Cher Pierre Kubick,
La question que vous me posez ici exige une réponse trop longue pour être mise en commentaire, et qui présente, je crois, un certain intérêt à elle seule.
Vous trouverez donc dans le présent billet la réponse à votre question.
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jeudi 23 février 2006
Par Petaramesh le jeudi 23 février 2006, 15:37
Cher Pierre Kubick,
La question que vous me posez ici exige une réponse trop longue pour être mise en commentaire, et qui présente, je crois, un certain intérêt à elle seule.
Vous trouverez donc dans le présent billet la réponse à votre question.
mardi 7 février 2006
Par Petaramesh le mardi 7 février 2006, 16:22
Dès que l'on ouvre un blog ou un site Internet, on serait bien inspiré de se poser la question de ce que la loi autorise d'y exprimer ou non, de l'endroit où se situe la ligne jaune, et des risques que l'on encourt si jamais on la franchit.
Pour une première vision d'ensemble de la question, un détour par le désormais célèbre billet Blogueurs et responsabilité de l'incontournable Maître Eolas, ainsi que par l'article d'Eric Barbry, sont fortement recommandés : les principales règles applicables en la matière y sont explicitées, notamment en matière de diffamation ou d'injures, accusation qui risque de nous tomber sur la tête dès que l'on envisage d'exprimer une opinion "tranchée" susceptible de déplaire à quelqu'un...
Cette lecture faite, on saura qu'il convient de se montrer prudent, et de tourner 7 fois la touche [Entrée] sous son médius avant de l'enfoncer allègrement.
Certes, il est normal que la loi impose ses limites à la liberté d'expression, qui doit nécessairement s'arrêter là où commenceraient les nuisances causées à autrui.
Toutefois, cette évidence incontestable masque des problèmes de fond, qui sont l'objet de ce billet.
Le premier de ces problème est celui de la transformation rapide de notre société, et de la dissolution partielle de la limite entre la sphère publique et la sphère privée qui en découle. Ce problème est particulièrement mis en évidence par les spécificités du média Internet, qui, par le biais des blogs, forums de discussions ou simples pages perso met à la disposition de tout-un-chacun un moyen d'expression radicalement nouveau.
Notre société se transforme, donc. Il y a encore quelques dizaines d'années, il y avait, en ville, un bistrot au pied de chaque immeuble ou presque, et, dans ce bistrot se tenaient chaque soir, selon la plus ancienne tradition, des conversations de Café du Commerce. Ces conversations n'étaient pas toujours aussi tempérées que le politiquement correct aujourd'hui en vigueur l'exige, et on y entendait bien souvent des expressions évidemment excessives : "Machin est un fâââchiste !", "Ce connard de Villarko...", ou "La sécu c'est qu'un tas de glands", "la femme au volant c'est la mort au tournant", "La Société Trucchose c'est rien que des escrocs, des voleurs !!", "Faudrait y foutre une bombe !", "Ben t'as qu'a pas le déclarer !", "les [insérez ici le nom de votre minorité ethnique préférée] sont cons comme des balais !", "la prof' d'anglais est une pouffiasse !"[1], etc, etc.
Chacune de ces paroles, on s'en doute, tombe sous le coup de la loi, que ce soit pour injures, diffamation, propos racistes ou sexistes, ou incitation à la commission de crimes ou de délits. Terrorisme, pouquoi pas ?
Mais, jamais au grand jamais, les auteurs de ces propos n'ont été inquiétés, traînés en justice ou jetés au cachot pour autant - du moins tant que le bistrot en question n'était pas considéré comme un véritable repaire de terroristes ou de délinquants. Ces propos étaient tenus dans un cadre, sinon privé, du moins restreint, et étaient tolérés, d'abord en tant qu'exutoire - on sait bien que les propos extrêmes sont rarement à prendre au premier degré, mais ça soulage... - et ensuite parce qu'il aurait été impossible de coller un flic derrière chaque comptoir, prêt à verbaliser au moindre écart de langage.
Du coup, tout ceci était toléré de fait, et considéré comme un défoulement ordinaire sans conséquence, si ce n'est, probablement, la conséquence très positive de faire baisser la pression, car il est bien connu que le fait de pouvoir exprimer sa hargne ou son mécontentement calme, détend, et permet souvent d'éviter que les choses n'aillent plus loin.
De même, et a fortiori, les propos tenus par chacun dans le cadre familial ou dans un lieu privé - avec les copains invités à bouffer - échappent légitimement à toute censure et à toute sanction, et on peut à loisir exprimer sa profonde pensée en disant que "l'équipe de foot machin, c'est rien que des branleurs dopés et qu'en plus ils achètent le résultat des matches".
Gageons que des propos aussi répréhensibles, il s'en échange chaque jour des millions, à chaque table familiale, à chaque comptoir, ou à la machine à café de chaque bureau.
Certes, si de tels propos avaient été publiés, leur auteur aurait encouru les foudres de la justice, mais voilà, ils ne l'étaient pas. Parce que, jusqu'à très récemment, les moyens de publication (qui n'était qu'une diffusion, dans le sens de un vers beaucoup) n'étaient accessibles qu'à des professionnels, et que ces professionnels, outre qu'ils se comportaient en professionnels, avaient une parfaite connaissance des limites (c'est leur métier), bien souvent un statut leur accordant une protection particulière (journalistes), et, en cas de problème, le moyen et l'habitude de recourir à des avocats, et, le plus souvent, les moyens financier de faire face à un procès et d'en assumer les éventuelles conséquences.
Mais aujourd'hui, les choses ont bien changé. La plupart des bistrots-en-bas-de-chez-moi ont fermé, notre mode de vie nous éloigne de plus en plus souvent géographiquement de notre famille ou de nos amis, les grandes villes sont anonymes comme chacun sait, et plus de 8 millions de personnes vivent seules chez elles.
Arrive soudain Internet, ses forums et ses blogs. Un moyen d'expression absolument inouï, d'une puissance inconcevable, qui permet non plus à un tout petit nombre, mais à tout-un-chacun, de s'exprimer largement. La communication de chacun-vers-chacun est là. On peut s'exprimer, et sans le filtre d'un éditeur ou d'un rédac'chef, sans non plus l'éventuel conseil d'un cabinet juridique. On s'y exprime directement, immédiatement, sans souvent beaucoup de temps de réflexion, et avec les excès possibles qu'entraîne la spontanéité, surtout quand nombre d'utilisateurs sont très jeunes, et n'ont ni le background juridique et professionnel, ni la maturité d'un écrivain ou d'un éditorialiste chenu.
Il se forme des communautés virtuelles, basées sur les affinités ou les centres d'intérêt communs, où la distance physique n'existe plus, où le délai de transmission n'existe pas non plus.
Certes, techniquement, ce qu'écrit chacun est accessible à tous, mais, en pratique, il ne sera le plus souvent lu que par un cercle restreint d'amis réels ou virtuels, de personnes partageant les mêmes centres d'intérêt, la même sensibilité ou les mêmes opinions.
Internet récrée, en quelque sorte, un Café du Commerce géant, un Café du Commerce planétaire, comme l'avaient si bien pressenti ses pionniers qui parlaient, eux, de village planétaire.
A un détail près. Mais il est de taille. Tout ce qui se dit ici, du moment que c'est publiquement accessible, tombe dans le domaine des lois régissant l'expression publique. En dehors de l'e-mail personnel et des espaces clos, tout ce qui est écrit ici est considéré comme publié. Et la législation que l'on applique alors ne peut que résulter en injustice, châtiments excessifs, et limitation de la liberté d'expression.
Tu as dit que ta prof est une conne ? Tu aurais mieux fait de le dire au bistrot, car tu vois, tu es viré de ton bahut.
Tu plaisantes sur un sujet d'actualité quand des ANPE sont brûlées, en proposant sur un forum de chômeurs de communiquer d'autres adresses pour les brûler aussi ? Crac ! Les flics débarquent chez toi à 6 heures du matin pour te coller au gnouf. Incitation à la commission de crime ! Tu plaisantais peut-être[2], mais eux ne plaisantent pas... Terroriste, va !
Tu es proviseur, homosexuel également, et tu évoques les deux, même sous pseudonyme, sur ton blog ? Paf ! Tu es aussitôt révoqué, parce que, n'est-ce pas, chez ce gens-là Monsieur, ça s'fait pas...
Tu reproduis sur ton blog un article du ''Parisien'' mettant en cause la ville où tu habites ? Paf ! Tu te retrouves en correctionnelle poursuivi, non pas par le journal qui te reprocherait la reproduction de son article, non, mieux, poursuivi en diffamation par la ville dont parle l'article de presse que tu as reproduit !
Viré, révoqué, poursuivi, arrêté au petit matin... Voilà ce que risque Monsieur Durand, s'il a le malheur de faire, sur son blog, un petit pas de travers. Même si ce pas de travers a été lu, c'est le bout du monde, par peut-être une douzaine de copains. Ou un petit cercle de lecteurs partageant tes centres d'intérêt.
Gageons que quiconque simple particulier, qui tient un blog pendant assez longtemps, surtout si ce blog est un blog d'opinion, militant, politique ou que sais-je, quiconque finira un jour par trébucher sur la ligne jaune du là-il-est-allé-trop-loin, et par encourir les foudres, soit de la justice, soit d'une sanction scolaire ou professionnelle.
Le deuxième des problèmes que je vois poindre est celui de l'automatisation des recherches d'infractions. Car, si les propos tenus au Café du Commerce ont une portée acoustiquement limitée, et s'ils s'évaporent plus vite que l'odeur de la bière, les propos tenus sur Internet peuvent facilement être surveillés par le simple usage de moteurs de recherche standard, ou de robots spécialisés. Même tenus dans un lointain passé, Internet a très bonne mémoire, et la Wayback Machine est capable d'exhumer aisément des pages disparues et des propos oubliés depuis longtemps.
Si, à un instant donné, des agences ANPE brûlent[3], il sera très facile de rechercher si, sur le 'net, quelqu'un n'aurait pas par hasard suggéré la chose dans un espace "public". Si jamais c'est le cas, le pauvre bougre aura fort à faire pour démontrer qu'il plaisantait, à supposer toutefois qu'il n'ait pas été terrassé par une crise cardiaque en voyant le GIGN débarquer chez lui à 6 heures du matin...
Si donc un propos jugé "répréhensible" est tenu, on peut imaginer que, du fait de ces facilités techniques, leur auteur a bien plus de (mal-)chances que dans la vraie vie de voir ce propos lui retomber sur le coin de la figure avec le plus bel effet boomerang.
De nombreuses grosses entreprises, déjà, utilisant des cabinets spécialisés, scannent le 'net pour y rechercher tout emploi de leur nom ou de leur logo, au cas où un propos qu'elles jugeraient diffamatoire ou préjudiciable à leur image serait tenu. On imagine la suite.
Ce qui nous amène au quatrième risque potentiel : celui d'une forme de terrorisme judiciaire, ou la vieille histoire du pot de terre contre le pot de fer : On peut en effet imaginer que certaines entreprises, ou toute "personne morale"[4] suffisamment puissante, se jugeant offensée en quoi que ce soit par un quelconque propos tenu sur Internet, n'hésitera pas à brandir haut et fort le bras armé de la justice pour écraser l'imprudent moustique. Même si elle est sûre de perdre au bout du compte - et encore, sait-on jamais ? -, une telle personne morale fera probablement de gros dégâts sur la pauvre petite personne physique qu'elle aura prise pour cible.
Le pauvre bougre attaqué, une fois qu'il aura vu l'hébergement de son site coupé par l'invocation des dispositions du petit 3 du grand I jumelé au premier alinéa du grand IV de l'article 6 de la loi n°2004-575 du 21 juin 2004 dite « pour la confiance dans l'économie numérique »[5], puis une fois qu'il aura eu à douiller ses frais d'avocat, à monter son dossier de défense, à bouffer des anxiolytiques pendant des mois en attendant l'heure de son procès, le pauvre bougre, à la sortie, même s'il gagne et empoche les 3 balles de l'article 700, ben il aura été bien essoré quand même et jurera, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendra plus.
Et hélas, je crains fort que pas mal de grosses boîtes n'aient guère de scrupules à pratiquer ce genre d'intimidation (que je qualifie de terrrorisme judiciaire), après tout, quand on dépense des millions d'euros en coûteuses campagnes de pub, on peut bien en dépenser quelques milliers pour aplatir un pôvre type qui aurait eu le toupet de faire de la contre-pub. Que le procès soit gagné ou perdu n'a guère d'importance, le pôv'type est essoré à la fin, et ça fait un exemple pour les autres...
Toutes ces réflexions me donnent à penser que, si le Législateur souhaite maintenir la liberté d'expression des citoyens de l'ère numérique au niveau que l'on est en droit d'attendre dans une démocratie (et j'espère qu'il ne souhaite pas le contraire...), il devrait sérieusement se pencher sur une modification des lois en vigueur pour tout ce qui concerne l'expression publique des particuliers.
Il me semble par exemple que la liberté d'expression d'opinions devrait être garantie par des textes, au-delà de ce qui existe actuellement, et en particulier pour ce qui concerne les délits de diffamation et d'injures envers des personnes morales (qui, généralement, n'en souffrent guère...) ou envers des personnages publics, élus ou membres du gouvernement (qui, bien souvent, sont en bonne position pour recevoir oeufs et tomates, et qui, bien souvent, ne les ont pas volées...).
Car je pense profondément que, quand on est un simple particulier, on devrait pouvoir dire sur Internet ou ailleurs les produits de la société Machin sont merdiques, telle boîte est une nuisance pour l'environnement, ou le ministre Truc est un escroc / facho / salaud sans risquer de se retrouver pour autant traîné devant un tribunal.
Certes, on peut désapprouver de tels propos et les juger excessifs, mais la possibilité de tenir des propos excessifs fait partie intégrante de la liberté d'expression.
Si celle-ci se trouve trop sévèrement bornée par la rigueur de la loi, beaucoup seront lourdement condamnés pour de simples peccadilles, et le risque est grand que les autres, s'en tenant à une prudente auto-censure, évitent à l'avenir de parler des choses qui fâchent...
Post Scriptum : Et tiens, puisque c'est le sujet de ce billet, je tombe à l'instant sur deux nouveaux billets qui vont dans le sens de mes inquiétudes :
[1] Ces remarques imaginaires sont données ici à titre d'exemple pour le propos de ce billet, et ne représentent en rien mon opinion, je le jure, Monsieur le Juge ;-)
[2] De mauvais goût, soit, mais la plaisanterie de mauvais goût est-elle un crime ?
[3] Juste un exemple encore, puisque c'est d'actualité...
[4] J'adore ce terme... Une "personne morale" étant assez souvent une hydre impersonnelle assez éloignée de toute forme de morale...
[5] J'adore décidément la manière dont Veuve Tarquine a tourné ça ;-)
lundi 30 janvier 2006
Par Petaramesh le lundi 30 janvier 2006, 15:23
...ou comment la liberté a disparu sans que personne ne s'en aperçoive.
On raconte que si l'on plonge une grenouille dans de l'eau très chaude, elle saute immédiatement hors de la casserole pour sauver sa vie. On raconte cependant que, si l'on met la même grenouille dans une casserole d'eau froide, elle s'y trouve très bien, et que si, partant de là, on augmente très progressivement la température de l'eau, la grenouille, ne se rendant compte de rien, ne tentera pas de s'enfuir et restera tranquillement là jusqu'à ce qu'elle soit cuite à point.
(Je n'ai pas réalisé cette expérience en ce qui me concerne, aucun animal n'ayant été maltraité pour la réalisation de ce blog.)
Ainsi la liberté a-t-elle disparu, non pas un triste jour, mais par petites touches, et la plupart de nos contemporains s'imaginent encore vivre dans une société libre, alors que cette liberté fuit chaque jour de toutes parts.
L'eau n'est pas chaude, elle est bouillante !
De fait, le contraire d'une société de liberté n'est-il pas une société de surveillance omniprésente ?
Un des fondements d'une société de liberté n'est-il pas la présomption d'innocence ? Son contraire n'est-il pas la présomption de culpabilité ?
L'une des libertés fondamentales n'est-elle pas la liberté d'aller et venir, et de le faire, comme tout présumé innocent, tranquillement, anonymement, sans avoir à montrer patte blanche, sans être suivi à la trace, hors de vue de l'oeil des caméras ?
Mais ces libertés-là, voyez-vous, ont disparu, sans que cela ne dérange grand-monde.
Remettons la pendule vingt ans en arrière. Quelle différence voyons-nous ?
Il y a vingt ans... Les villes n'étaient pas massivement équipées de caméras de surveillance avec enregistrement (installées bien sûr dans les lieux sensibles, cette notion élastique étendant chaque jour l'emprise de son fourre-tout). Les bâtiments publics non plus, à part peut-être quelques banques et l'accès de certaines prisons. Les magasins qui en avaient étaient rares ; seuls quelques grands magasins, dans quelques grandes villes, affichaient le sympathique écriteau Souriez ! Vous êtes filmé.. Les autres, néolithiques, se contentaient le plus souvent de quelques miroirs convexes.
Aujourd'hui ? Caméras partout. Sur les trottoirs de nos villes, à chaque carrefour, dans chaque lieu public, chaque parking, chaque magasin jusqu'au petit épicier du coin, mais également à l'intérieur des moyens de transport : chaque bus, chaque rame de métro a désormais les siennes. Et avec enregistrement s'il-vous-plaît. Les caméras, miniaturisées, placées en hauteur ou dans des boules noires opaques ressemblant à des réverbères (en ville) se sont faites de plus en plus discrètes, mais surtout, nous nous y sommes de plus en plus habitués. On ne nous invite plus à sourire, nous finirions par en attraper des crampes, de sourire sans arrêt à longueur de journée... Avez-vous une idée du nombre d'yeux de verre que vous croisez chaque jour, entre l'instant de votre lever et celui de votre coucher ? Non, vous n'en savez rien. Vous n'y prêtez aucune attention. Vous ne les voyez plus. Eux, vous voient très bien.
Comme être filmé et enregistré ne suffit pas, nos politiques votent des lois anti-terroristes afin de permettre un accès plus facile et plus immédiat des forces de l'ordre aux films de caméras de surveillance réalisés par des entités privées (magasins, etc.). Ca serait trop bête que ça ne serve à rien...
Il y a vingt ans, beaucoup d'entre-nous avions déjà une carte bancaire, mais les commerçants, eux, avaient pour la plupart encore un fer-à-repasser, et transmettaient périodiquement les facturettes à leur banque. Aujourd'hui, c'est le progrès ! Grâce au réseau informatique, le Groupement Carte Bancaire sait, en temps réel, où vous êtes. A chaque fois que vous dégainez votre carte bancaire. Votre banque le sait, et tout pouvoir qui a pouvoir sur votre banque peut le savoir aussi. Sans que vous n'en sachiez rien.
Il y a vingt ans, presque personne n'avait de téléphone portable, en dehors que quelques urgentistes et de rares et importants personnages. Aujourd'hui, chaque ado a le sien, son bien le plus précieux. Qui, grâce aux progrès de la technique, permet désormais de géolocaliser son heureux possesseur à quelques dizaines de mètres, que celui-ci téléphone ou pas, bien entendu. Il suffit que l'appareil soit allumé.
Il y a vingt ans, et même il y a dix, on avait une carte d'abonnement de transports que l'on montrait simplement au chauffeur, avant de la remettre dans sa poche. Mais tout cela a été modernisé ! Aujourd'hui, dans les grandes villes, nous avons une carte d'abonnement électronique qu'il suffit d'approcher à 10 cm de la borne pour que ça fasse Bip !, enregistrant au passage qui est passé, où il est passé, et quand il est passé. Maintenant, la société des transports sait exactement qui va où, et quand. C'est le progrès.
Comme tout cela ne suffit pas, les industriels commencent à équiper les biens de consommation qu'ils nous vendent - en commençant par les chaussures, vêtements... - de tags RFID minuscules, infimes petits espions inclus dans les objets et qui pourront, par ondes radio et en silence, communiquer avec les portiques RFID qui équiperont bientôt les entrées ou les rayons de nos grands magasins. Ou de tout lieu public. Ces tags un peu bébêtes se contenteront, à chaque passage, d'émettre leur petit Salut ! Je suis la chaussure Nike n° de série XYZ ! et, par la magie de la traçabilité, il sera possible de reconstituer l'itinéraire de la chaussure n° XYZ, bien après son achat, tant que cette chaussure se promènera. Il sera possible de savoir dans quel magasin elle a été achetée, quel jour, et par quelle carte bancaire elle a été payée. Il sera possible de connaître tous les déplacements du suspect qui a acheté la chaussure n° XYZ.
Comme être électroniquement tracé ne suffit pas, nos politiques votent des lois anti-terroristes afin de permettre un accès plus facile et plus immédiat des forces de l'ordre à ces méthodes de traçage, à notre insu bien entendu. Faut être logique, on ne va quand même pas prévenir des terroristes quand on les surveille...
Il y a vingt ans, nos documents d'indentités étaient probablement falsifiables, puisqu'ils ont depuis été remplacés par des infalsifiables. Rappelons toutefois qu'il y a 60 ans, des milliers de vies innocentes ont pu être sauvées parce que les pièces d'identité ont pu être falsifiées. C'était sous l'occupation nazie. Bien sûr, tout le monde sait que cela ne se produira jamais plus, notre démocratie est éternelle...
Comme être infalsifiable ne suffit pas, nos pièces d'identité vont prochainement être remplacées par des modèles plus mieux modernes, des biométriques, s'il-vous-plaît. Des qui contiendront, sous forme informatique, l'empreinte de votre doigt, la forme de votre visage ou l'image de votre iris. Afin de pouvoir permettre à l'ordinateur de vérifier instantanément que vous êtes bien celui que vous prétendez être. Des fois que vous soyiez un terroriste, hein... Et puis, parce que les Américains l'exigent, et que, voyez-vous, ce sont eux qui commandent. Ils attraperont plus facilement Oussama quand celui-ci aura enfin son passeport biométrique. Promis, juré.
D'ailleurs, de la biométrie, on va vous en mettre partout, on va vous en faire bouffer, mes lascars ! Et, pour que ça ne vous choque pas, on va commencer par vous y habituer bien gentiment, pour avoir une carte de réduction dans le moindre aquarium[1], ou pour faire manger votre gosse de 4 ans à la cantine de son école.
D'ailleurs, c'est exactement ce que préconise le GIXEL, le groupement des industriels du flicage électronique, sacré beau bizness juteux que voilà, qui précise bien dans son Petit Livre Bleu:
Acceptation par la population :
La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles.
Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d'un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l'apport de fonctionnalités attrayantes:- Éducation dès l'école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l'école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s'identifieront pour aller chercher les enfants.
- Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo- Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l'accès Internet...
La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l'apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gène occasionnée. Là encore, l'électronique et l'informatique peuvent contribuer largement à cette tâche.
Eh bien, nous voilà avertis des intentions de ces messieurs.
Contre qui déjà fait-on tout ça ? Au nom de quel saint nous impose-t-on cette surveillance ubiquitaire de tous les instants ? Au nom de la divinité de la Lutte Contre le Terrorisme. Celle dont les média nous rebattent les oreilles à longueur de journaux, et au nom de laquelle notre gouvernement propose, et notre parlement vote, une nouvelle Loi Anti-Terroriste tous les 6 mois, puisque, certainement, l'ancienne ne suffisait pas, et qu'il faut encore en rajouter une couche. Pour être vraiment, enfin, en sécurité.
C'est qu'ils sont vraiment dangereux, ces affreux terroristes, pour que cela justifie de placer sous surveillance extrême nos 60 millions de Français. Forcément : puisqu'on ne sait pas qui ils sont, il faut bien surveiller tout le monde ! Logique...
Et combien ont-il fait de morts en France, ces terroristes si dangereux, disons, sur les dix dernières années ? Comment ? Aucun ou presque ? Pas des tas ? Je veux dire, comparativement à une bonne épidémie de grippe ou à une canicule estivale ? Par rapport au nombre de gens tués par l'alcool ou le tabac ? Une quantité négligeable ? Nooon ? Pour de vrai ?
Mais alors, dites, on peut se demander... Si ces dangereux terroristes sont, plus qu'une menace réelle, davantage le croquemitaine pour faire peur aux enfants... Alors dites, c'est qui au juste qu'on surveille ? Ca ne serait pas "nous" ? Tout le monde ? Des fois ?
Le peuple, tout le peuple, ne serait-il pas l'objet final de tout ce contrôle, le troupeau à marquer, tracer et numéroter ? Pour son plus grand bien, comme de bien entendu. Et sous le contrôle de bergers pleins d'Amour qui ne veulent que le bien de leur gentil troupeau.
Bêêêêêêêê....
La plupart des gens s'imaginent que Big Brother est une fiction futuriste. Mais il est déjà parmi nous, un Big Brother technologique d'une omniprésence qu'Orwell lui-même n'avait pas cauchemardée.
C'est arrivé tout seul, mais ce ne fut pas difficile : Personne ou presque n'a rien dit, trop occupés à se demander qui allait remporter la Star'Ac à la télé, les gens. Trop absorbés par leurs soucis immédiats et quotidiens. Trop intoxiqués par la propagande des médias.
Et si, un jour, notre belle démocratie devait être remplacée par un régime totalitaire, celui-ci, dès son arrivée, bénéficierait d'un système de surveillance et de contrôle universel dont aucun totalitarisme n'a jamais osé rêvé.
C'est l'héritage qui lui lègueront nos gouvernants et décideurs actuels. Gageons qu'il en sera fait bon usage...
Le 20 janvier dernier, trois jeunes militants comparaissaient devant le tribunal d'Evry pour avoir détruit les appareils biométriques d'un lycée de Gif-sur-Yvette.
Louis Joinet, ancien directeur de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), a témoigné en la faveur des accusés, et s'en est expliqué ainsi:
«Parce qu'on veut faire accepter la traçabilité à des enfants de 3 ans. Parce qu'on veut leur dire qu'il est normal que leur corps soit un instrument de contrôle, comme si c'étaient des bêtes.»
Les trois militants actuellement poursuivis ont tout mon soutien et toute ma sympathie.
Délibéré au 17 février.
[1] J'avais, à l'époque, développé un argumentaire qui n'a pas pris une ride.
mardi 1 juillet 2003
Par Petaramesh le mardi 1 juillet 2003, 14:00
Suites des développements et suites de cette affaire...:
Je réponds par un (très long) courrier électronique à l'Aquarium de Lyon.
En voici le contenu in extenso:
From: Swâmi Petaramesh
Organization: Secte des Adorateurs de Cela
Subject: Re: Réponse de Swâmi Petaramesh: Données biométriques à l'Aquarium du Grand Lyon
Date: Tue, 1 Jul 2003 11:20:46 +0200
User-Agent: KMail/1.4.3
References: <3F006F69.8907E79@aquariumlyon.fr>
In-Reply-To: <3F006F69.8907E79@aquariumlyon.fr>
To: contact AT aquariumlyon.fr
Cc: stavernier AT cnil.fr,
rngo AT cnil.fr,
ffourets AT cnil.fr,
gerard.collomb AT mairie-lyon.fr,
bigbrotherawardsfrance AT samizdat.net,
dmz AT lafil.org,
sourieznews AT ml.free.fr,
conso69 AT ufcquechoisir-rhone.org,
redaction AT leprogres.fr,
communiquesdepresse AT exchange.france3.fr,
societe AT liberation.fr,
hitech AT lemonde.fr,
m.auzanneau AT transfert.net
Message-Id: <200307011120.46163@...............>
A L'ATTENTION DE MM.:
- Maurice Chichportiche, Président de l'Aquarium du Grand Lyon;
- Jean Marie Pédron, Directeur de l'Aquarium du Grand Lyon.
=================================================
COPIES: Voir en-tête de ce message.
Messieurs,
En (long) préambule, je me permets de vous faire observer que vous m'avez adressé votre réponse sous forme d'un document Microsoft Word.
Il ne s'agit pas d'un format standard ni ouvert, mais d'un format propriétaire nécessitant un logiciel commercial particulier pour sa lecture.
Je n'utilise personnellement aucun logiciel Microsoft, et ma politique est de ne jamais ouvrir les documents qui me sont adressés dans des formats propriétaires correspondant à des logiciels que je n'utilise pas.
Compte tenu du caractère particulier de cette correspondance, et par bonne volonté, j'ai fait une exception à cette règle, et j'ai pris connaissance du contenu de votre message.
Toutefois, si vous devez me répondre à nouveau, je vous prie de bien vouloir le faire dans un format compatible avec les standards ouverts, en incluant votre réponse soit directement dans le texte de votre courrier électronique, soit, si vous préférez utiliser un fichier attaché, en vous assurant d'utiliser un fichier dans un format ouvert (texte brut, HTML, RTF, etc.) ou dans un format aisément lisible à l'aide de logiciels libres multi-plate-formes, comme le format PDF par exemple.
Si vous deviez m'adresser de nouveaux documents au format Microsoft Word, merci de prendre note par avance que je ne les ouvrirais pas.
L'échange par e-mail de documents au format Microsoft Word est d'ailleurs considéré comme l'une des principales sources de risque pour les systèmes informatiques et la confidentialité des données d'entreprises, comme cela a été souligné lors du dernier Symposium sur la Securité des Systèmes d'Informations par M. Philippe Lagadec, Ingénieur au Centre d'électronique de l'armement. (Voir à ce sujet l'article suivant: http://www.transfert.net/a8977 )
A titre d'exemple, je peux vous dire que le document que vous m'avez envoyé en
réponse à mon message, a été rédigé par la reprise d'un document Word plus
ancien en votre possession et qui contenait le texte suivant:
<<"Le système fonctionne sur une mémorisation de X points appelés minuties
relevés sur un des doigts d'un inconnu, ces points...">> etc.
Gageons que ce document initial était la description technique du
fonctionnement de votre système de "Carte à Pouce"...
Gageons également que vous n'avez pas délibérément choisi de me transmettre cette information, mais que le logiciel que vous utilisez l'a fait à votre insu.
Ceci me permet de mettre en perspective, pour ma gouverne personnelle, les affirmations que vous pouvez faire dans votre réponse concernant la sécurité de votre système informatique.
Le Lundi 30 Juin 2003 19:12, vous avez écrit :
Réponse à votre courrier électronique du 21 juin 2003.
Sujet : La Carte à Pouce à l'Aquarium du Grand Lyon.
Monsieur,
En préambule, je vous remercie de bien vouloir faire suivre cette réponse aux adresses qui correspondent à des listes de diffusion privées qui n'acceptent de messages que de leurs abonnés auxquelles vous dites avoir transmis votre mail nous concernant.
Je leur transmettrai votre réponse, que j'ai convertie au format "texte brut" sans y changer un seul mot, mais je me refuse absolument à envoyer à qui que ce soit un fichier Microsoft Word, aussi ne puis-je transmettre le fichier original que vous m'avez adressé.
D'autre part, vous dites savoir que votre message a été retransmis par des tiers sur d'autres listes de diffusion, ou forums de discussion, auxquels vous affirmez ne pas participer et ne pas connaître les adresses.
C'est en effet l'information qui m'est revenue.
Pour ces cas particuliers, je compte sur votre bonne volonté pour tout faire afin que suive cette réponse.
Je suis navré, mais il ne m'incombe pas de faire suivre votre réponse où que ce soit, et si j'accepte de le faire vis-à-vis des personnes ou listes auxquelles j'ai adressé moi-même copie du mail que je vous avais envoyé, ce n'est que par souci de correction.
Pour autant, n'importe qui a pu reproduire ou retransmettre mon message
n'importe où, et les informations sur Internet se transmettent à la vitesse
de la lumière.
Je ne suis aucunement responsable des copies de mon message publiées par des
tiers en des endroits que je ne connais ni ne fréquente, et je n'ai aucune
raison de dépenser mes efforts pour transmettre votre réponse en de tels
endroits.
Je ne suis pas, après tout, votre attaché de presse ;-)
Enfin comme vous me le proposez, je vous remercie de publier cette réponse sur votre site Web.
Là également, je publierai la conversion de votre message au format texte brut, car aucun fichier au format Microsoft Word ne sera publié sur mon site web.
Monsieur,
Tout d'abord la carte à pouce est une invention faite sur mesure pour les Aquariums. Elle ne correspond pas aux besoins des entreprises ou organismes publics ou privés qui souhaitent généralement savoir tout ou presque sur leurs clients ou usagers pour leur faire parvenir par tous moyens des informations ou des offres promotionnelles.
Dans les établissements à vocation culturelle et pédagogique que sont les Aquariums Français ouverts au public, l'immense majorité des visiteurs arrive par centaines voire par milliers, les mêmes jours aux mêmes heures, (jusqu'a 850 personnes par heure et plus de 7500 par jour durant les week- end pluvieux). En conséquence ils se heurtent souvent à de longues files d'attente. Vouloir saisir leurs noms et coordonnées créerait des conditions d'inconfort inacceptables.
Pourtant beaucoup de nos visiteurs savent que la nature améliore le spectacle dans nos bacs tout au long des saisons et que les plantes, coraux et animaux y grandissent et y changent de couleur. En conséquence ils aimeraient revenir plusieurs fois dans l'année pour profiter du spectacle de cette évolution mais ils ne veulent pas payer le même prix pour une re- visite.
Pour répondre à cette demande il semblait exister une solution : « La carte de fidélité ».
Mais il nous faut impérativement nous assurer que la remise accordée concerne une re-visite ; sans cela nous allons économiquement mettre en danger l'existence de notre musée.
Il faut donc que cette carte de fidélité soit personnelle, infalsifiable et incessible tout en respectant le cadre de la loi.Or la solution de la carte de fidélité avec photo nom prénom etc. est lourde à mettre en place, difficile à gérer et indiscrète. Pour ces raisons et celle du facteur temps exposée ci avant, elle ne répond pas aux désirs du public des Aquariums.
Nous réfléchissions depuis des années sur le sujet jusqu'en 2002 où la carte à pouce a été inventée.
Il s'agit d'une réelle innovation qui permet à un inconnu de se faire reconnaître sans pour autant se laisser identifier.
La Carte est en libre accès, disponible uniquement à l'intérieur du circuit de visite.
Son principe de fonctionnement est très simple :
Le visiteur, s'il le désire, pose un de ses doigts, (le pouce n'est pas une obligation), sur un capteur et récupère aussitôt une carte en papier, avec un code barre et numéro dans le but de bénéficier à sa prochaine visite de 50 % de remise, puis de ne plus payer que 3 € pour un adulte ou 2 € si c'est un enfant pour toutes ses visites suivantes et ce pendant une année entière.
Comme vous l'avez vous-même constaté nous ne demandons strictement rien au visiteur : ni son nom, ni son sexe, ni son âge, ni ses coordonnées.Nous voulons seulement laisser la possibilité à ce visiteur anonyme de nous prouver, s'il le désire, qu'il est déjà venu à l'Aquarium du Grand Lyon à telle date.
Il est le seul à pouvoir le faire car il faut lors d'une revisite que la carte ou son numéro soit présenté simultanément avec le doigt qui a été posé sur le capteur le jour de l'émission de cette carte.
Nous demandons au porteur de carte de noter son numéro de code barre car sil perd sa carte notre logiciel ne nous permet pas de retrouver trace de son passage.
Vos explications, pour lyriques qu'elles puissent parfois se montrer, ne me
convainquent nullement, pour une raison très simple:
Les aquariums, parcs zoologiques, musées... ainsi que les commerces et cartes
de réduction et de fidélité ne sont pas, c'est le moins qu'on puisse dire,
une invention récente.
Ainsi, la problématique que vous évoquez n'est-elle pas nouvelle.
Pour autant, la solution technique éminemment intrusive que vous lui apportez
est, elle, parfaitement nouvelle, et son bien-fondé est entièrement
discutable.
L'essentiel de votre argumentaire peut se résumer en quelques mots: Vous utilisez un système automatique reposant sur le contrôle d'empreintes digitales pour éviter les fraudes à la carte de réduction, et pour obtenir un contrôle rapide.
Je me permets de vous faire remarquer que je n'ai, personnellement, jamais
entendu parler d'un aquarium, musée ou commerce, qui aurait été réduit à la
faillite du fait de fraudes à la carte de réduction, aussi le bien-fondé du
recours à une méthode aussi intrusive me paraît hautement discutable,
l'intrusivité de la technique mise en oeuvre me semblant hors de proportion
avec les _réels_ besoins de sécurité, quand bien même ceux-ci seraient
fantasmatiquement exagérés.
Il ne s'agit tout de même pas ici de contrôler l'accès à la salle des coffres
de la Banque de France, ni à un hangar d'armes nucléaires...
Pour ce qui est de la rapidité du contrôle, le fait de devoir "saisir noms et
coordonnées" est votre propre suggestion, et je n'ai jamais suggéré une chose
pareille. Pourquoi d'ailleurs vouloir "saisir" quoi que ce soit ?
L'informatique n'est pas la panacée, et il est de nombreux cas où y recourir
est inutile.
Vous pourriez très bien, par exemple, et à moindre frais, utiliser une carte
de fidélité avec photographie (il vous suffirait de placer une cabine
photo-maton au point de délivrance de votre carte) et qui soit parfaitement
anonyme ou ne comporte que nom et prénom.
La photographie n'aurait aucun besoin d'être informatisée, et figurerait
uniquement sur la carte en possession du titulaire.
Il vous suffirait d'apposer vous-même la photographie sur la carte en y
adjoignant au besoin un dispositif matériel anti-falsification (tampon,
empreinte en relief, pellicule auto-collante dotée d'un motif ou d'un
filigrane, etc.) pour obtenir une carte suffisamment sûre pour répondre à vos
besoins.
L'établissement d'une telle carte prendrait moins d'une minute à votre
hôtesse, dès lors qu'on lui fournirait la photo.
A la caisse d'entrée, un simple coup d'oeil de l'hôtesse à la photo et au
titulaire permettrait un contrôle largement suffisant pour cette application,
et aussi rapide qu'un contrôle informatisé d'empreinte digitale. Et
infiniment moins intrusif.
Autre avantage: un tel système ne serait pas susceptible de tomber en panne
;-)
Vous noterez que ces solutions sont vieilles comme Hérode, et n'ont rien de high-tech. Elles ont pendant des décennies fait la preuve de leur efficacité suffisante, pourquoi en irait-il différemment aujourd'hui, et pourquoi serait-il aujourd'hui soudainement nécessaire de mettre en place des systèmes informatisés considérablement plus intrusifs ?
Bien sûr, avec une telle carte, vous auriez peut-être quelques fraudes. Une ou deux fois par an, un fraudeur déterminé vous présenterait peut-être une carte "bricolée". Mais pensez-vous un seul instant que le taux de telles fraudes serait de nature à mettre votre activité ou vos résultats en péril en quoi que ce soit ?
Soyons sérieux. Vous utilisez aujourd'hui un tel système (et je ne pense pas que la majorité des autres aquariums, parcs zoologiques et musées français le fassent) parce que vous avez fait le _choix_ de ce système plutôt que d'un autre. Vous ne pouvez pas raisonnablement soutenir que ce choix était le seul possible ni qu'il corresponde à une nécessité.
Venant maintenant à vos questions :
1/ Concernant l'aspect technique :
L'empreinte qui est lue est transformée en une clé cryptée (3 DES 128 bits) Cette "clé biométrique" après décryptage ne peut être interprétée que par l'algorithme qui l'a créé.
C'est généralement ainsi que commence une description semi-technique qui peut
donner une impression erronée de sécurité.
Le chiffrement 3DES est un algorithme symétrique. Sa sécurité dépend
directement de la sécurité de conservation de la clé de chiffrement
correspondante.
Pour le fonctionnement de votre système, il est probable que cette clé de
chiffrement réside sur celui-ci, comme y réside bien évidemment l'agortithme
qui en permet le fonctionnement.
L'examen de votre système ou la possession d'une copie de sauvegarde faite sur
celui-ci permet donc très probablement de disposer de l'ensemble des éléments
nécessaires au déchiffrage.
Il est donc tout à fait illusoire de penser qu'un simple croisement avec les fichiers de police permettrait de relire une empreinte stockée dans le système de l'Aquarium du Grand Lyon.
Il faudrait pour qu'un tel croisement puisse avoir lieu de façon significative et avec un résultat que :
- les empreintes des fichiers de police aient été stockées avec le même algorithme que le nôtre, ce qui ne se fait pas aujourd'hui.
Non, il suffirait que les empreintes d'un fichier de police soient ré-encodées
avec votre algorithme.
On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve, et il importe de se montrer
prudent.
Un organisme public ou gouvernemental qui aurait autorité pour saisir une
copie de votre fichier d'empreintes aurait bien évidemment autorité pour
saisir simultanément une copie de votre logiciel et de vos clés de
chiffrement.
Il lui serait donc parfaitement possible d'utiliser votre propre algorithme
pour ré-encoder les empreintes figurant dans ses propres fichiers, et de
faire ensuite toutes les comparaisons et croisements qu'il souhaiterait.
- que les 2 bases soient relues ensuite avec le même algorithme. Et dans ce cas la police saurait qu'un individu dont elle connaît déjà l'identité est venu au moins une fois visiter notre établissement ce qui est strictement sans intérêt pour elle.
cf. supra.
Quant aux renseignements que l'organisme en question pourrait tirer de ce
croisement de fichiers, tout dépend de ce que votre système stocke, et qui
n'est pas clairement explicité ici.
Si, par exemple, votre système enregistre le nombre de visites effectué par
chaque "carte", et éventuellement leurs dates et heures, alors un tel
croisement fournirait toutes ces informations, qui ne sont pas nécessairement
"sans intérêt" comme vous l'affirmez.
Nous ne sommes pas dans un tel cas de figure ;
Notez que je ne dispose en l'occurence que de votre parole à ce propos. Je
suis tout disposé à vous croire, mais interrogez-vous un instant sur la
question suivante:
L'Aquarium du Grand Lyon traite l'ensemble de ses clients et visiteurs comme
des fraudeurs potentiels, en exigeant de leur part une prise d'empreinte
digitale pour leur fournir une carte de fidélité, afin d'éviter qu'ils ne
puissent utiliser cette carte à des fins frauduleuses.
Il s'agit, vous me l'accorderez, d'une marque évidente de défiance et de
soupçon de l'Aquarium du Grand Lyon envers sa clientèle.
Vous souhaiteriez, en retour, alors que vous ne fournissez aucune information claire et visible sur la manière dont ces données informatiques sont conservées, traitées et utilisées, que votre clientèle vous fasse confiance et vous croie sur parole.
Si vous traitez vos clients en supects et leur montrez votre défiance au premier chef, pour quelle raison, selon vous, vos clients devraient-ils vous faire confiance ?
Je ne mets pas en doute votre honorabilité, je vous demande simplement de réfléchir à cette question
2/ Concernant la CNIL :
La déclaration à faire à la CNIL (sur leur bordereau standard) concerne des fichiers nominatifs, ceci n'est pas notre cas, car on ne peut attacher une empreinte à un individu, n'ayant pas en cas de détournement de base de données (souci de la CNIL) la possibilité de trouver l'individu.
cf. supra. Il me semble que vous n'avez, jusqu'ici, pas fourni la preuve de ce que vous avancez.
Par ailleurs, s'agissant de données aussi sensibles que des données
biométriques (et heureusement encore très rarement utilisées), je ne suis pas
certain que ce cas de figure soit prévu dans le "bordereau standard" auquel
vous faites référence.
Il me semble que dans ce cas, plutôt que de vous contenter du "bordereau
standard", vous auriez été avisé de demander à la CNIL un avis préalable...
Il est donc difficile dans sa forme actuelle de faire cette déclaration. Je joins en fichier attaché, la première page du dossier de la CNIL / Le titre encadré y est éloquent :
« DECLARATION D'UN TRAITEMENT AUTOMATISE D'INFORMATIONS NOMINATIVES ». . Ci-après la définition du 'Larousse' : « Nominatif, ive adj. (du latin. nominare, appeler). Qui contient des noms : état nominatif des employés. //se dit d'un titre qui porte le nom du propriétaire (par opposition à titre au porteur) ».
Merci de cette définition. Toutefois, l'opinion exprimée par M. Thierry Jarlet, directeur de la communication de la CNIL, interrogé à ce propos par le journaliste de Transfert (voir http://www.transfert.net/a9009), est qu'il s'agit de données "indirectement nominatives", et que votre fichier "tombe donc sous le coup de la loi, et doit donc être rapidement mis en conformité".
Il semble donc que l'appréciation de la CNIL et la vôtre diffèrent notablement.
Je me permets quant à moi de vous faire les remarques suivantes:
Un nom n'est qu'une "étiquette" arbitraire, alors qu'une mesure biométrique
est une donnée directement issue de votre organisme (au sens biologique du
terme), et qui vous est irrémédiablement attachée.
Une donnée biométrique vous identifie donc de manière unique et permanente, et
est encore plus personnelle qu'un nom. Elle est intrinsèque à votre propre
corps.
En France, chaque individu possède un n° de sécurité sociale, qui n'est pas un nom, mais qui identifie un individu de manière unique. Pour éviter les abus et les croisements de fichiers, la loi a jugé utile de réglementer très strictement l'utilisation de ce n° de sécurité sociale dans les fichiers informatiques, comme vous le savez certainement.
Pourquoi alors estimeriez-vous que l'usage de données biométriques, encore plus personnelles qu'un nom ou un numéro de sécurité sociale, puisse être plus anodin, plus tolérable, ou moins réglementé ?
De surcroît, la CNIL estime qu'il existe une différence entre les mesures
biométriques "qui ne laissent pas de traces" dans la vie courante (image de
l'iris de l'oeil par exemple), et celles qui "laissent des traces" partout où
passe un individu, ce qui est le cas de l'empreinte digitale. Et la CNIL
estime que l'usage de ces dernières doit être encore plus strictement encadré
que celui des premières.
Or, vous utilisez justement dans votre système la mesure la plus typique de
celles qui "laissent des traces"...
(Je vous renvoie pour plus d'informations au rapport n° 938 au sujet de la biométrie, présenté devant l'Assemblée Nationale le 16 juin 2003, voir http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-oecst/i0938.asp )
Le fait que notre base ne soit pas nominative et soit attachée à une carte portée par l'individu revient aux solutions préconisées par la CNIL dans lesquelles l'empreinte est propriété de son porteur.
A condition seulement que les données calculées à partir de la mesure biométrique ne soient en aucun cas stockées sur un fichier informatisé, mais uniquement sur la carte en possession du porteur.
Affirmez-vous que c'est effectivement le cas pour votre système ?
Si un individu se présente avec sa carte, il se fait reconnaître, mais son identification reste impossible ! (Sauf à ce qu'il décline lui-même son identité).
Tant que votre base de données n'est pas croisée avec d'autres...
En ce qui concerne votre demande personnelle de tarif dégressif, l'adhésion à la Carte à Pouce repose sur une démarche purement volontaire du client : elle est une faculté offerte à nos visiteurs qui ont l'entière liberté de ne pas y souscrire.
Comment faire pour répondre favorablement à votre demande ? Vous êtes, en apparence, dans la même situation qu'un visiteur qui aurait perdu sa carte à pouce : nous sommes incapable de vous reconnaître.
Désormais vous avez quitté le circuit de visite.
Comment allez vous faire pour prouver que vous avez visité l'Aquarium le samedi 21 juin?
Même si vous avez des tickets,
Je les ai, en effet, conservés.
cela ne prouve pas votre visite personnelle.
Si vous avez payé par chèque ou carte de crédit, vous prouverez que vous êtes le payeur des droits d'entrée, mais notre offre ne s'adresse pas à eux mais aux visiteurs ce qui est fondamentalement différent.
Il faudrait des photos, des témoignages, et surtout notre bonne volonté pour vous croire.Vous avez beau vouloir vous identifier, chercher à vous faire reconnaître nominativement, à l'Aquarium du Grand Lyon, avec ou sans notre logiciel, vous êtes un visiteur inconnu nominativement.
Vous aurez certainement compris que ma démarche ne visait pas ici l'obtention d'un avantage personnel, mais qu'il s'agit d'une démarche citoyenne visant à permettre à toute personne ne souhaitant pas se soumettre à une prise d'empreintes digitales, d'obtenir de plein droit une carte de réduction si tel est son désir.
Toutefois, vos derniers paragraphes montrent avec tellement de clarté
l'étendue de votre <<bonne volonté>> et les soupçons de fraude que vous
entretenez à l'égard de vos clients et visiteurs, qu'ils se passent de
commentaires de ma part.
Les lecteurs de copies de ce message se feront sans difficulté leur opinion à
ce propos.
Mais encore une fois, si vous traitez vos clients et visiteurs avec une telle défiance, pour quelle raison imaginez-vous que ceux-ci devraient, en retour, vous faire confiance ?
Je vous renouvelle simplement ma demande: je souhaite obtenir des cartes de réduction, pour moi-même et les membres de ma famille qui ont visité l'Aquarium de Lyon le samedi 21 juin 2003, et je refuse que ni moi, ni aucun membre de ma famille, ne subissions de mesure biométrique pour obtenir ces cartes.
J'ajouterais que ce système remporte à l'Aquarium un réel succès et que sa popularité est prouvée par le retour de nos visiteurs enthousiasmés par cette innovation.
J'imagine sans peine l'enthousiasme de vos visiteurs ;-)
Le grand public est hélas très peu informé de ces questions, et des risques
toujours plus pesants que ces "innovations" font peser sur les libertés
fondamentales.
Le grand public est par ailleurs friand de gadgets futuristes, et je ne doute
pas que beaucoup de gens trouvent ce gadget amusant.
Le fait toutefois que votre système ne rencontre pas une opposition massive n'en justifie en rien l'usage, pas plus qu'il ne le rend légal ou qu'il ne remplace l'avis de la CNIL.
Mais il s'agit avant tout d'une question d'éthique et de citoyenneté: Dans quel monde voulons-nous vivre demain ?
En mettant en place un tel système dans le lieu où on l'attendrait le moins, un lieu à vocation culturelle, éducative et pédagogique, vous participez à l'engrenage qui risque d'entraîner toute notre société dans cette direction, vous habituez le public à ce genre de prises d'empreintes "innocentes", et vous justifiez par avance l'utilisation de systèmes analogues dans d'autres lieux et d'autres entreprises.
Est-ce là l'exercice pédagogique et d'éducation citoyenne que vous proposez à vos jeunes visiteurs, que de laisser leur empreinte digitale à la sortie, et de les habituer ainsi à la prise "anodine" de mesures biométriques sans que l'usage qui sera fait de telles mesures ne soit ni expliqué ni justifié ? Un allergologue appelerait plutôt cela un "traitement de désensibilisation", ne le croyez-vous pas ?
Si vous avez eu cette "excellente idée", gageons que vous ne serez pas les seuls, et que d'autres, demain, auront la même "bonne idée" que vous.
Le temps est proche, vous en êtes le meilleur exemple, où de tels systèmes se généraliseront si nul ne s'y oppose avec la plus grande fermeté.
Demain, vous laisserez votre empreinte digitale, ou le scan de votre iris, dans les grandes surfaces, les hôtels, les musées, et jusque chez l'épicier du coin de la rue.
En êtes-vous conscient ? Par votre action, vous poussez vous-même à la roue du carrosse.
Avez-vous vraiment envie que vous-même et vos propres enfants vivent dans un monde où ils ne pourront plus faire 200 mètres, entrer dans aucun lieu public, effectuer aucune transaction, sans être mesurés, numérisés, fichés, tracés ?
Qu'en sera-t-il alors de l'une des libertés publiques essentielles, celle d'aller et venir de manière libre et anonyme, sans être partout suivi à la trace ?
Cette question se pose à tous et à chacun, et par votre propre décision, vous lui apportez votre réponse, vous faites votre choix.
Je vous demande à nouveau de réfléchir à tout ceci de manière citoyenne et responsable, de mesurer les conséquences à moyen et long terme des choix que vous faites aujourd'hui, sur la société dans laquelle nos enfants seront appelés à vivre.
Et je vous demande à nouveau respectueusement de renoncer à l'usage de ce système, de le désactiver, et de détruire tous les fichiers d'empreintes que vous avez constitués par son utilisation.
Je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression de mes salutations distinguées.
Swâmi Petaramesh
Ceux qui sont prêts à échanger leurs libertés essentielles contre un peu de sécurité temporaire ne méritent ni liberté ni sécurité -- et n'obtiendront ni l'une, ni l'autre.
Benjamin Franklin
lundi 30 juin 2003
Par Petaramesh le lundi 30 juin 2003, 14:00
Développements et suites de cette affaire:
Le Président de l'Aquarium de Lyon me répond en m'adressant un long document Microsoft Word que je publie ici à sa propre demande, après l'avoir converti au format texte brut, bien évidemment sans y avoir changé un seul mot (car aucun document dans un format de fichier propriétaire ne sera publié sur ce site. Pourquoi ? Parce que).
Voici ce message in extenso :
A Swâmi Petaramesh
Réponse à votre courrier électronique du 21 juin 2003.
Sujet : La Carte à Pouce à l'Aquarium du Grand Lyon.
Monsieur,
En préambule, je vous remercie de bien vouloir faire suivre cette réponse aux
adresses qui correspondent à des listes de diffusion privées qui
n'acceptent de messages que de leurs abonnés auxquelles vous dites avoir
transmis votre mail nous concernant.
D'autre part, vous dites savoir que votre message a été retransmis par des
tiers sur d'autres listes de diffusion, ou forums de discussion, auxquels
vous affirmez ne pas participer et ne pas connaître les adresses. Pour
ces cas particuliers, je compte sur votre bonne volonté pour tout faire afin
que suive cette réponse.
Enfin comme vous me le proposez, je vous remercie de publier cette réponse
sur votre site Web.
Monsieur,
Tout d'abord la carte à pouce est une invention faite sur mesure pour les Aquariums. Elle ne correspond pas aux besoins des entreprises ou organismes publics ou privés qui souhaitent généralement savoir tout ou presque sur leurs clients ou usagers pour leur faire parvenir par tous moyens des informations ou des offres promotionnelles.
Dans les établissements à vocation culturelle et pédagogique que sont les Aquariums Français ouverts au public, l'immense majorité des visiteurs arrive par centaines voire par milliers, les mêmes jours aux mêmes heures, (jusqu'a 850 personnes par heure et plus de 7500 par jour durant les week- end pluvieux). En conséquence ils se heurtent souvent à de longues files d'attente. Vouloir saisir leurs noms et coordonnées créerait des conditions d'inconfort inacceptables.
Pourtant beaucoup de nos visiteurs savent que la nature améliore le
spectacle dans nos bacs tout au long des saisons et que les plantes, coraux
et animaux y grandissent et y changent de couleur. En conséquence ils
aimeraient revenir plusieurs fois dans l'année pour profiter du spectacle de
cette évolution mais ils ne veulent pas payer le même prix pour une re-
visite.
Pour répondre à cette demande il semblait exister une solution : « La carte
de fidélité ».
Mais il nous faut impérativement nous assurer que la remise accordée
concerne une re-visite ; sans cela nous allons économiquement mettre en
danger l'existence de notre musée.
Il faut donc que cette carte de fidélité soit personnelle, infalsifiable et
incessible tout en respectant le cadre de la loi.
Or la solution de la carte de fidélité avec photo nom prénom etc. est lourde à mettre en place, difficile à gérer et indiscrète. Pour ces raisons et celle du facteur temps exposée ci avant, elle ne répond pas aux désirs du public des Aquariums.
Nous réfléchissions depuis des années sur le sujet jusqu'en 2002 où la carte à pouce a été inventée.
Il s'agit d'une réelle innovation qui permet à un inconnu de se faire reconnaître sans pour autant se laisser identifier.
La Carte est en libre accès, disponible uniquement à l'intérieur du circuit
de visite.
Son principe de fonctionnement est très simple :
Le visiteur, s'il le désire, pose un de ses doigts, (le pouce n'est pas une
obligation), sur un capteur et récupère aussitôt une carte en papier, avec un
code barre et numéro dans le but de bénéficier à sa prochaine visite de
50 % de remise, puis de ne plus payer que 3 € pour un adulte ou 2 € si
c'est un enfant pour toutes ses visites suivantes et ce pendant une année
entière.
Comme vous l'avez vous-même constaté nous ne demandons strictement rien au
visiteur : ni son nom, ni son sexe, ni son âge, ni ses coordonnées.
Nous voulons seulement laisser la possibilité à ce visiteur anonyme de nous prouver, s'il le désire, qu'il est déjà venu à l'Aquarium du Grand Lyon à telle date.
Il est le seul à pouvoir le faire car il faut lors d'une revisite que la
carte ou son numéro soit présenté simultanément avec le doigt qui a été posé
sur le capteur le jour de l'émission de cette carte.
Nous demandons au porteur de carte de noter son numéro de code barre car sil
perd sa carte notre logiciel ne nous permet pas de retrouver trace de son
passage.
.
Venant maintenant à vos questions :
1/ Concernant l'aspect technique :
L'empreinte qui est lue est transformée en une clé cryptée (3 DES 128 bits)
Cette "clé biométrique" après décryptage ne peut être interprétée que par
l'algorithme qui l'a créé.
Il est donc tout à fait illusoire de penser qu'un simple croisement avec les
fichiers de police permettrait de relire une empreinte stockée dans le
système de l'Aquarium du Grand Lyon.
Il faudrait pour qu'un tel croisement puisse avoir lieu de façon
significative et avec un résultat que :
- les empreintes des fichiers de police aient été stockées avec le même
algorithme que le nôtre, ce qui ne se fait pas aujourd'hui.
- que les 2 bases soient relues ensuite avec le même algorithme.
Et dans ce cas la police saurait qu'un individu dont elle connaît déjà
l'identité est venu au moins une fois visiter notre établissement ce qui est
strictement sans intérêt pour elle.
Nous ne sommes pas dans un tel cas de figure ;
2/ Concernant la CNIL :
La déclaration à faire à la CNIL (sur leur bordereau standard) concerne des
fichiers nominatifs, ceci n'est pas notre cas, car on ne peut attacher une
empreinte à un individu, n'ayant pas en cas de détournement de base de
données (souci de la CNIL) la possibilité de trouver l'individu.
Il est donc difficile dans sa forme actuelle de faire cette déclaration.
Je joins en fichier attaché, la première page du dossier de la CNIL / Le
titre encadré y est éloquent :
« DECLARATION D'UN TRAITEMENT AUTOMATISE D'INFORMATIONS NOMINATIVES ».
.
Ci-après la définition du 'Larousse' : « Nominatif, ive adj. (du latin.
nominare, appeler). Qui contient des noms : état nominatif des employés.
//se dit d'un titre qui porte le nom du propriétaire (par opposition à titre
au porteur) ».
Le fait que notre base ne soit pas nominative et soit attachée à une carte
portée par l'individu revient aux solutions préconisées par la CNIL dans
lesquelles l'empreinte est propriété de son porteur.
Si un individu se présente avec sa carte, il se fait reconnaître, mais son
identification reste impossible ! (Sauf à ce qu'il décline lui-même son
identité).
En ce qui concerne votre demande personnelle de tarif dégressif, l'adhésion
à la Carte à Pouce repose sur une démarche purement volontaire du client :
elle est une faculté offerte à nos visiteurs qui ont l'entière liberté de ne
pas y souscrire.
Comment faire pour répondre favorablement à votre demande ?
Vous êtes, en apparence, dans la même situation qu'un visiteur qui aurait
perdu sa carte à pouce : nous sommes incapable de vous reconnaître.
Désormais vous avez quitté le circuit de visite.
Comment allez vous faire pour prouver que vous avez visité l'Aquarium le
samedi 21 juin?
Même si vous avez des tickets, cela ne prouve pas votre visite personnelle.
Si vous avez payé par chèque ou carte de crédit, vous prouverez que vous
êtes le payeur des droits d'entrée, mais notre offre ne s'adresse pas à eux
mais aux visiteurs ce qui est fondamentalement différent.
Il faudrait des photos, des témoignages, et surtout notre bonne volonté
pour vous croire.
Vous avez beau vouloir vous identifier, chercher à vous faire reconnaître nominativement, à l'Aquarium du Grand Lyon, avec ou sans notre logiciel, vous êtes un visiteur inconnu nominativement.
J'ajouterais que ce système remporte à l'Aquarium un réel succès et que sa popularité est prouvée par le retour de nos visiteurs enthousiasmés par cette innovation.
Nous avons essayé de répondre avec la plus grande transparence à vos questions. Pour notre part, respectueux des lois, et attachés aux libertés, nous gardons espoir que la créativité française puisse continuer à s'épanouir en équilibre avec nos droits et pour le plaisir de chacun.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'expression de mes salutations distinguées.
Maurice Chichportiche
Président de l'Aquarium du Grand Lyon.
lundi 23 juin 2003
Par Petaramesh le lundi 23 juin 2003, 14:00
La collecte irrégulière de données biométriques à l'Aquarium de Lyon, confirmée par la C.N.I.L., fait l'objet d'un article dans transfert.net, à la suite d'un e-mail que j'ai adressé au directeur de cet aquarium et par lequel je crie Pouce ! On ne joue plus...
Voici in extenso le contenu de cet e-mail:
From: Swâmi Petaramesh
Organization: Secte des Adorateurs de Cela
Subject: Collecte abusive de données biométriques à l'Aquarium de Lyon
Date: Sun, 22 Jun 2003 15:49:01 +0200
User-Agent: KMail/1.4.3
To: contact @AT@ aquariumlyon.fr
A L'ATTENTION DE M. LE DIRECTEUR DE L'AQUARIUM DE LYON
=================================================
COPIES:
- M. Gérard Collomb, Maire de Lyon
- Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL)
- Liste de diffusion des Big Brothers Awards France
- Liste de diffusion de la Fédération Informatique et Libertés (FIL)
- Collectif "Souriez, vous êtes filmé !" (SVEF)
- Section du Rhône de l'Union Fédérale des Consommateurs (UFC69)
- Rédaction de "Le Progrès de Lyon"
- Rédaction de FR3 Rhône-Alpes
- Rédaction de Libération
- Rédaction de "Le Monde"
Monsieur le Directeur,
J'ai visité samedi 21 juin l'Aquarium de Lyon ( http://www.aquariumlyon.fr ), accompagné de ma famille.
Dès le début de la visite, des pannonceaux régulièrement répartis vantent les mérites d'une carte de fidélité gratuite accordée à vos visiteurs, et qui leur permet de bénéficier de 50% de réduction à partir de la deuxième visite, et de réductions plus importantes encore pour les visites ultérieures.
Cette carte est étrangement dénommée "Carte à Pouce", et je n'ai compris le bien-fondé de cette dénomination qu'en fin de visite, lorsque j'en ai fait la demande.
En effet, pour me délivrer cette simple carte de fidélité, l'hôtesse m'a demandé de bien vouloir APPOSER MON POUCE SUR UN LECTEUR INFORMATISÉ D'EMPREINTE DIGITALE, lecteur visiblement connecté à son ordinateur.
J'ai bien évidemment refusé une telle prise d'empreinte, pour moi comme pour ma famille, et l'hôtesse m'a informé que cette carte ne pouvait être obtenue sans cette "innocente formalité", en m'assurant toutefois pour tenter (sans succès) de me convaincre, que cette carte était "anonyme".
Je ne considère toutefois pas une prise d'empreinte digitale comme une "innocente formalité", encore moins "anonyme", mais bien au contraire comme l'enregistrement d'une donnée biométrique éminemment personnelle et sensible.
Je souhaiterais savoir par quel motif vous justifiez la collecte d'une telle donnée biométrique pour la délivrance d'une simple carte de réduction.
J'exige que vous m'indiquiez par retour si ce traitement informatique de données personnelles à été déclaré à la Commision Nationale Informatique et Libertés (C.N.I.L.) conformément à la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, et sous quel numéro de déclaration.
J'exige également que vous me fassiez connaître l'usage exact qui est fait des données biométriques ainsi collectées, leur durée de conservation, et la nature des précautions qui sont prises pour protéger la confidentialité de ces données.
Si ce traitement informatique de données personnelles n'a pas été déclaré à la C.N.I.L., sachez qu'il s'agit d'un délit à propos duquel je me réserve le droit de saisir la C.N.I.L. ainsi que M. Le Procureur de la République.
Par les temps qui courent, où les moyens technologiques tendent à réduire comme peau de chagrin la sphère privée des individus en se montrant chaque jour plus intrusifs, et où les moyens de traçage et de surveillance deviennent de plus en plus ubiquitaires, la banalisation de l'usage de tels outils constitue un risque très important pour les libertés publiques, et il importe de se montrer particulièrement attentif quant à l'usage qui est fait de tels moyens, et à en limiter l'usage aux cas où il peut être légitimement considéré comme absolument nécessaire, et dans un cadre légal strict.
Pour cette raison, je vous demande de bien vouloir mettre fin immédiatement à l'usage de ce système dans votre aquarium, et à détruire sans délai tous les fichiers informatiques que vous avez pu constituer en utilisant ce système.
Par ailleurs, le fait que j'aie très légitimement refusé cette prise d'empreinte pour moi et pour ma famille ne saurait constituer à mes yeux une raison valable de refuser de nous fournir la carte de réduction à laquelle ont droit tous vos visiteurs.
Je vous demande donc de bien vouloir me faire parvenir par retour une carte ouvrant droit à une réduction équivalente, sans qu'il soit nécessaire que ni moi, ni aucun membre de ma famille, ne fournissions la moindre empreinte digitale.
Dans cette attente,
Recevez, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.
Swâmi Petaramesh
Article 12: Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme
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