Ça qu'le Grand Lyon fait d'nos z'impôts !
Par Petaramesh le jeudi 10 février 2005, 14:00 - Râleries dualistes - Lien permanent
Habitant un immeuble récent de 5 étages en plein milieu de la ville de Lyon, quelle n'a pas été
ma surprise de recevoir l'autre jour un courrier à l'en-tête du Grand Lyon,
communauté urbaine,
intitulé Recensement des installations d'assainissement autonomes.
Il semble donc apparemment que, dans l'esprit des responsables du Grand Lyon,
les locataires des immeubles de ville construits il y a moins de 10 ans ont probablement tous du creuser sournoisement une
fosse septique dans leur box-garage, à moins qu'ils n'aient installé une station d'épuration
clandestine sur leur balcon à côté du bac de géraniums ?
Dans ce splendide courrier, j'apprends que "La Communauté Urbaine de Lyon a chargé
l'entreprise SDEI (Société de Distributions d'Eau Intercommunales) d'accomplir cette
tâche", la tâche en question consistant à venir sonner chez moi aux heures ouvrables en semaine
pour recenser cette fosse septique que je n'ai pas ;-)
Il faut donc que je sois chez moi en plein après-midi pour recevoir le monsieur qui va venir me poser des
questions idiotes...
Au passage, me renseignant sur societe.com, je constate que
la SDEI en question n'est pas un service public, mais une SA à conseil
d'administration au capital de 10.621.950,00 Euro (filiale de Lyonnaise des Eaux France depuis 1991, comme indique
leur site ouèbe), c'est-à-dire une société privée.
Tiens-tiens...
N'ayant pas franchement que ça à foutre, j'appelle ladite société pour leur demander si leur
connaissance du tissu urbain, en tant que fournisseur d'eau, est tellement inexistante qu'ils puissent s'imaginer que les
appartements récents du centre-ville possèdent des "installations d'assainissement non collectif", et leur
demander d'éviter à leur technicien de venir perdre son temps chez moi, vu que je n'ai pas la moindre intention
de perdre le mien à l'y attendre.
Cependant, le type du standard à qui j'ai l'honneur de parler le prend de haut, et semble exaspéré quand
j'ai le front de lui demander si les membres de son entreprise fument des trucs illicites avant d'expédier des courriers
aussi délirants. Il m'oppose donc une fin de non-recevoir, et m'affirme que le technicien passera tout de même,
na ! et que si je ne suis pas là, il me laissera "un questionnaire à remplir et à retourner
dans ma boîte aux lettres".
Vient le jour fatidique, je suis évidemment absent, suspense... Rien dans la boîte aux lettres.
En était-ce fini ? Je le crus, mais non point !
Quelques jours plus tard, je reçois un autre courrier des mêmes, qui
regrettent d'avoir été "forcés de constater mon absence", et qui
m'indiquent qu'ils repasseront, ben tiens, dans quelques jours, et me menacent des foudres
de l'article L1331-11 du code de la
Santé Publique si j'ai le malheur d'être absent de nouveau, gare à mes fesses !
Là, je me dis, "C'est des malades !" dans ma Ford intérieure... Alors leur type,
il est venu avec ses petits pieds pleins d'orteils jusqu'en bas de mon spendide immeuble en béton de middle-class
citadin, le gars, il a vu la trombine de l'immeuble à faire pâlir d'envie les bétonneurs
de littoraux de France et de Navarre, et le gars, voyant que j'étais pas là, n'a pas été capable de
déduire tout seul avec sa petite tête pleine d'air que le bel immeuble, tout comme ses voisins, devait déverser
ses merdouilles dans le bel égoût qui passe dans la rue, ça semble plus logique que de penser que j'ai
été creuser un puisard sur la tête de mes voisins du haut de mon troisième étage... Alors
forcément, puisqu'il n'a pas pu trouver la réponse tout seul, faudra qu'il va reviendre pour me reposer la
question personnellement t'à moi-même, des fois que, pour être sûr...
Mais tu sais quoi ? Je s'rai pô là ! J'ai mieux à foutre de mon temps que de le perdre à des
conneries pareilles, je préfère le passer à les raconter sur Internet, c'est considérablement plus
drôle !
Bah ! me direz-vous, c'est moins pire qu'un contrôle fiscal ! Mais non,
je vous assure, on peut aussi parfaitement avoir un contrôle fiscal en
même temps...
Comme tout ça (devinez quoi ?) a quand même tendance à me mettre d'une humeur massacrante, j'ai
aussitôt décroché mon petit téléphone histoire de faire savoir à ces olibrius ma
façon de penser. Et cette fois, pas question de me contenter du lampiste qui répond, Gaston, au téléfon
qui son, je veux parler au responsable de cette brillante enquête, non mais !
Plus facile à dire qu'à faire cependant, car le responsable de l'enquête est encore plus difficile à
joindre au téléphone que le Président de la République, et, quand j'apprends au standardiste que
j'ai l'outrecuidance d'oser envisager de vouloir lui causer, celui-ci réagit comme si je lui avais proposé de lui vendre
un stock d'images porno pédophiles. Et pourquoi que vous voulez lui causer ? Et c'est à propos de quoi
t'est-ce ?
- T'inquiète mon brave garçon, je lui dirai moi-même : Je suis assez grand pour m'expliquer
tout seul quand j'ai quelque chose à dire, surtout si je suis pas content.
N'empêche que le cerbère fait barrage, jusqu'à ce que je finisse par trouver les mots qu'il
faut : "Parce que vous avez intérêt à me le passer avant que j'envoie copie des lettres
débiles que votre entreprise m'envoie à toute la presse locale, et que votre chef sera plus content d'apprendre de
ma bouche ce que j'ai à lui dire plutôt que de le lire dans le journal..."
Les mots magiques prononcés, Sésame s'ouvre enfin, et je peux causer au chef, un type d'un abord beaucoup plus
accueillant. Sympathique, même, ils devraient le mettre au standard : il ferait mieux que l'autre pour l'image
de sa boîte...
Dès que je lui explique le sujet de mon ire, le monsieur me répond, désolé, qu'il comprend fort bien
mon irritation, et qu'il fera le nécessaire pour que je sois retiré du fichier des personnes à emmerder.
J'en suis fort aise. Mais il m'explique aussi "Mon bon monsieur, si vous saviez, vous êtes loin d'être le
seul dans cette situation !"
- Ah bon ? Lui fais-je.
- Eh oui, c'est le Grand Lyon qui nous fournit le fichier des personnes
à interroger, et quand on a vu le contenu du fichier, on n'en est pas revenus...
- Ah bon ? Vous n'avez quand même pas toute la ville de Lyon ?
- Pas loin... En tout cas on en a plein...
- Des habitants d'immeubles du centre ville ? A interroger sur leur fosse septique ?
- Ben oui... C'est le fichier que nous fournit le Grand Lyon, on est bien
obligés de le faire...
- Ah... Lui fais-je, interloqué.
Pour résumer la situation, je comprends désormais que La Communauté
Urbaine de Lyon (que l'on appelle COURLY pour faire plus joli, si on n'avait
pris que les premières initiales, on l'aurait appelée CUL et c'eût
été moins poétique...), que la CUL, donc, dépense les
fonds publics de nos z'impôts pour commander à une société privée une
étude aussi utile que celle portant sur les fosses d'aisance chez les habitants d'immeubles
de centre ville !
Et je ne serais pas autrement étonné d'apprendre qu'une telle étude coûte vachement cher !
Transférer des fonds publics vers une entreprise privée pour effectuer une étude aussi indispensable,
ou du moins aussi bien organisée, hummmmm...
Comme je suis totalement dénué d'imagination, et que je n'ai absolument pas l'esprit tordu, je n'irai pas
imaginer une seule seconde qu'il s'agirait là d'une enquête bidon, qui pourrait, par exemple, être destinée
à envoyer dans le privé des fonds qui pourraient ensuite revenir par la petite porte financer tel parti politique
ou la campagne électorale à Machin... D'ailleurs, une chose pareille, ça ne s'est jamais vu. Et la
Lyonnaise des Eaux n'a jamais été, ni de près, ni de loin, impliquée dans le finacement d'un quelconque
parti politique,
comme une rapide recherche sur Google vous
le confirmera.
Non, jamais je ne pourrais imaginer semblable machinerie, aussi pourrais-je encore moins l'affirmer, ni même le supposer, et
certainement pas le prétendre.
Quand même, je ne sais trop pourquoi, j'aimerais bien qu'un gentil juge d'instruction qui a un peu de temps à perdre
vérifie... Juste comme ça... Ou même un journaliste, tiens, pourquoi pas ? Houhou, les gars, y a-t-il un
journaliste dans l'assistance ?









