Les secrets du cerveau féminin. C'est ainsi que s'intitule l'ouvrage du Dr Louann Brizendine[1] que j'eus un instant entre les mains.
Une rapide diagonalisation de la 4 de couverture m'apprit qu'il était désormais scientificquement prouvé que le cerveau féminin diffère notablement d'un cerveau ordinaire, normal, quoi.
Ce ne fut pas pour moi une révélation transcendante, étant un homme marié (2 fois ![2]) ayant par ailleurs à de multiples reprises vécu en concubinage notoire : une telle évidence n'aurait en aucun cas pu m'échapper, pas davantage qu'un orage de grèle sur une tête nue par un joyeux matin d'avril, sans qu'il soit besoin de déranger pour cela Berkeley ou Harvard.
L'ouvrage prétendait cependant nous éclairer sur le fonctionnement de cet objet gordien mal identifié et sur ses multiples et déroutantes étrangetés. Je dois dire que la tentation illusoire de l'espoir de comprendre me tenailla légèrement sur les bords, et que je soupesai le volume un moment, le faisant passer méditativement d'une main dans l'autre, pris dans le vertige d'un de ces instants d'hésitation qui font tout le sel d'une existence humaine.
Mais je le reposai toutefois sur le présentoir, entre le dernier Musso et le dernier Gavalda, non loin d'une énième couverture à l'effigie de l'homme aux rats et des dernières facéties de Blade ou OSS 117 ou l'Exécuteur ou je ne sais qui, mais à la couverture nécessairement noire (aussi) et illustrée d'une blonde à gros seins, ce qui à tout prendre vaut quand même mieux qu'une infâme pelote de câbles Ethernet.
Car mon hésitation quant à l'achat de cet ouvrage s'était finalement rendue à la raison : on a beau savoir que ça ne marche pas, quand on est un homme marié (2 fois ![3]) on sait également très bien que comprendre pourquoi ça ne marche pas est définitivement hors de la portée de notre cerveau ordinaire et que la seule certitude scientifique que l'on puisse avoir à ce propos et qui ne soit pas entâchée d'une forme d'indétermination quantique est que, de toute manière, ça n'a aucune chance de tomber en marche, et cela quoi qu'on fasse. Pas la peine de claquer 20 Euros pour l'apprendre.
Ce constat posé dans un instant de sombre résignation lucide, je me dirigeai vers la sortie du pas flottant de celui qui vient d'avoir l'aperçu fugitif d'une dimension parallèle.
Post scriptum : J'ai cherché quelques instants du regard sur l'étalage un ouvrage jumeau Les secrets du cerveau masculin
, dans le vain espoir de pouvoir ainsi aider ma femme à comprendre. Las ! Je n'en ai pas trouvé. J'en ai conclu que, de deux choses l'une : soit (a) le cerveau masculin ne possède pas de secrets, soit (b) l'étude du cerveau masculin ramène au cas général de l'étude du cerveau normal.
Post-scriptum 2 : Finalement, je regrette de ne pas avoir acheté cet ouvrage, rien que pour le plaisir de l'offrir à Christine :-}










