Ashram de Swâmi Petaramesh

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jeudi 26 juin 2008

Transparence panoptique gogoléenne

Je reçus en effet un e-mail d'une jeune personne que je ne connaîssois ni des lèvres ni des dents, et ce p'tit mail fit germer dans mon cerveau dérangé la légitime question Mais qui donc cela est-ce-t-il ?

Je n'avais comme point de départ qu'une adresse e-mail faisant état d'un nom et d'un prénom, même pas d'adresse IP d'origine, le mail venant d'un célèbre webmail ne laissant pas apparaître ce genre d'information dans les headers, et la sensation diffuse liée au contexte et au contenu du mail que la personne en question devait être assez jeune et probablement forte utilisatrice d'Internet.

C'est maigre, me direz-vous.

Le nom et le prénom n'étaient pas d'aspect excessivement rares, mais leur combinaison me donnait à penser que cette personne ne devait probablement pas avoir des milliers d'homonymes.

Je tentai donc un p'tit coup de Gougoule, et en quelques secondes, la moisson fut très riche.

Gougoule connaissait en effet très bien la personne en question, et me furent aussitôt proposés une tétrapotée de liens : copainsdavant, reseau.journaldunet, mymajorcompany, farcebook, newdealcasting , plus un lien cassé vers une page perso chez Free n'existant visiblement plus. Ne manquait à l'appel que Myspaces et la main aurait été pleine.

Quelques clics et 40 secondes plus tard, j'avais confirmation que toutes ces pages se rapportaient bien à la même personne qui n'avait donc pas dans la gougouléenne mémoire d'homonyme connue, ou en tout cas pas dans les premières pages de résultats.

Au bout de 5 minutes, j'avais en plus du prénom et du nom une série de photos, la ville, la liste des établissement scolaires fréquentés avec les années, deux vidéos faisant apparaître la cible dont une avec des membres de sa famille et amis, des images intérieures et extérieures de son lieu de résidence, ses centres d'intérêt, ses activités, ses recherches en matière professionnelle et un C.V. complet, ainsi qu'une nébuleuse de liens vers tout son réseau relationnel qui aurait certainement pu m'en apprendre davantage si je les avais suivis.

Le lien cassé vers une page perso n'existant apparemment plus chez Free m'invita à quelques recherches supplémentaires, qui me prirent environ 30 secondes pour tomber sur l'URL d'une page perso de la même, existant toujours, mais visiblement plus ou moins à l'abandon (récent).

Un saut sur cette page me montra aussitôt, sans rien faire de particulier, la liste complète des répertoires, sous-répertoires et fichiers qu'elle contenait : la page n'ayant pas d'index.html valide, le serveur affichait benoîtement la liste complète des documents stockés, tout ceci étant bien évidemment d'accès public, volontairement installé sur un serveur web public et sans protection par l'ombre du moindre mot de passe, il n'y a évidemment aucun délit ni aucune manipulation répréhensible à consulter ce qui est public. Le rapide examen du contenu m'apporta des textes personnels, d'autres séries de photos, l'intégrale des histoires sentimentales présentes et passées, deux blogs mal installés et ne fonctionnant pas, mais avec libre accès direct à l'ensemble de leur contenu hors base de données.

Plus quelques sous-répertoires contenant des sites visiblement hébergés (ou prototypés ?) pour d'autres membres de sa famille et amis et contenant sur chacun d'eux une quantité moindre, mais notable, d'informations très personnelles.

En une petite dizaine de minutes, j'avais obtenu une quantité considérable d'informations personnelles sur une personne parfaitement inconnue, informations qui, il y a 10 ans encore, auraient sans doute nécessité d'embaucher un détective privé pour une longue et onéreuse enquête. J'avais également une liste de pseudonymes différents qui, si j'avais poursuivi mes recherches sur cette base, m'auraient certainement permis de rassembler une moisson encore plus riche.

Tout cela à propos d'une jeune personne somme toute parfaitement banale comme il doit en exister des dizaines de milliers.

Je pensai évidemment aussitôt à tout ce qu'une personne mal intentionnée pourrait faire d'une telle mine d'informations, et ce genre de considération donne un peu le vertige.

Si l'on n'y prend pas garde et si l'on étale des données personnelles comme ça de site en site, un p'tit bout par-ci, un p'tit bout par là, on finit, sans doute par ignorance, par mettre la quasi-totalité de sa vie privée à disposition de toute personne équipée d'un accès Internet et d'un quart d'heure de temps.

Et c'est encore bien pire quand on confie toutes ces informations à une nébuleuse de sites de "réseaux sociaux" sur lesquels on n'a guère de contrôle, et d'où une éventuelle suppression future de ces données serait sans doute cauchemardesque à faire, si tant est que l'on se souvienne de tous les endroits où l'on a ainsi pu laisser traîner autant de bouts de soi.

On obtient avec ce genre de choses une forme d'auto-surveillance dont les R.G. auraient rêvé, chacun se surveille soi-même et publie tout ce qui pourrait un jour intéresser quelqu'un, ou personne... Le cauchemar de la transparence quasi-absolue.

Ce genre de considération est frappante quand on tient soi-même un blog, et que l'on sait pertinemment, même si on le fait sous pseudonyme, que l'on laisse transpirer jour après jour davantage de soi-même et de ses proches. Encore peut-on le faire avec les précautions nécessaires pour qu'il ne puisse pas y avoir de lien évident et direct entre ses nom/prénom de la vraie vie et l'accès à ses informations personnelles, que n'importe quoi ne traîne pas n'importe comment n'importe où, que tout ne soit pas directement accessible comme un livre ouvert. Et en prenant la précaution indispensable de ne jamais publier en aucune manière ce à quoi l'on ne voudrait pas qu'une personne mal intentionnée puisse un jour avoir accès.

Parce que l'oeil était sur le net, et regardait partout.

Perplexité bretellière matinale

Ce matin, sirotant mon café en face de mademoiselle Patâpatî, seul mon inconscient avait vaguement inconscience de quelque chose d'incongru, mais mon conscient n'en était pas conscient, aussi me contentais-je de vaguement regarder dans le flou mademoiselle Patâpatî avec l'air contemplatif de Marguerite au passage du Massy-Avignon de 7h15.

Ce n'est qu'à la sixième gorgée de café que mon inconscient informa mon conscient qu'il y avait quelque chose de légèrement bizarre, mais il fallut encore 3 gorgées de café supplémentaire avant que mon conscient comprît quoi : dépassant des deux côtés des bretelles du débardeur estival de mademoiselle Patâpatî, les deux jolies petites choses fines que j'avais là en face du nez à deux mètres étaient incontestablement des bretelles de soutif.