Alors moi tenter péniblement récapitulatif argumentaire et expliquer très bien pourquoi notre société d'abondance fabriquer pénurie.

Moi parler normalement aussi, parce que à la longue être fatiguant parler comme idiot, même si moi avoir prédispositions certaines.

Arguments pas les miens, possible moi pas bien tout compris, mais ça sembler logique à moi.

Mais même quand je l'explique normalement à des cons intelligents, ils ne comprennent pas. Preuve qu'ils sont intelligents, et que Swâmi Petaramesh doit être con.

Dans un passé pas si lointain plein de guerres marrantes et de famines rigolotes, nous vivions dans une société dont l'économie était fondée sur la pénurie : Il fallait travailler beaucoup ("plus !") pour produire les denrées nécessaires à chacun, et du superflu pour ces veinards de riches, mais de toute manière y'en avait pas pour tout le monde. Comme il fallait beaucoup de travail pour produire les biens courants, il ne pouvait pas y avoir de chômage structurel: Une paire de bras était toujours la bienvenue, et, hors esclavage et ancien régime, une paire de bras pouvait toujours monnayer d'une manière ou d'une autre le fruit de son travail.

Puis est arrivée l'industrialisation, et ça tombait fort bien parce qu'à part une armée de pauvres types germinalisés (mais c'est le lot de l'armée des pauvres types d'être germinalisée jusqu'à la fin de la couche d'ozone, faut croire...), ça a quand même permis de produire davantage de richesses (ça tombe bien, y'en avait pas assez) avec moins de bras (ça tombe bien, y'en avait pas assez non plus).

Dans un premier temps, le bilan des choses semblait donc plutôt positif, sauf pour les pauvres cons qui crachaient leur poumons dans le fond des boyaux de mines, mais tout le monde s'en fout.

A un moment donné, une forme d'équilibre n'a pas été atteinte (on ne s'arrête jamais aux positions d'équilibre, sinon ça ne serait pas drôle), et, l'amélioration de productivité aidant, on s'est retrouvé à produire assez de biens avec assez de monde. Cool.

C'était l'apogée d'un système capitaliste équilibrable qui allait bientôt cesser de l'être.

L'amélioration de productivité industrielle et agricole n'ayant pas de raison de s'arrêter en si bon chemin, les tenants du progrès étaient tout pleins de liesse, pensant que grâce à ce fameux progrès, on allait pouvoir continuer de produire assez de biens (et même, à la rigueur, quelques trucs non strictement nécessaires) avec moins de travail humain ("travailler moins pour produire la même chose") ce qui libérerait un peu de temps aux masses laborieuses pour se livrer à de menues activités culturelles, de loisirs, aller au camping à Palavas et quelques petites choses de ce genre. Les syndicalistes, toujours grincheux (c'est un axiome), ont trouvé que c'était là une fameuse idée qu'ils ont soutenue au cours de grande fêtes populaires qu'à l'époque on appelait "grèves".

Ça a failli marcher. Mais en fait, ça ne pouvait pas.

À un instant donné, il fallait à un constructeur de bagnoles disons, 20 ouvriers pour fabriquer une bagnole. Seuls les happy few pouvaient donc s'en offrir une, parce que ça coûtait bonbon, mais ça faisait 20 ouvriers à vélo qui avaient du boulot et un salaire modeste en rapport avec leur prolétaire condition.

Et puis, la productivité a augmenté, et avec 20 ouvriers, on est arrivé à fabriquer non plus une, mais 10 bagnoles. Le prix de la bagnole a baissé, et des cadres moyens ont pu s'en acheter aussi. Les fabricants de bagnoles en ont vendu des tas et s'en sont foutu plein les poches. Les ouvriers ont eu quelques miettes du gâteau, mais ils étaient contents, parce qu'ils pensaient que si ça continuait à gazer comme ça, un de ces jours, ils pourraient eux aussi se payer une (petite) bagnole, tandis que les cadres moyens pensaient que, si ça continuait comme ça, ils allaient pouvoir se payer une grosse bagnole.

Et puis la productivité a augmenté au point qu'avec seulement 4 ingénieurs et 3 ouvriers, on a pu fabriquer d'un coup, 50 bagnoles ! Et que tout le monde allait pouvoir se payer une bagnole, et que les ouvriers allaient pouvoir se payer de chouettes vacances avec leur bagnole.

Mais le proprio de l'usine a trouvé que c'était très con de voir ses ouvriers prendre de trop longues vacances, et, puisqu'il ne fallait plus que 5 personnes pour fabriquer 50 bagnoles, il était économiquement plus logique de virer tout simplement les 15 autres plutôt que de les payer à rien foutre, comme ça, il allait pouvoir se mettre leur salaire dans les fouilles et en donner plein à ses actionnaires qui le tannaient depuis un moment. Alors il a fait comme ça, et le prix des bagnoles a encore baissé. Au point que tout le monde a pu se payer une bagnole. Euh, tout le monde, sauf les 15 chômeurs, qui eux ne pouvaient même plus se payer à bouffer. C'est bête, quand même, hein...

C'est à ce stade que le système capitaliste a définitivement perdu toute possibilité d'équilibre dans une situation d'abondance et est devenu un monstre dévorant la planète à vitesse accélérée - ce qui perdurera jusqu'au feu d'artifice final à moins qu'un pouvoir supérieur (une plus grosse matraque) ne s'interpose pour y mettre bon ordre, ce qui a peu de chances d'arriver parce que ce sont ceux qui ont le plus gros tas de fric qui peuvent s'acheter les plus grosses matraques.

Et puis le fabricant de bagnoles, à un moment donné, s'est trouvé avec des parkings entiers pleins de bagnoles et s'est dit qu'il allait devoir freiner un peu la production (c'est-à-dire, disons, virer 30% du personnel et fermer 2 usines) sinon il n'allait jamais arriver à vendre ses bagnoles. Sage décision : Lui et ses actionnaires se sont trouvés assis sur un tas de fric encore plus gros, et ont vendu des quantités de bagnoles à remplir les longueurs de tous les trottoirs de toutes les villes et les boulevards de ceinture aussi, au point qu'il a fallu en goudronner d'autres en urgence. Bon, à côté de ça, il a commencé à y avoir un sacré paquet de chômeurs, mais tout le monde s'en fout.

Un politicien a dit un jour que si jamais le chiffre d'un million de chômeurs devait un jour être atteint dans ce pays, ce serait la révolution. Même pas vrai : Ils étaient trop occupés à avoir honte d'être inutiles et à s'occuper à chercher le boulot qu'il n'y avait plus, plutôt qu'à faire la révolution, parce que faire la révolution, c'est pas trop faisable quand on est tout seul et qu'on a honte parce qu'on devrait être occupé à chercher du boulot plutôt qu'à essayer tout seul comme un con de faire la révolution. Parce qu'un million de chômeurs, ça fait un million de tout seuls tout honteux tout malheureux, ça tombe super bien. Et puis on peut toujours les occuper avec des bilans de machinchose et des évaluations de trucmuche pour bien leur montrer qu'en fait s'ils sont chômistes, c'est parce qu'ils sont trop cons : vous avez bien vu ce que vous a dit l'évaluateur-psychologue-derviche ! ...Et quand on est con, on est aussi trop con pour faire la révolution. Alors on regarde plutôt la télé et on devient encore plus con et on fait encore moins la révolution.

Après, les proprios des usines de bagnoles se sont dit merde ! On est assis sur un tas de fric haut comme Manhattan, tout le monde a des bagnoles, on peut plus en vendre... Merde de merde ! Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir vendre ?

Alors est arrivée l'ère du marketing, où il ne s'agissait plus de fabriquer des trucs dont les gens ont besoin, mais plutôt d'inventer de nouveaux besoins in-dis-pen-sables pour pouvoir fabriquer des trucs à vendre.

Alors un beau jour, paf ! Tout le monde a eu besoin d'avoir un téléphone portable, et ça tombait super bien, parce que justement les fabricants de bagnoles avaient justement les sous pour monter plein d'usines de téléphones portables avec beaucoup de machines et pas grand monde dedans, vu que les boîtiers, on ne les creuse pas à la main avec une gouge dans un billot de bois, même si on pourrait, mais on trouve mieux de ne pas.

Et les fabricants de téléphones et de bagnoles se sont amassé un tas de pognon inimaginable, et les gens étaient contents parce qu'ils avaient la télé et la chaîne Hi-Fi et le magnétoscope et le téléphone portable et le four à microyondes et le téléphone qui prend des photos et l'appareil photo qui téléphone et l'ordinateur et Internet pour raconter des conneries.

Tout le monde était content, sauf les chômeurs, mais ils ne râlaient pas trop parce que la plupart avaient la télé aussi, et ça les occupait en les rendant cons, et les services de l'ANPE se chargeaient de bien leur faire comprendre que justement, c'est parce qu'ils étaient cons qu'ils étaient chômeurs et qu'ils regardaient trop la télé, alors qu'ils avaient intérêt à faire un stage de remotivation aux techniques de recherche d'emploi avec un coach et un bilan de réévaluation des possibilités éventuelles d'aller livrer des pizzas en contrat aidé à 50% du SMIC à temps partiel, et du coup les chômeurs se sentaient tellement cons qu'ils n'osaient pas faire la révolution, et surtout ils avaient peur de finir dans la peau des encore plus cons qu'eux : Ces salopards de RMIstes qui abusent honteusement du système à toucher des fortunes sans rien glander sur le dos de la France qui se lève tôt.

Pendant ce temps, les proprios des usines assis sur des himalayas de fric expliquaient que les ouvriers qui leur restaient leur coûtaient vachement trop cher et que du coup l'usine allait se barrer là où ce que les ouvriers sont raisonnables, gentils, très mal payés, et n'ont pas la prétention hallucinante d'avoir des vacances, des retraites, ou des soins médicaux.

Alors ça a fait encore plus de chômeurs, forcément, mais toujours plus de lecteurs MP3 et de grille-pains volants.

Mais les chômeurs fermaient leur gueule, persuadés d'être cons et de n'avoir pas tout compris, ce qui est en grande partie exact, et ceux qui travaillaient étaient tout exaspérés de se voir prendre autant de sous pour payer tous ces fainéants de chômeurs et ces exploiteurs de RMIstes et d'être vraiment pris pour des cons, ce qui était en bonne partie exact parce que personne n'avait remarqué les types qui s'étaient barrés avec la caisse.

Alors est arrivé un politicien qui a expliqué que c'était vraiment trop le bordel avec toutes ces feignasses d'ouvriers qui ne voulaient pas travailler, tous ces branleurs de chômeurs qui vivaient sur le dos des autres, et que c'est pour ça que les gentils patrons ils se barraient, il faut tout de même les comprendre, alors il faut être très compréhensif et gentils avec les gentils patrons pour espérer qu'ils reviennent et ramènent le divin Travail avec eux.

Et puis le petit gars a expliqué posément comme ça qu'avec tous ces branleurs de chômeurs RMIstes qui ne travaillaient plus, y'avait plus personne pour payer les retraites et la sécu, alors qu'il y aurait moins de retraite et de sécu si on ne voulait pas qu'il n'y en ait plus du tout, et qu'en plus on prenait beaucoup trop de sous aux gentils patrons et qu'on allait leur en prendre moins si on ne voulait pas que les derniers qui restaient se barrent aussi avec la caisse.

Et puis le petit gars a expliqué a tout le monde qu'il allait falloir travailler plus et plus longtemps, et que ceux qui ne voulaient pas seraient fusillés demain à l'aube. Et il a dit qu'en plus le bordel c'était la faute de tous ces étrangers qui mugissent dans nos cités (les fils des gars qui fabriquaient les bagnoles quand il fallait beaucoup de gars pour fabriquer des bagnoles, alors les gentils patrons étaient aller les chercher, mais faut pas abuser, quand même !), alors qu'il fallait gentiment reconduire à la frontière ceux qui n'avaient pas vocation à rester chez nous, et qu'il fallait emmerder un max ceux qui étaient encore dehors pour leur ôter l'envie de venir nous emmerder dedans.

Alors le petit gars fut élu haut la main face à une infâme gourdasse, faut dire, et le peuple fêta cela par des cris de liesse car il avait enfin son Sauveur.

Et voici comment le Progrès fit le Bonheur de l'Humanité, au nom du Marché, de la Bourse, et du Capital, amen.

Maintenant, le système ne peut tenir debout qu'à condition d'accélérer jusqu'à l'infini et au-delà, à fabriquer encore plus de faux ongles cybernétiques à laser qui font la vaisselle tout seuls, mais y'a juste un petit problème c'est qu'on commence à remarquer que la planète tombe en ruine parce qu'elle a oublié d'être infinie,[1] c'te conne et que c'est pas en continuant comme ça que ça va s'arranger. Mais heureusement on ne peut pas continuer comme ça puisque le système est en déséquilibre dynamique et qu'il ne peut tenir debout que si on continue encore plus vite !

Heureusement qu'on a un Sauveur, moi je vous dis, parce sinon, on serait juste un peu dans la merde...


C'est vraiment vrai que je ne suis pas clair dans mes explications ?

Notes

[1] La seule chose infinie en ce monde étant la boulimie des marchés, ce dieu gourmand qui n'est jamais rassasié de nos tripes.