Ashram de Swâmi Petaramesh

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jeudi 13 septembre 2007

Lettre à Sa Gracieuse Majesté Elizabeth Deux d'Angleterre et de Quelques Îlots

Votre Très Gracieuse Majesté, chère amie,

Une très longue et fraternelle amitié unit profondément nos deux peuples qui ont eu par le glorieux passé l'occasion de festoyer ensemble à de nombreuses reprises sur terre comme sur mer, en des lieux devenus célèbres et dont une majestueuse gare de votre belle capitale, un célèbre square aux jolis arbres verts, et bien d'autres endroits encore portent les immortels noms.

C'est au nom de cette amitié que je me permets aujourd'hui, Votre Gracieuse Majesté, Altesse et chère amie, de vous adresser une humble requête au nom de tout le peuple français uni derrière moi comme un seul homme selon son habitude.

Nous serions en effet infiniment reconnaissants à Votre Gracieuse Majesté si celle-ci avait l'extrême bonté de bien vouloir envisager de faire renforcer la garnison de l'île de Sainte-Hélène et d'y faire réhabiliter quelque peu le centre de loisirs de long séjour qui s'y trouve. Oh ! Un léger coup de peinture et surtout quelques barreaux neufs devraient amplement suffire, le charme de ce genre de lieu de villégiature tient en bonne part à son côté si agréablement spartiate, garantie d'un dépaysement réussi.

Votre Gracieuse Majesté pourra certainement dire un petit mot en ce sens à son Premier Ministre, c'est un bleu, il n'osera certainement pas refuser, ayant à coeur de plaire à Votre Majesté, c'est pas comme l'autre canaille...

Enfin, Votre Très Gracieuse Majesté serait assurée de la reconnaissance éternelle du bon peuple de France, qui demanderait certainement aussitôt son admission au sein de l'envié Commonwealth, si Elle voulait bien suggérer à sa Marine Royale à la glorieuse histoire de nous rendre le petit service de passer à Paris emmener un touriste qui sera je n'en doute pas d'un commerce agréable. Habitué des vacances en yacht, il ne souffre pas du mal de mer et ne risque en aucun cas de vomir dans la carré des officiers de votre Royal batîment.

Je me permets par ailleurs de rappeler humblement à Votre Gracieuse Majesté que notre capitale est opportunément située sur un agréable fleuve qu'on appelle la Seine, ce qui est de nature à grandement faciliter l'opération.

Ne doutant pas par avance que Votre Gracieuse Majesté pour qui l'hospitalité n'est pas un vain mot aura à coeur de rendre à notre pays, uni au vôtre par une longue alliance, ce petit service qui nous dépannerait bien, mieux même encore que la dernière fois,

Je me prosterne devant Votre Très Gracieuse et Royale Majesté, merci encore, God save The Queen, bisous.

La stratégie de la course d'obstacles

Il nous en est parvenu une bien bonne, aujourd'hui (encore), du côté du Ministère de la Pureté de la Race...

La nouvelle mesure envisagée consisterait à soumettre tous les immigrants candidats au "regroupement familial" à un test A.D.N.[1] pour prouver, je suppose, que le fils à Mamadou Machin est bien le fils à Machin.

Première étrange chose, la mesure est présentée par le Ministère de l'Information sans la moindre justification de sa raison d'être : Nous sommes à une époque où la prise de mesures se justifie d'elle-même, il n'est quasiment plus besoin de fournir la moindre justification, et ce ne sont pas les pousse-micro qui se hasarderaient dans un instant d'égarement à tenter d'en obtenir une...

Parce qu'à part ce risque de faire immigrer "X" en le faisant passer pour "Y", quelle serait la justification à un test A.D.N. de tous les candidats à un regroupement familial ? Aucune, sinon la psychose xénophobe et le désir de foutre un maximum d'étrangers dehors - ou de les empêcher d'entrer - à n'importe quel prétexte et par n'importe quel moyen...

A-t-on seulement une idée du nombre de fraudeurs éventuels dans le cadre du regroupement familial, c'est-à-dire du nombre de "fils" ou "filles" qui ne seraient pas des fils ou filles ? On a beau faire dire ce qu'on veut aux statistiques, et chaque ministre en a toujours un plein boisseau sous le coude, a-t-on trouvé un journaliste de la presse audiovisuelle pour poser la question de la justification de cette mesure ? Est-elle nécessaire ? Est-elle utile ? Est-elle proportionnée au "problème" qu'elle est censée résoudre ? On ne le sait pas, et les journalistes se gardent bien de poser la question, ça ne serait pas poli. Ça serait carrément outrecuidant de la part d'un journaliste d'oser poser un telle question - sauf à vouloir paraître gentiment impertinent et très professionnel, mais ça, c'est seulement à condition d'avoir obtenu par avance l'accord du ministre et de lui avoir laissé une semaine pour préparer la réponse.

Et quid des enfants adoptifs, dans un GATTACA qui a maintenant décidé de faire de l'identité biologique l'alpha et l'oméga de l'identité sociale ? Identité biologique = droits ou pas droits... Ça ne vous rappelle pas comme une étrange odeur ?

Alors nos bons journalistes se contentent d'annoncer benoîtement la nécessaire mesure, message très clair et bien reçu adressé à un certain électorat : ces salauds d'étrangers, on va leur en faire baver !

C'est qu'une telle mesure est en effet un petit bijou d'adresse, un grand classique du genre politico-administratif connu même dans les époques où la chemise brune ne se porte pas en soirée : Quand on ne peut pas, pour des raisons politiques ou d'image réduire légalement les droits des gens, mais qu'on voudrait bien les tronçonner quand même, on se contente d'en rendre l'accès beaucoup plus difficile, voire matériellement impossible.

Ainsi, on peut jurer de sa bonne foi Simple mesure technique, question de sécurité, on ne touche pas au fond des choses ! face aux assoces qui râlent et aux "droits-de-l'hommistes" toujours sur la brèche, et en même temps, par un tour de passe-passe, on empêche gentiment les ayant-droits de pouvoir exercer ce droit.

Car quel est le coeur de cible, comme disent les marketoïdes, d'une telle mesure - à part bien sûr l'électeur un peu facho sur les bords dont on flatte gentiment l'utile xénophobie ?

Le coeur de cible, ce ne sont pas, ce ne sont jamais les fameux "fraudeurs" mythiques et qui ne sont qu'un prétexte, non, le coeur de cible, ce sont les ayant-droits qui ont effectivement droit mais à qui on va construire sur mesure une telle course d'obstacles qu'on n'est pas près de les revoir !

Prenons un immigré vivant en France, qui a une femme et 3 gosses "au pays". Si les termes du regroupement familial l'autorisent, il a le droit de faire venir sa femme et ses enfants. Bon. C'est la loi, et cette loi a été proclamée en des temps meilleurs pour des raisons d'humanité évidentes - ou qui devraient l'être.

Si ce monsieur veut faire venir femme et enfants et que cette nouvelle mesure entre en vigueur, il devra donc faire subir 5 tests A.D.N. aux membres de sa famille et à lui-même. Je parie ma culotte que ce sera bien évidemment à ses frais, puisqu'il est demandeur... Logique, hein, c'est quand même pas l'état qui va payer ! Donc, les immigrés candidats au regroupement familial étant notoirement situés dans les couches les plus aisées de la population, et les tests A.D.N. notoirement onéreux, voilà qui risque d'en coincer plus d'un, de ces vilains "ayant-droits" !

Si ça ne suffit pas, on pourra bien sûr exiger que ces tests soient effectués par un laboratoire agréé, de préférence perdu dans le trou du cul de la France à 100 kilomètres de la première gare, et exiger que le prélèvement soit effectué sur place pour prévenir tout risque de fraude.

Bien sûr, le labo en question sera surchargé de travail et aura une liste d'attente de 18 mois. Le candidat au regroupement familial devra donc prendre un visa de tourisme et venir à ses frais (billet d'avion...) faire le prélèvement 18 mois après en avoir fait la demande. On lui fournira une réponse dans les deux années qui suivront, à moins bien sûr que son dossier n'ait été malencontreusement égaré nous n'en avons aucune trace ! et qu'il faille recommencer depuis le début.

Celui qui passera à travers les mailles et aura également juré un attachement indéfectible à la France Éternelle, qui en parlera la langue comme s'il avait fait ses études au Lycée Henri IV depuis la maternelle et qui aura coupé tous les ponts avec son pays d'origine sera enfin éventuellement admis, enfin, s'il est sage et dit bien S'il vous plaît Bwana Sahib !

Évidemment, on conservera son A.D.N. au fichier FNAEG, ça serait vraiment trop irresponsable de le laisser perdre, et puis de toute manière ce ne sera qu'un pas vers la généralisation du fichage A.D.N. de toute la population, qui viendra, mes bons amis, plus vite que vous n'en avez rêvé (Sarkozy l'a fait !).

Ah vraiment, une telle mesure, c'est du pur bijou d'orfèvre. Les "droits de l'Hommistes" ne peuvent rien dire (Nananèèèreu !) car on ne touche pas aux sacro-saints droits, l'électorat bas du front reçoit le message 5/5 tant il est discrètement émis, et les ayant-droits peuvent toujours aller se faire cuire un oeuf et rester dans leur arbre.

Elle est pas belle, la vie ?

Notes

[1] C'est à la mode, les prélèvements A.D.N.: La perfide Albion envisagerait même de faire subir un prélèvement A.D.N. à toute personne entrant sur son territoire, même pour un week-end de shopping à Soho... L'idée a l'air de vachement plaire, au Royaume des Caméras Unies...

Aha ! Aha ! Haha !

Heureusement que je suis fort occupé ces jours-ci, parce que chaque information qui tombe sur nos télescripteurs mériterait sa bonne giclée de bile amère, mais que finalement, pisser dans un violon, c'est quand même plus rigolo.

Mieux vaut en rire, en rire, en riiiiiiireuh !

Comme quand j'entends que le gouvernement, soucieux de boucher le trou de la sécu après avoir offert 15 milliards d'Euros à l'Élite et aux Bien-Nantis envisagerait maintenant d'instaurer des cotisations sociales sur les... indemnités de licenciement !

Aha ! Aha ! Haha ! Hohoho ! Hihi !

Les indemnités de licenciement, c'est pas con, fallait y penser, avec toutes ces sociétés qui délocalisent à tout berzingue vers l'Empire du Milieu, taxer les indemnités de licenciement, c'est sûr, y'a un sacré créneau ! Surtout si ces fumiers de chômeurs fraudeurs qui ne se lèveront même plus tôt ont le front de tomber malades et d'espérer se faire soigner !

C'est pour ça que Notre Désormais-Calife a annoncé, la même semaine, qu'il fallait d'urgence dépénaliser la délinquance financière, c'est vrai quoi, y'en a marre de voir des gens très bien convoqués pour se faire infliger de sordides tracasseries administratives dans le petit bureau au mobilier vétuste de fer peint et de formica d'un quelconque petit juge jaloux qui n'est même pas membre du Rotary et qui ne passe même pas ses vacances sur un yacht long comme ma bite obligeamment prêté par un copain... Et le lendemain, donc, d'annoncer dans la foulée qu'il fallait lancer d'urgence une grande campagne de contrôle de tous ces salauds de pauvres chômeurs dont au moins les 9/10e sont des fraudeurs éhontés paresseux fossoyeurs de la France qui Gagne, foi de présentateur de journal télévisé !

D'ailleurs, hier soir, durant le journal télévisé de 20h de France 2 du Ministère de la Vérité, Mâ Anandaramesh se saisit soudain de la zapette et transforme d'un coup de bouton magique un écran de jolies formes qui bougent en fenêtre morte grisâtre et tristounette en s'exclamant, dégoûtée : J'en peux vraiment plus de cette propagande éhontée, ce n'est plus supportable ! Ce n'est pas moi qui aurait été la contredire...

Aujourd'hui, on entend aussi que nos chers préfets (quand j'étais gosse à peine plus grand que Srî Minîshiva, mon voisin du dessous, le fils du sous-préfet qui puait des pieds comme pas permis [a-t-il, par la suite, épousé Dame Laflote ?] au point que toute sa chambre en était une infection, et qui était également le numéro 2 de la bande, à qui le numéro 1, votre serviteur, a fait faire des conneries à faire frémir le thé de la sous-préfète si jamais elle avait su... mais je digresse sans but ni raison...) Nos chers préfets, donc, se voient convoqués dare-dare au ministère tel le Papon moyen pour se faire souffler dans les bronches de n'avoir pas atteint les quotas d'immigrés à jeter dehors d'urgence avec ou sans armes et bagages.

Parce que notre ci-devant Grand Vizir a décidé d'un trait de plume sur le papier que d'ici la fin de l'année il faudrait avoir viré manu militari au moins 25.000 bougnoules, pardon, honorables ressortissants étrangers qui seront poliment invités à quitter le territoire français et ensuite fort civilement reconduits à la frontière des fois qu'ils ne trouveraient pas la sortie tout seuls.

25.000. C'est un chiffre, ça. Ça sonne rond. 25.000. Pourquoi pas 30.000 ? Ou 20.000 ? Ou 21.357 ? Parce que 25.000 c'est le chiffre qui est sorti du chapeau du lapin d'un sous-chef de cabinet lors d'une réunion de braine-storminge où l'on cherchait à motiver l'électeur chafouin à sortir de chez lui pour mettre dans une urne (quelle coutume ridicule !) le petit papier portant le patronyme à la consonnance assez peu "de souche" de notre Comte des Carpates et régions avoisinantes.

25.000. Y'a pas de raison particulière, sauf que le type a du penser qu'il serait bien vu s'il disait pile-poil "25.000 !". 20.000, c'eût été courir le risque de paraître manquer d'ambition ; 30.000 aurait peut-être paru vouloir péter plus haut que son sous-cheffariat. Alors va pour 25.000 !

Sans penser un instant que derrière chacune des unités composant ces 25.000 se cache (enfin, c'est pas qu'il se cache, c'est qu'on ne veut surtout pas le voir) un être humain avec son histoire, ses espoirs, ses craintes, ses rêves, dont le sang comme dit la chanson n'est pas moins rouge que le nôtre et dont les terreurs ne font pas moins peur.

Mais fixer un objectif chiffré de masse, c'est par définition faire l'impasse la plus totale sur les "problématiques individuelles", sur la moindre notion d'humanité. 25.000, il nous en faut 25.000. Et si par malheur celui qu'on vient chercher chez lui avec femme et mômes à 6 pétantes du mat' s'est méfié et a fait basket avant l'arrivée du fourgon, c'est pas grave, on pourra toujours se rabattre sur un autre, faut juste remplir le fourgon pour pouvoir remplir le centre de rétention pour pouvoir remplir l'avion pour faire le quota.

(France-Intox se désole que la masse de roumains et autres moldaves qui alimentaient bien la machine à foutre dehors soient maintenant beaucoup plus difficiles à expulser depuis qu'ils sont entrés dans l'Europe. On se demande qui on va bien pouvoir virer, maintenant... On sent comme un regret dans la voix du présentateur, pour un peu, il s'excuserait...)

A une autre époque pas si lointaine il existait des camps qui avaient une capacité d'accueil et de traitement donnée, et des trains comportant un nombre de wagons donné, chacun d'un cubage précis, alimentaient ces camps en gens qui n'avaient pas vocation à rester peinards où ils étaient. Là aussi, bien des Hauts Commis de cet état ou de l'autre se firent tirer les oreilles si les wagons étaient trop pleins ou pas assez, c'est une question de bonne logistique, on est professionnels ou on ne l'est pas, que diable !

Au bout du compte, tout cela ne sont que de simples questions de bonne gestion administrative. Un coup de tampon, un coup de fourgon, que les statistiques soient bien tenues.

Du coup je rigole moins, parce que les désopilantes questions administratives, ça a toujours eu du mal à me remuer les zygomatiques. Mais c'est parce que je manque de sens de l'organisation.

Donc voilà, quoi. Heureusement que je suis très occupé, parce que j'aurais aussi pu pondre un billet sur les réunions de pontes de la Grande Distribution chez Monsieur le Ministre organisées à grand renforts de caméras pour annoncer que bon, les Marchands, vous allez être bien sages, vous allez bien baisser les prix d'une douzaine d'articles scolaires de première nécessité, hein, les modèles d'entrée de gamme en carton pas glacé, bien sûr, pas les pochettes avec Dora ou Spiderman dessus, hein, faut pas déconner non plus ! ...Et que cette annonce mirobolante est faite après que tous les parents de mômes de ma connaissance aient déjà terminé 90% de leurs achats de rentrée depuis 3 bonnes semaines...

Ah franchement, présenter un journal télévisé à notre époque, faut quand même de sacrées capacités à garder son sérieux, parce que ce ne sont pas les occasions de se pisser dessus de rire qui manquent !

Enfin, la bonne nouvelle, c'est que la T.V.A. "sociale" est enterrée... Euh, jusqu'aux municipales, je veux dire.

Pendant ce temps-là, Swâmi Petaramesh s'occupe comme un gros boeuf de travailleur plus qui croit en Dieu le foot, l'Église la Télé et les Institutions Euromillions à remonter son serveur, tiens, c'est au moins quelque chose même si c'est pas grand-chose, et Totorbis le portable est enfin retourné faire dodo depuis une paire de jours.

Et pendant que les préfets font de jolis camemberts sur les immigrés à raccompagner chez eux - j'espère qu'on leur offrira le camembert en souvenir de notre beau pays - Swâmi Petaramesh, pour rester dans l'air du temps, a également retapé en partie son générateur de jolis graphiques en couleurs. Je devrais peut-être postuler dans un ministère ?