Ashram de Swâmi Petaramesh

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vendredi 3 juillet 2009

Petit lexique des calamités usuelles

On tombe malade.
On tombe en panne.
On tombe en ruine.
On tombe en morceaux.
On tombe raide.
On tombe amoureux.
On tombe de fatigue.
On tombe enceinte.
On tombe dans les pommes.
On tombe de cheval.
On tombe en vrille.
On tombe de haut...

Dans cette énumération de locutions basées sur le verbe tomber, deux erreurs - ou pas - se sont glissées.

Étonnant, non ?

Contrairement à ce que d'aucun-e-s pourraient penser, je suis un être foncièrement optimiste, bien que pleinement conscient de la définition du pessimiste : Un optimiste qui a de l'expérience ;-)

Dans ton cul la taxe carbone

Hier soir, j'ai vu un crâne d'oeuf gouverne-mental au J.T. de la 3 nous expliquer que pour nous faire du bien, on allait encore nous faire du mal : nous mitonner une bonne petite taxe carbone pour nous sensibiliser aux bienfaits de l'écologie.

Et que à charge fiscale égale, ça allait inciter les gros méchants gaspilleurs à faire des économies.

Par exemple des économies de gaz et d'électricité de chauffage en remplaçant ses appareils par des moins gourmands plus mieux modernes.

Ah ça, c'est très bien pour la France des propriétaires, je suppose, mais Ma Sainteté n'est qu'un pauvre con de locataire...

Et les locataires, c'est sûr que les braves gars ils vont investir dans des systèmes de chauffage qui sont selon le bail à la charge du proprio !

Il y a encore 6 mois, j'étais un pauvre con de locataire dans le parc de logements privé, dans un immeuble récent bien isolé chauffé au gaz, même que ça ne nous coûtait pas des masses bien que le gaz ait augmenté ces dernières années à la vitesse de la marée dans la baie du Mont Saint-Michel.

Mais depuis le début de l'année, je suis un pauvre con de locataire divorcé, et j'habite désormais dans une belle merde classée "logement social". Logement social, ça veut dire que c'est un peu moins cher, mais beaucoup plus moche et considérablement moins bien entretenu qu'un logement normal. Ça veut aussi dire que je viens de recevoir une enquête de revenus transmise par mon bailleur pour le compte du Sinistère du Logement, enquête qui me demande de fournir tous les éléments de revenus, copie d'avis d'imposition, et également copie de mon jugement de divorce pour justifier que mes revenus de cette année puissent être sensiblement différents de ma base d'imposition de l'année dernière. et que si jamais je ne réponds pas, je me mange une amende tous les mois jusqu'à ce que j'aie répondu.

Le logement social, c'est bon, mangez-en !

Quand j'ai emménagé, tous les convecteurs électriques de ce beau F3 étaient foutus et avaient été débranchés électriquement depuis des années par le précédent locataire. Donc l'organisme me les a changés sans barguigner... Par les grille-pains les moins chers et les plus voraces énergétiquement du marché !

Comme j'ai râlé et dit que, quitte à me les changer, ils auraient pu me mettre des trucs potables, on m'a benoîtement répondu que C'est du locatif, et pour du locatif, on met le moins cher, on est juste tenus de vous fournir un chauffage aux normes et qui marche. Et tiens-le toi pour dit mon con !

Après j'ai reçu la visite du type qui fait le "bilan énergétique obligatoire" et qui m'a envoyé par la suite le bilan en question.

Bilan que j'ai reçu après ma première facture EDF de 260 Euros pour 2 mois de vie hivernale où je m'étais pelé les couilles avec à peine 18° dans l'appart'.

Donc je n'ai pas été surpris de voir que le bilan énergétique m'apprenait que mon appart était classé "F" sur une échelle d'économies qui va de "A" à "G", enfin, je ne suis pas certain de mémoire de la dernière lettre, ce dont je suis certain c'est d'être perché sur l'avant-dernier barreau du gaspillage crasse.

Je me suis donc gelé les couilles par 18° durant 4 mois cet hiver, pour 130 Euros de chauffage par mois, avec des convecteurs neufs.

Mais courant février, j'ai pleuré quand je suis allé faire l'état des lieux de mon ancien appart, inoccupé et sans chauffage depuis 2 mois 1/2, mais dont je payais toujours le loyer (préavis ! Les proprios sont pas pressés de relouer !) et que j'ai pu constater qu'après 2 mois 1/2 sans chauffage du tout, il y faisait toujours 19° dans le salon :-(

Dans mon nouvel appart en hiver, tu coupes le chauffage 4 heures, t'as 15° :-((

Vouais, la taxe carbone, je la sens arriver tout droit dans mon cul et dans celui des pas-plus-riches-que-moi...

Après, hier soir, le crâne d'oeuf gouverne-mental du journal de la 3, il nous a encore tout bien expliqué qu'avec la taxe carbone, les gens ils allaient économiser en achetant des voitures-neuves-qui-consomment pas.

C'est sûr, mon gars, après avoir payé l'EDF pour le chauffage, c'est pas demain la veille que je risque de remplacer mon Scénic 10 ans d'âge par une voiture neuve qui consomme pas...

C'est bien ces taxes pour les cons-de-pauvres-qui-gaspillent parce qu'ils ne maîtrisent absolument pas leurs conditions de chauffages et ne peuvent pas se payer la charrette neuve qui va bien... C'est sûr, on fait le choix de gaspiller parce qu'on préfère consommer plus pour payer plus !

Ah pis sinon, le crâne d'oeuf, il nous a aussi tout bien expliqué qu'ils allaient faire vachement gaffe, le gouvernement, à ce que leur taxe sublime n'aille surtout pas risquer de pénaliser les entreprises et surtout pas le transport routier qui est si amical pour le réchauffement climatique et qui ne gaspille pas du tout.

Mais eux, faut dire, quand ils sont pas contents, ils te bloquent les routes que ça te fait tout de suite un méga-boxon et la Une du 20 heures...

Le McDo du coin augmente ses prix de 14,1%

Ouais, je sais, je sais, ami-e-s bovistes et disciples écolos, je ne devrais pas y aller, la honte est sur moi, je me couvre la tête de cendres et me roule dans le pipi de chat !

N'empêche. J'y vais quand même, parce que je suis un être profondément malsain, et qu'en plus je bouffe bien ce que je veux, non mais. Et puis y'a le Wi-Fi ;-)

Et j'ai remarqué qu'hier, ben les prix étaient à la caisse au centime près les mêmes que la semaine d'avant. Pas bougée d'un millipoil la ponction dans mon escarcelle.

Alors, ce que je ne fais jamais d'habitude, j'ai regardé le ticket de caisse, pour une fois.

Et en bas y'avait bien marqué T.V.A. 5,5% montant X.

Ben ouais, du jour au lendemain la T.V.A. restauration est tombée de 19,6 à 5,5%. Et le prix TTC du McDo est d'une totale stabilité. Conclusion, le McDo d'à côté a augmenté ses prix (conso sur place) de 14,1% dans la nuit.

Si au moins c'était pour aller gonfler de 14,1% le bulletin de salaire de leurs esclaves, je ne barguignerais certes pas. Mais j'ai pour ainsi dire comme de sérieux doutes...

Quignon de pain

Un enfant mendie. Ils sont plusieurs, 3 ou 4 sur cette ligne, à se relayer seul ou par deux, toujours entre les mêmes stations.

Celui-ci est entré dans le wagon en croisant les contrôleurs qui sortaient, et qui l'ont laissé passer. Ils le connaîssent probablement.

Je ne donne jamais rien, si ce n'est un sourire, à ces enfants qui mendient, ne pas filer de prime aux parents-proxénètes qui utilisent leurs gosses comme source de revenus et leur apprennent à mendier avant de savoir correctement parler. Quel début de parcours pour une vie...

Il a un petit accordéon, un accordéon jouet. Il monte et descend la gamme en parcourant le métro. Il vient voir chaque passager, et, comme je lui donne un sourire, il se montre insistant. Mais non, pas d'argent.

Je le suis des yeux. Arrivé au bout du wagon, une femme assise, une baguette de pain sur les genoux. Elle en arrache un large morceau qu'elle tend à l'enfant. Il se retourne et se met à croquer dedans à belles dents avec l'oeil qui brille.

Quelle bonne idée me dis-je. Je suis content.

La femme n'a pas remarqué que je l'observais. À peine l'enfant s'est-il détourné que je vois un rictus méprisant prendre possession de son visage.

J'ai pendant un instant l'immense envie de gifler cette sombre conne.

Cataclysme

Au premier regard, tu sais déjà. Elle sait déjà. Un savoir absolu.

Ça se fait en une fraction de dix-millième de seconde, un temps encore inférieur à celui qu'il faut à l'influx nerveux pour parvenir de ta rétine à ton cortex visuel, aux phéromones pour être décodées.

Vous êtes en présence l'un de l'autre. Voilà, c'est tout, c'est fait. La suite est aussi inévitable que si tu avais rencontré la plaque de verglas dans la descente, à l'entrée du virage.

Bien sûr, tu n'as pas encore consciemment réalisé. Ton esprit a juste reçu un message d'urgence : Situation anormale : tout est parfait. Je suis exactement à ma place. mais tu n'en as encore compris ni les tenants ni les aboutissants. Tu acceptes cette anormale perfection sans la comprendre.

Tu comprends d'autant moins que tu n'avais rien prévu de tel, rien envisagé de tel, et que comprendre en cet instant est simplement hors de portée de tes capacités de raisonnement logique. parce que tu ne disposes d'aucun élément logique, pas du moindre indicateur matériel, pas du plus petit grain à moudre pour la machine rationnelle. Et quand bien même, tout cela irait radicalement à l'encontre de ce que tu connais de ta vie actuelle, de tes projets, de tes engagements, de celle avec qui tu partages déjà une histoire. En ce premier instant tu sais entièrement, mais tu ne sais rien du tout.

Tout est déjà arrivé, et il ne s'est absolument rien passé.

Au premier moment où vous retrouvez seuls ensemble - moment que tu as recherché en le sachant et en ne le sachant pas, et qui est bien entendu arrivé, qu'importe la raison - ton esprit rationnel est envahi de messages d'anomalies :

C'est étrange ma voix... Qu'est-ce qu'elle a ? Pourquoi est-ce que je parle avec une voix si douce ?

J'arrive plus à me concentrer... Qu'est-ce que je suis en train de raconter depuis 5 minutes ? Merde, je sais plus... Et elle disait quoi ? Je sais plus non plus...

C'est normal le yoyo dans ma gorge ?

Euh c'est bizarre... Je me sens dans la peau d'un adolescent raide mort d'amour.

Euh c'est bizarre... Je sais qu'elle est exactement dans le même état.

Euh c'est bizarre... On a beau parler de vraiment n'importe quoi, on parle en fait de toute autre chose.

J'ai toujours été là, ici, maintenant, avec elle.

Bien sûr ton esprit rationnel ne sait absolument pas quoi faire de ça. Parce que tu n'as jamais pris aucune décision, encore moins celle de draguer, de tenter une approche, tu ne l'aurais pas fait de toute manière : tu n'étais pas venu pour ça, et puis tu es avec quelqu'une d'autre, quelqu'une que tu aimes et respectes, à qui tu n'irais pas volontairement faire un coup tordu, vraiment tordu compte tenu du contexte. Tu n'as même pas eu le temps de regarder cette femme et de te demander si elle te plaisait, d'ailleurs. Tu ne l'as pas regardée, tu l'as vue. Tu n'as pris aucune décision, fait aucun choix, entamé aucune action. Pas eu le temps de réfléchir ni de te poser aucune question. Simplement, c'est là. C'est comme ça. Tu le vois. Les questions tu commences à te les poser, en décalage, a posteriori. Et encore, tu ne te les poses pas vraiment, puisque ton esprit rationnel ne parvient pas vraiment à intégrer ce qui s'est produit. Donc une partie te dit Hoho ! Du calme mon vieux ! Faut juste que t'arrêtes la tisane, l'hallucination passera d'elle-même, c'est l'effet de l'altitude, le manque d'oxygène tout ça... Ou alors y'a trop d'oxygène, enfin c'est pas grave, y'a rien à résoudre puisqu'il ne se passe rien, hein...?

Bon, tu te dis ça comme ça, y'a deux ou trois parties dans ton esprit, ou douze. Toute une conversation intérieure genre Vous êtes pas gênés par le bruit dans ma tête ? et la conversation fait :

Holàlàlàlà ! T'as vu ce qui est arrivé ? Je le crois pas !
Ben ouais. Coup de foudre mon vieux. T'es foutu, y'a plus rien à faire.
Woooooaoow ! Bonheur intense, perfection !
Faut juste que t'arrêtes la tisane, tu t'imagines des trucs qu'existent pas, ça s'arrange pas la tête, hein !
Je ne croyais plus que ça puisse être possible... Comme ça, boum ! Pire que dans les films...
Ben non, justement, c'est pas possible, mais comme il ne s'est rien produit sinon que faut que t'arrêtes la tisane...
Ça tombe bien s'il ne s'est rien produit, parce que je ne vois vraiment pas comment j'aurais pu gérer une situation pareille...
Rappelle-toi quand même que t'as pas 15 ans, mais 45...
Merci de l'info, j'avais failli oublier. Enfoiré.
Ouais, et puis ça serait immensément salaud... Et puis je ne peux pas lui faire ça. Et je ne veux pas.
Ça tombe quand même bien qu'il ne soit rien arrivé, alors !
Oui. La tisane, demain, j'arrête.
T'es vraiment trop con de ne pas voir ce qui te crève les yeux. Tu vois bien que c'est arrivé. Juste ça.
Ben non puisque c'est pas possible, hein ?
C'est possible, puisque c'est. Tu le sais bien.
Ben oui, mais non !
Tu es intérieurement en total accord avec ce qui se produit. Ne dis pas le contraire
...
Et elle aussi.
Comment peux-tu le savoir ?
Je le sais.
Bon euh écoute t'es bien gentil, mais ça va pas être possible tout ça. alors tu me lâches un peu avec tes histoires à la Barbara Cartland, laisse tomber, arrête de fumer la moquette et ça ira mieux.
Mais...
Tu as idée de la pluie d'emmerdements qui va te tomber sur le coin de la gueule ?
Oui.
Et de ce que tu t'apprêtes à faire ?
Oui.
De toute manière les coups de foudre ça n'existe pas. C'est juste des projections à la con. Et puis tu te souviens de comment ça s'est fini la dernière fois que ça t'a fait un truc vaguement approchant mais en 10 fois moins fort ? Et le nombre d'années qu'il t'a fallu pour t'en remettre ?
Ben oui, mais...
Mais rien.
Mais tu ressens bien ce que tu ressens. et ça ne peut pas être une erreur.
Si ça peut. Même que ça ne peut pas ne pas être une erreur.
Mais...
Oh ta gueule ! En plus y'a les autres qui m'attendent.
Une bière me fera du bien.
Deux... Au moins.

Après, vous êtes restés un ou deux jours en vous croisant à peine. Mais tu ne peux pas t'empêcher de la bouffer des yeux.

Le dernier matin, il fallait que tu la voies un peu plus longtemps, seuls. Alors vous avez parlé 10 minutes de la météo en regardant plus ou moins vos godasses.

Quand tu lui as dit au revoir, vous vous êtes embrassés. Vous vous êtes serrés l'un contre l'autre infiniment plus fort qu'un au-revoir amical ne l'aurait nécessité. Tu as senti contre toi la chaleur de son corps, tu l'as sentie se serrer contre toi. Tu as senti vos corps s'emboîter si naturellement. Tu as senti cette boule de chaleur prendre naissance dans vos ventres et vos poitrines et vous traverser, se mélanger. Elle l'a senti, aussi. Ça a bien du durer 6 secondes...

Après tu es parti.

Tu as laissé les choses se tasser plusieurs jours. Arrêter la tisane. Redescendre des rêves insensés. Des choses qui n'ont pas leur place dans ton existence, dans ta vraie vie d'ici et maintenant qui est ailleurs, et où il y a une autre.

Mais ça n'a pas passé. Le dialogue intérieur a repris.

Tu veux la revoir.
Oui. Elle le veut aussi.
Tu sais ce qui va se passer ?
Oui. Je le sais très exactement
Je la désire.
Elle aussi.
J'ai besoin d'elle.
Elle aussi.
Tu vas lui dire ?
Oui. Quoi d'autre ?
Tu vas lui dire tout ça, comme ça ?
Bien sûr comme ça. Puisqu'elle le sait. Et qu'elle aussi.
Comment peux-tu le savoir ?
Je ne peux pas, mais je le sais.

La première fois que vous avez fait l'amour ensemble, ce n'était pas la première fois. C'était juste la première fois depuis des siècles.

Mais vous aviez fini par vous retrouver. Comme toujours.

Ça avait été long, des siècles.