Les Forces Vives de la Nation
Par Petaramesh le mercredi 22 novembre 2006, 15:56 - A lire ailleurs... - Lien permanent
Ô patronat, ô financiers si généreux et glorifiés par le MEDEF !
Cet article du Monde est à lire absolument : "Liquidation sommaire dans les Ardennes". Extraits :
[...] alors que les salariés occupent leur usine pour obtenir de meilleures indemnités, 240 CRS et gendarmes les ont évacués manu militari le 9 novembre.
[...] En face, l'autre, un mystérieux groupe américain, Catalina, basé à Los Angeles, propose non seulement de garder tout le monde, mais même d'embaucher 80 intérimaires. En outre, les Américains s'engagent à injecter 3 millions d'euros. Le tribunal donne son feu vert, le cas Thomé-Génot est même cité en exemple en 2005 par le procureur de Charleville-Mézières lors de la rentrée solennelle du tribunal de commerce.
Pourtant, dès le départ, les informations disponibles sur Catalina sont très laconiques. La société se présente comme un cabinet de conseil, spécialisé en organisation industrielle, dirigé par une poignée d'anciens cadres de Toyota, qui affirment s'appuyer sur un fonds d'investissement, Lightyear Fund. Le tout est garanti par une lettre du cabinet américain Ernst & Young, certifiant le sérieux du dossier. « On n'a pas suffisamment regardé qui étaient ces gens », admet aujourd'hui Guy Istace, le maire (apparenté PS) de Nouzonville.
[...]
les nouveaux dirigeants s'accordent de généreuses rémunérations : dès 2005, Thomé-Génot leur verse 766 000 euros de salaire annuel, pour un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros. A cela s'ajoutent 753 000 euros au titre de "frais de management", censés couvrir les allées et venues entre la France et les Etats-Unis, les frais d'hébergement des dirigeants... Une équipe de consultants est dépêchée pour la bagatelle de 460 000 euros. « Ils touchaient 1 000 euros par jour, presque le salaire mensuel d'un ouvrier »
[...]
Au lieu d'apporter de l'argent frais, Catalina fait main basse sur la trésorerie. Début 2005, 1,5 million d'euros placés en valeurs mobilières sont rapatriés aux Etats-Unis. Les Américains n'hésitent pas à vendre un immeuble à Paris pour 1 million d'euros, investi immédiatement dans une mystérieuse holding, Two Harbors. Quelques mois plus tard, une quarantaine de maisons d'ouvriers de Nouzonville sont cédées pour 700 000 euros. « Il est troublant que les actionnaires majoritaires aient fait le choix de consacrer les montants récupérés à l'occasion de la cession d'actifs à des investissements aux Etats-Unis. Il eût été plus urgent de renforcer la trésorerie », constate un rapport du cabinet d'expertise Syndex, au premier semestre 2006.
[...]
Un mois plus tard, le directeur financier du groupe dépose le bilan en catimini. Entre-temps, les 45 000 euros destinés au comité d'entreprise, notamment pour le Noël des enfants, se sont volatilisés. Les stocks d'acier, qui s'élevaient à 2 300 tonnes lorsque Catalina est arrivé, sont tombés à 228 tonnes. Le 24 octobre, lors de l'audience du tribunal de Charleville, Joe Kazadi, le directeur de Thomé-Génot, demande "la liquidation sans délai" de la société. L'avocat des salariés, Xavier Médeau, est stupéfait : « C'est la première fois que je vois une direction demander elle-même la liquidation, alors que son rôle consiste plutôt à sauver ce qui peut l'être. Ça ne prouve qu'une chose : il y avait une volonté délibérée de flinguer Thomé-Génot. »
Le seul truc qui me console, c'est que les Ardennes, je ne sais pas vraiment où c'est. De toute manière, y'a rien, là-bas. Enfin, plus rien, quoi.
L'eau trouble en amont a peu de chances d'être claire en aval.
- Raffoirius, Premier Ministre









Commentaires
A lire absolument aussi, le commentaire posté par un certain "Actium" sur le site du Monde :
@Yogi : Le fait d'avoir envoyé 240 CRS pour vider les ouvriers à grands jets de lacrymo n'a certainement non plus rien à voir avec l'état.
Combien de CRS a-t-on envoyé pour choper les responsables de ce dépeçage ? Aucun ? Hmmm... Normal. C'est vrai que ça ne doit pas être le rôle de l'état.
Par contre, l'ouvrier, non seulement il s'est fait enfler, mais en plus on le renvoie chez lui à la schlague au besoin. Il aura du temps pour tondre sa pelouse. S'il lui reste une pelouse...
euh ... les pompiers, c'est des zouvriers ?
A mon avis la critique constructive dans ce cas ce n'est pas "le patronat c'est des voleurs" mais "les différences de législation entre les pays permettent trop facilement les hold-ups trans-frontières".
Et alors la solution passe par la construction d'un "gouvernement mondial". Et un premier pas aurait été d'approuver le TCE, avec ses défauts...
(Tiens mais serais-je d'humeur trolleuse aujourd'hui ?)
@les marques du plaisir :
C'est des fonctionnaires :-} ...qui risquent leur viande pour sauver des gens. Le seul uniforme qui soit respectable.
@Yogi : Ouah le troll velu !
Si je te comprends bien, ton raisonnement est de la forme Logique. Imparable.
@Swâmi : Absolument ! Très bien résumé ! Car à partir d'une base réglementaire après on peut négocier "avec une petite bite", puis "toute molle", puis "uniquement si j'y prends plaisir", etc ...
Alors qu'à l'inverse refuser le traité c'est se contenter de mettre un compteur à l'entrée du trou du cul pour savoir combien de fois on se fait mettre et bien penser à faire une manif à chaque fois.
Ben oui, c'est ça le rêve américain.
J'ai déjà vu quelques PME innovantes de grenouilles se faire prédater en douceur par les zaméricains.
Soit une petite PME qui a été fondée autour d'une idée, d'un produit innovant. Le boss est le plus souvent un gars du métier, un ingénieur, c'est l'inventeur. Il a su s'entourer d'une petite équipe de gars comme lui pour donner corps au projet, mais il patine un peu sur les questions finances et vente.
Si tout était bien fait, c'est là qu'il pourrait se retourner vers les CCI pour obtenir le meilleur conseil possible. Mais non.
Arrivent alors les investisseurs. Le gars, il sent que son affaire peut décoller, il rentre un peu de cash qu'il peut réinvestir dans sa boite. Les zinvestisseurs lui font alors remarquer qu'il n'est pas très doué en stratégie et qu'il lui faudrait un directeur opérationnel pour coordonner le tout : ça tombe bien, on a ça sous le bras.
Le DO lance un peu la machine, déploie les as du marketing, réclame de nouveaux investissements : les investisseurs rachètent des parts pour injecter le pognon dont une part non négligeable repart dans les fouilles du DO. Lequel embauche des potes à lui pour la commercialisation et recommande de serrer la vis sur le développement. Le patron poursuit la fuite en avant, d'autant plus facilement qu'on lui fait miroiter le fameux marché américain! (faut être cagneux, le marché européen est bien plus grand, mais bon!)
Et, c'est la ligne rouge!
Le moment où les zinvestisseurs ont choppé 50% du capital de l'entreprise + 1€. Le dépeçage avance vite dès lors : on lourde le patron-fondateur (qui ne repart jamais totalement à poil), son équipe dans la foulée (là, c'est la case chomdu), on liquide les actifs, on récupère les brevets, les procédures, bref, le nerf de la boite, on les externalise dans une structure off-shore, on liquide et adieu Berthe!
Une boite française de plus s'est faite mangée et nos innovations, financées par nous tous en écoles performantes et tout, sont parties rapporter du fric ailleurs!
pffff... homophobes... j'vais vous cafter à Tonton Laurent...
illustration parfaite du loup libre dans le poullailler libre, dont on a viré les clotures nationales, européennes, et le bout de ficelle mondial ... le truc fabuleux avec les mondialistes, c'est que face à la difficulté de faire régner un peu d'ordre économique aux échelons les plus bas, ils pronnent toujours le recours à l'échelon supérieur, qui diluera encore les responsabilités des politiques, et qui donnera un peu plus de facilité aux prédateurs ... vos histoires de gouvernance européenne, et maintenant mondiale , allons y, faut finir par dire que c'est de la foutaise ... de la foutaise ... de la poudre aux yeux ... l'a fallu pas mal de boulot pour construire des cadres ou les pauvres n'étaient plus tout à fait des serfs, et vous, en quelques coups de TCE, et d'OMC, et de liberté chérie , vous éradiquez tout ça au nom de pas mal d'escroqueries intellectuelles , genre gagnant-gagnant ... ben non, malgrés l'augmentation du PIB de la chine, les pauvre chinois sont plus pauvres qu'ils ne l'étaient ... la mondialisation , c'est celle de l'écrasement des plus faibles, toujours plus ... par quelques toujours plus riches .... merde, chuis en colère ....
peux pas poster de com ???
@Les marques du plaisir :
Pas de panique ! Et pas la peine de reposter 3 fois le même ! Juste un mot dans ton commentaire qui a déclenché les foudres de Spamplemousse (un anti-spam), mettant ton commentaire en attente de validation. C'est d'ailleurs ce que t'a dit par trois fois le système, et que tu n'as par trois fois pas lu :
Si je n'avais pas Spamplemousse, j'aurais plusieurs centaines de commentaires de pur spam qui passeraient chaque jour...
oups ... :p
Les juges des tribunaux de commerce sont élus parmi les professionnels du coin, ce qui favorise rarement les solutions prenant en compte l'intérêt gén éral. D'ailleurs, rares sont les tribunaux se risquant à choisir une autre solution que celle pour laquelle le "sauveur" est celui qui promet de conserver un maximum d'emplois, indépendamment de la qualité du projet de reprise.
@ les marques du plaisir : Désolé, les pauvres chinois sont moins pauvres qu'ils n'étaient. Vérifiez les chiffres.
Yogi > La question est discutée...
L'article notable du jour
@Fabien : Vu. A suivre en effet.
@les marques : Je ne comprends pas la remarque "face à la difficulté de faire régner un peu d'ordre économique aux échelons les plus bas, ils prônent toujours le recours à l'échelon supérieur". La question est plutôt de s'appuyer sur (ou de créer) des entités politiques au même niveau que les entités économiques qu'elles sont supposées réguler. Les échanges économiques étant trans-nationaux, il faut bien les réguler par des instances de même niveau, non ?
D'autant plus qu'il semble que l'alternative "limitons les échanges économiques à un niveau où on arrivera (peut-être) à les faire contrôler par les entités politiques existantes" conduise à un enfermement de chacun dans son pré, qui freine l'innovation et limite les biens proposés à chaque consommation locale.
vu l'incapacité croissante des citoyens à peser sur les politiques à l'échelon des structures politiques existantes, la production de toujours plus de complexification du monde est un excellent moyen de disqualifier l'intervention réelle du citoyen sur ce monde, au profit d'entités non-légitimes, disposant de pouvoirs exorbitants, pour , somme toute un bénéfice n'existant que pour quelques entités finançiéres ... l'exemple chinois montre trés bien , mais il n'est pas le seul, voir le brésil, ce n'est pas la progression des échanges mondiaux qui produit une plus-value de bien-être, mais les décisions politiques prises à l'échelon pertinent , c'est à dire celui que vous disqualifiez ... Alors , on peut réver 50 siécles à l'instauration du gouvernement mondial, ou faire comme certains, se battre ICI et MAINTENANT, sans oublier les autres, ....
Oups, je retrouve ici des idées que je viens de faire passer dans mes commentaires sur Mélenchon.
Je suis d'accord pour dire que le principal problème c'est l'impunité des prédateurs économiques. L'affaire Clearstream (la vraie, pas celle interne à l'UMP) a démontré que les mécanismes de blanchiment étaient couverts par des entrerprises totalement légales.
Alors, que faire ? Le TCE était plein de défauts, mais il mettait en place un cadre étatique (enfin, ses fondations) à un niveau supérieur permettant de mieux résister... Bon, on a dit Non (enfin, pas moi, mais je me range à l'avis de la majorité), alors re-que faire ?
Il me semble qu'il faut refonder l'état, un état qui protège ses citoyens de tels agissements. Et à quel niveau on le refonde ? La France ? L'Europe ? Et comment ? On fait la révolution ? A vous...
Il y a deux questions bien différentes :
1) quelles sont les règles de redistribution au sein d'un territoire ?
2) l'offre de biens et services au sein d'un territoire est-elle meilleure si celui-ci favorise les échanges avec l'extérieur ?
Je crois qu'il a été démontré que la réponse à la deuxième question est oui.
Cependant en effet ce peut être un choix que de freiner volontairement l'offre locale parce qu'on considère qu'il est impossible de suffisamment contrôler les échanges inter-territoires. Mais à mon sens il y a ensuite de gros risques de frustration des citoyens et de dérive nationaliste ou pire.
Il me semblait pourtant que le choix du terme "alter-mondialisation" au lieu de "anti-mondialisation" impliquait une reconnaissance du fait que l'intervention au niveau "mondial" était incontournable.
Et là... on a un vrai souci de compétence économique... en France, pour en revenir au pré carré, on forme des énarques (à l'ENA) ou des garde-chiourmes (dans les écoles de "management")... autant dire qu'on est mal barrés... ou (restons zens) qu'une révolution s'impose... une vraie, hein, celle qui nous ramène certes au point de départ, mais en ayant changé l'ordre des choses