Sans doute grâce à la qualité de leur travail, à l'impartialité de l'information qu'ils délivrent, à la variété de leurs sujets, à la profondeur de leurs enquêtes, au sérieux de leurs analyses, à leurs quotidiens sondages top-crédibilité, le petit monde des journalistes commence à sentir le feu qui leur brûle les fesses : Ils se mettent à redouter le spectre d'un monde sans journalistes
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Les aventures de Libé au pays des Rotschild leur foutent les jetons !
Alors bien sûr, plutôt que d'imaginer que leur petit ronron en vase clos puisse être pour quelque chose dans cette déroute annoncée, on a comme de juste le bon petit réflexe corporatiste du dinosaure qui vient de se faire marcher sur la queue : La désaffection dont ils souffrent, ce n'est sûrement pas leur faute à eux, non, c'est notre faute à nous [1] :
Dès l'ouverture des Assises internationales du journalisme, qui se sont tenues du 7 au 9 mars à Lille, Hervé Bourges, président de l'Union internationale de la presse francophone, a fait part de sa colère et de son inquiétude face à ce qu'il appelle une "organisation démagogique de l'information" générée par les fournisseurs d'accès à l'Internet. [...]
M. Bourges a pointé du doigt l'Internet nouvelle génération, le Web 2.0, qui "met en avant des "contenus" offerts par les internautes". Il y voit une de "ces pratiques qui révèlent une volonté sourde, tacite, mais profonde, de développer de manière croissante des médias sans journalistes".
(les restes chez LeMonde.fr)
Ah je le savais, tiens ! Ça va encore être ma faute...
Quand on lit ça, on se dit qu'on n'est pas très loin (coucou M. Donnedieu de Vabres !) d'une revendication de mise sous tutelle de la libre expression sur Internet par de vrais journalistes de la Pravda et de la Nomenklatura, parce que vous comprenez, mon bon Monsieur, si on commence à laisser les citoyens s'exprimer par eux-mêmes, raconter eux-mêmes ce qu'ils vivent, dire eux-mêmes ce qu'ils pensent, analyser eux-mêmes les conneries qu'on leur raconte... Raconter directement ce qui se passe dans la rue en bas de chez eux... Mais où va-t-on, je vous le demande ?
Sans personne pour faire la "nécessaire mise en perspective" ? Décider de ce qui mérite d'être dit et ce qui ne le mérite pas ? Démêler le vrai du faux ? Rewriter l'article ? Se souvenir opportunément qu'on ne doit fâcher ni l'annonceur, ni Monsieur le maire ? Mais vous n'y pensez pas !
Ah, ils sont très-très pour la liberté d'expression, nos camarades journalistes ! Euh, la liberté d'expression... La leur, ou la nôtre ?
Encore une honnête profession d'intermédiaires menacée ! Eux et les majors du disque, même combat !
Ah, tous ces braves gens auxquels le citoyen fait peur, finalement... Le public qui gouverne, s'exprime et décide, c'est vachement bien sur le papier, surtout quand il a besoin de toute une caste d'intermédiaires et autres vaches sacrées CSP++ pour ce faire ! Mais qu'il prétende s'en émanciper même un peu, passer plus de temps à écrire ce qu'il pense et à lire ce que pensent de vrais gens sur le 'net, plutôt qu'à avaler tout rond la pensée prémâchée de la boîtakons... Et il y a péril en la demeure !
Finalement, ils sont crétins, tous ces politiques. Parce que franchement, s'ils avaient pu savoir, en 1990, ce qui allait sortir de tout cet Internet moderne, ils auraient sûrement décidé de l'interdire d'entrée de jeu... Avant que ce ne soit entré dans les moeurs.
Après tout, comme le disent ces braves intellectuels du groupe Kyo : Ils le font bien en Chine !
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Addendum 15:17 :
Tiens, dans la même veine, mais autrement plus inquiétant que les vitupérations de Bourges, ce billet chez Caveat Emptor : "Dehors les blog-gueux!", donc voici un substantificque extrait qui nous montre par quelles voies détournées on pourrait bien essayer dans un trop proche avenir de nous faire fermer nos grandes gueules... Dans un proche avenir ? Ah non, merde, trop tard : C'est déjà fait :

Vous allez moins faire les malins car le gouvernement semble bien décidé à mettre un peu d’ordre superjuste dans votre loghorrée blogguique. Sa première mesure est d’ores et déjà très prometteuse. Grâce à un petit article glissé dans la loi sur la prévention de la délinquance, il devient interdit aux blog-gueux d’enregistrer et diffuser des images violentes. Seuls les Vrais Journalistes et les Médias Agréés peuvent le faire. Pour les autres, c’est 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende.
Rusé, le gouvernement. Il aurait pu dire la vérité, qu’il voulait vous faire taire, vous menacer de prison pour protéger une corporation -la nôtre- qui vit assez mal votre irruption dans l’espace public. Mais non, il s’agit officiellement de punir le happy slapping, cette pratique d’hydrocéphales qui filment avec leur téléphone une scène de violence qu’ils suscitent pour la diffuser sur le net ou auprès de leurs proches. Qui pourrait s’opposer à cela? Personne. Sauf que le texte de loi ne parle pas de happy slapping, mais d’images de « torture », « d’actes de barbarie ». Et même de violences commises par les forces de l’ordre.
Je répète. « De violences commises par les forces de l’ordre ». Comme Rodney King à Los Angeles il y a 16 ans, battu par des « forces de l’ordre ». Et filmé par un quidam. Interdit en France, ce genre de chose, désormais.
[...]
L’ex patron de France Télévision Marc Tessier, dans son rapport sur l’avenir de la presse, suggère un vrai label “journalisme AOC” décerné par une commission de copains des médias et du gouvernement sages pour trier les vrais folliculaires sérieux des gloseurs de blogs.
Merde, on est lundi, j'ai pas eu le temps de sortir racheter des sacs à vomi... Oh putain j'ai tout salopé le tapis du salon :-(
Ah, et puis, on pourra toujours utiliser ce charmant articulet de loi pour faire régner encore un peu plus de terrorisme judiciaire, traîner tout le monde et n'importe qui devant les tribunaux pour "diffusion d'images violentes"... Ne restera plus à la jurisprudence qu'à déterminer ce qui est "violent" ou pas... Au plus grand bénéfice de ton avocat mon ami.
Lois votées par nos chers députés, représentants du Peuple, vos élus, je vous le rappelle au passage. Vos élus à majorité UMP vous intiment de fermer vos gueules, merci, sinon c'est 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende.
Liberté d'expression à deux vitesses... Interdiction de diffuser des images de violences commises par les forces de l'ordre... Le fascisme n'est pas en route : il a déjà posé ses valoches.
Photo : iamilk, sous licence Creative Commons by-nc-nd