'il l'avait annoncé dans son communiqué de presse du 20 janvier dernier.
Je suis sanctionné, certes, mais mon maintien dans l'Education Nationale est assuré. Je ne peux ni ne souhaite m'exprimer plus avant.
Quelle que soit la forme que vos soutiens aient pris, quel qu'en ait été l'impact et l'influence sur la décision finale, je veux vous remercier.
Tous et toutes.
Sincèrement.
Chaleureusement.
Parce que sans ce soutien, sans ces marques de sympathie, d'amitié, de confiance, j'aurai eu du mal à tenir. Je vais continuer à m'en nourrir. Rien n'est vain quand il s'agit d'aider un mec qui était en train de sombrer, et vous avez été formidables. Merci.

Saluons encore une fois l'humanité de Garfieldd, et assurons-le de toute notre amitié.

Dans son billet Affaire Garfieldd, suite et fin, maître Eolas voit ici une victoire. Si je partage certains de ses sentiments, je suis loin de les partager tous. Cette victoire laisse un goût amer et un parfum persistant d'injustice.
Peut-être la fréquentation régulière des prétoires le rend-il réaliste dans un monde où la justice est rarement juste, et où gagner se borne bien souvent à limiter les pertes...

Je suis aujourd'hui heureux pour Garfieldd qui, d'une carrière brisée, passe à une lourde sanction injuste, ce qui est certes meilleur pour lui, et j'imagine son soulagement.

Il n'en reste pas moins que cette sanction demeure lourde et injuste, et, en tant que telle, moralement inacceptable.

Notes

[1] Désolé, je n'ai pas conservé l'URL exacte ou le numéro de ce commentaire, que je cite de mémoire...