
Figurez-vous que Ma Sainteté sortant du métro est très très en colère, et que ce billet, ça fait déjà quelques mois qu'il me démange.
La belle ville de Lyon possède quatre lignes de métro, originalement numérotées de A à D, la ligne D étant une ligne de métro automatique, qui, comme beaucoup de lignes de métro, va de chez les pauvres à chez les pauvres en passant par le centre-ville.
Or donc, Ma Sainteté, écologiste en diable et soucieuse de Son bilan-carbone, passe matin et soir un peu plus d'un quart d'heure dans cette ligne D, ce qui, tous les forts en calcul parmi l'honorable assistance ayant poursuivi leurs études jusqu'au CE1 le sauront, représente un peu plus d'une demi-heure par jour, ou un peu plus de deux heures 1/2 par semaine, ou une bonne centaine d'heures par an.
Ce n'était jusqu'ici, franchement pas désagréable : cette ligne automatique crache une rame toutes les deux minutes aux bonnes heures, et n'est quasiment jamais en grève, les ordinateurs pilotant les rames n'ayant que faire de la pressurisation patronale qui s'exerce sur les honnêtes salariés.
Les rames étaient confortables, normalement aménagées, dans des tons beiges reposants, raisonnablement éclairées, et, en s'asseyant en bout de rame à l'avant ou à l'arrière, face à la voie, on jouissait d'une paix royale pour pouvoir bouquiner peinardos un quart d'heure en allant au boulot. Assis ailleurs, ma foi, ce n'était pas trop mal non plus.
Mais voilà que la régie des transports de la brave ville de Lyon a décidé il y a quelques années de moderniser et réhabiliter ces rames de vingt ans d'aĝe dans le louable but d'y entasser plus de monde, au chausse-pied si besoin, c'est-à-dire de faire tenir un max de monde debout.
Ils se sont donc mis à moderniser une ou deux rames, puis maintenant toutes, au rythme d'une ou deux "nouvelles" rames par mois qui remplacent les anciennes.
Ces "nouvelles" rames, c'est simple, sont tellement à chier des briques en éventail qu'au début, quand elles étaient rares et que j'en voyais passer une, je restais sur le quai furax, attendant la suivante en espérant qu'elle soit "vieille".
Parce que je ne me véhicule pas dans des wagons à bestiaux, moi, monsieur !
Trois fois hélas, maintenant les "nouvelles" rames deviennent tellement nombreuses que, si on veut en attendre une ancienne, il faut se préparer à perdre 10 minutes de plus, et ça ne va pas aller en s'arrangeant.
Alors maintenant, de plus en plus souvent, comme ce soir, surtout si je suis pressé, je me véhicule dans un wagon à bestiaux.
Mais qu'ont-elles de si à chier, ces nouvelles rames, me demanderez-vous ?
Tout d'abord, pour maximiser le nombre de bestiaux debout (l'affichette réglementaire indique 120 places de cons debout par wagon), ils ont supprimé les rangées de sièges "ordinaires" et confortables, et les ont remplacés par des espèces de bancs à coque de plastique inconfortables en diable, placés longitudinalement le long des parois, ce qui fait que vous n'êtes plus désormais assis dans le sens de la marche, ou contraire de la marche, mais que vous vous déplacez latéralement. Comme ces métros accélèrent et freinent plutôt bien, merci, vous passez chaque démarrage et arrêt à compenser avec les jambes pour ne pas glisser de travers, appuyer indûment sur l'épaule de votre voisin, ou contrer la pression de la sienne, la force d'inertie étant ce qu'elle est.
L'affichette réglementaire indique désormais, optimiste, 40 places assises par wagon, mais je les ai comptées, facile, il n'y en a que 32. Si on ose appeler ça des "places assises", puisque non contents d'avoir fait des banquettes en coque de plastique revêtues d'un bout de coussinet mince comme le quotient intellectuel d'un militant P.S./U.M.P., ils ont fait les places assises par deux, séparées des deux suivantes par un méchant bout du tube métallique ayant la prétention de faire fonction d'accoudoir. Et chaque lot de deux places est si étroit que, si votre voisin a une carrure physique un tout petit peu plus large que celle de notre bien-aimé Président, soit vous l'écrasez, soit il vous bourre contre le tube métallique qui vous rentre méchant dans le bassin.
Tout le centre du wagon étant désormais libéré pour les voyageurs debout, auxquels, si vous êtes assis, vous faites face, vous avez le visage juste à bonne hauteur de pet, ou bien plus couramment pour vous prendre des coups involontaires de sacs à main dans la gueule, ou, si vous avez la prétention d'avoir quand même sorti un bouquin, d'avoir le sac d'une dame en plein dans l'axe entre vos yeux et votre bouquin. Bref, pour bouquiner, c'est mort.
Vous pourriez penser que ça aurait suffi, mais non, ça ne suffisait pas au Fabuleux Décorateur qui a conçu cette sombre merde.
Parce que, voyez-vous, autant les anciens wagons étaient dans les tons beiges doux et raisonnablement éclairés, autant la déco "100% plastoc" des nouveaux est dans un magnifique ton "blanc-bleuâtre" de machine à laver, rehaussé par un nouvel éclairage beaucoup plus violent, les tubes fluorescents éclairant la scène ayant visiblement été remplacés par des modèles non seulement plus puissants, mais également à la lumière beaucoup plus bleue d'hôpital.
Tout ce blanc-moche violemment éclairé de bleuâtre, avec les mincissimes coussinets rouges, franchement, le matin, quand tu montes dans un wagon plutôt vide, tu as l'impression d'entrer dans une morgue pour la première autopsie de la journée.
Alors que cela se sache, que cela se répète : Je maudis pour treize générations les infâmes trous du cul qui ont conçu ces nouveaux "aménagements" des rames de la ligne D du métro lyonnais, je leur pisse à la raie, tout comme je pisse à la raie de toute la chaîne hiérarchique qui a demandé ça et donné son accord à ça.
Parce que moi, ces putains de wagons, c'est là que je commence ma journée et c'est là que je la finis. J'y passe 2 heures et demie par semaine, une centaine d'heures par an.
Et je doute fort que les trous du fion qui ont si bien contribué à rendre le monde encore un peu plus moche, un peu plus inhumain, un peu plus stressant, un peu plus déplaisant, et ont remplacé mon trajet matinal et vespéral pépère par une gerbante corvée, je doute fort que ces gros cons y passent autant de temps que moi. Mais franchement, j'aimerais.