C'est ainsi que Ma Sainteté a eu l'honneur d'être récemment qualifiée par une amie, en récompense de quelques heures de gelage de cahuètes convivial sur le froid pavé versaillais.
C'est un honneur dont il faut prendre la mesure et qui impose de s'en montrer digne !
Dans cette optique conduisant à l'action par la base et dans la plus sattvique humilité, j'ai donc hier expérimenté une activité nouvelle, à savoir le tractage sur le marché, fait d'armes d'autant plus exotique que, même sans tracts en poche, je ne dois mettre les pieds sur un marché qu'une fois par éclipse de lune en moyenne.
Mais il fallait bien, donc, se plier à l'exercice rituel, et ce fut avec un certain plaisir.
Ma première impression en arrivant un peu en avance sur les lieux, sac vide, ayant épuisé mes tracts la veille au soir dans les boîtes aux lettres du quartier, donc n'ayant rien à foutre sinon battre la semelle en observant et attendant les autres, fut celle d'une forteresse assiégée par le bleu. En effet, une clique perbéniste d'une bonne vingtaine de personnes au moins, vêtues de blousons bleus, verrouillait les accès principaux à la place du marché, distribuant de beaux tracts en couleurs (surtout bleu) sur papier glacé, on voit que ces gens-là ont les moyens. Au vu de la supériorité numérique et de la squattation des meilleures places, ma première réflexion fut Bon, où est-ce qu'on va bien pouvoir se foutre une fois que les autres seront là ?
Au-delà de la tenue de la place du marché, l'escadron bleu avait également quelques groupes d'éclaireurs par deux ou trois, tractant aux abords et rues avoisinantes.
Outre le bleu, la deuxième plus forte représentation numérique était, surprise, celle de plus d'une douzaine de cheminado-larouchistes en t-shirts noirs frappés d'un logo "S&P", tous jeunes et visiblement militants entraînés, cherchant le contact avec tous les passants et entamant au quart de tour le discours très amical et convaincant de ceux qui sont seuls capables de sauver le monde car, petits veinards, ils détiennent LA solution, distribuant des tracts dont il serait difficile de comprendre la couleur politique réelle pour qui n'a jamais entendu parler de leur mouvement.
Troisième par le nombre, un groupe compact plutôt jeune de 7 ou 8 militants PCF, tenant une entrée, et tractant essentiellement pour les cantonales puisque le PCF fait liste commune avec Collomb (parti S.) pour les municipales.
Isolée dans un coin la pauvrette, à la seule entrée où personne n'entrait puisqu'elle ne menait à rien, une avenante bourgeoise de type versaillais tractait pour le parti orange, parti dont on retrouve des membres, selon les arrondissements,soit sur une liste "indépendante", soit sur la liste de Collomb, soit sur la liste de Perben. va comprendre, Charles...
Perdus dans un coin au bout du marché où il fallait vraiment aller les dénicher, un trio ou quattuor de verts partageaient leur bout de pavé avec deux autres qui tractaient pour un truc dont auquel je n'ai pas encore compris quoi t'était-ce, sauf que ça semblait presque vert quoique pas tout-à-fait.
Quant à nous, une fois les autres viendus, avec des tracts heureusement, nous fûmes quatre, et nous séparâmes prestement en deux binômes, cherchant une place au soleil dans ce lieu déjà fort occupé. Après nous être fait virer sans trop de ménagement par quelque légumière qui ne supportait pas que l'on tracte juste devant ses navets, chacun de nos binômes trouva un emplacement stratégique et passant en plein milieu du marché, ou nous pûmes commencer la distribution avec de grands sourires aux chalands et force politesses.
L'accueil par les passants étaient plutôt bon, certains refusant tout tract sans même regarder, d'autres acceptant tout tract sans même regarder, la majorité jetant un coup d'oeil à l'en-tête du tract avant de se décider à l'accepter avec un sourire ou à le décliner d'un air constipUMPé. J'ai même eu droit à plusieurs reprises à des questions du genre Gauche ou droite ? - Gauche de gauche unie et alter-écolo ! - Ah, ouf, ça va, donnez-le moi, ça change, y'a trop de droite partout !
Une infime minorité de passants étaient prêts à engager un court dialogue (court nécessairement, faut pas s'arrêter de tracter les autres quand on est en petit nombre ;-) ou à demander plus de précisions, et avaient alors le privilège de se voir offrir le "4 pages" en prime.
Ma pile de tracts et le temps qui m'était imparti simultanément épuisés, Ma Sainteté sauta sur son vélo pour regagner l'ashram et aller fêter dignement les 80 balais de la mère de Ma Sainteté, dans une atmosphère familialement plaisante mais couplistiquement cryogénique, ma première déclaration d'intention, au p'tit déj, d'aller tracter une petite heure au marché entre 10 et 11 ayant provoqué une glaciation instantanée de mes relations de couple et une journée se poursuivant dans de saisissants craquements de banquise, aucun dégel n'étant à prévoir d'ici la fin de la semaine à moins que les choses n'empirent.
Le meeting de samedi soir fut plutôt bien réussi, ayant presque rempli une salle cependant pas immense, ce qui doit donner quelques centaines de personnes, je dirais 3 ou 400 à vue de nez, mais c'est vraiment du pifomètre. Les intervenants étaient pour la plupart bons orateurs, parfois dotés d'un réel humour ou d'un indubitable charisme et d'une voix de stentor - pour ce qui concerne Paul Ariès en particulier. Les propos étaient clairs, les arguments construits, l'ambiance bonne, tout cela bel et bon.
La seule question qui se pose à ce genre de meeting est que, si l'on en soustrait les militants et "déjà convaincus" des différentes parties prenantes pour ne considérer que ceux qui sont venus là "pour voir", apprendre et se faire une opinion, la véritable "charge utile" d'un meeting en quelque sorte, je ne sais pas combien ça peut représenter de monde, mais ça ne doit pas faire tellement de masses en fin de compte. Mais enfin, ça permet déjà de se retrouver, de se compter, de se tenir chaud et de partager nos points de vue et arguments. Et ça oriente dans la dimension positive de l'action qui est certes mille fois préférable à la seule critique amère d'un système haïssable qui nous opprime et nous écrase. Sans doute ce que l'on fait ici ne changera-t-il pas la face du monde aujourd'hui, mais c'est déjà ça que de faire quelque chose, toujours préférable à rester immobile...
La semaine qui vient sera riche de réunions, débats, préparations et tractages, la ligne d'arrivée du premier tour dimanche. Autant dire que les nouveaux billets dans cet ashram ne vont pas foisonner d'ici-là.
Je ne terminerai pas ce billet sans citer celui, excellent, de 'moiselle Ko sur le blog de la coord' départementale des CUALs de l'Hérault : Contre la ratification du Traité de Lisbonne : plainte collective devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, que je vous invite à lire et faire tourner, parce que mine de rien l'affaire n'est pas close, même si je dois reconnaître à ma grande honte n'avoir pas pour ce qui me concerne poursuivi cette guérilla juridique, mon temps ayant été consacré à d'autres angles d'attaque et activités en tout genre, ben oui, on ne peut pas être partout, même si j'en meurs de honte, je sais, c'est mal ;-)
C'est quoi qu'il en soit toujours un plaisir de tomber sur un article de Ko, la vilaine ayant par ailleurs lâchement déserté son île, à mon dam qui est grand.
Voilà, j'ai pris pour ce billet, comme d'hab', plus de temps que je n'en avais, alors je dois vous laisser et filer fissa, à la revoyure et hauts les coeurs !
P.S. : Pas de P.S. ! Tiens, on n'a pas vu le parti S. hier sur le marché. Ils ne doivent plus oser sortir : ils ont trop honte :-}
P.P.S. : Fini par trouver et lire le petit bouquin d'Alain Badiou : De quoi Sarkozy est-il le nom ?
Une saine et juste lecture que je ne saurais trop vous conseiller, d'autant plus que c'est petit et que ça se lit vite (prévoir 3 ou 4 cacas en prenant son temps, et c'est bon).
P.P.P.S. : Satisfaction familiale hier : voir mon oncle et ma tante (85 et 65 balais) que je croyais indéfectiblement roses depuis toujours (mais on se voit rarement et parle encore moins politique) se jeter sur mes tracts avec joie et enthousiasme, chier leur dégoût et leur colère sur la tête du parti social-traître, et s'affirmer désormais besancenistes convaincus en mal de révolution !









