Entre gens du même monde
Par Petaramesh le mercredi 13 septembre 2006, 10:54 - Politique infiniment dualiste - Lien permanent
Lisâtes ÇA.
Et que chacun en tire ses propres conclusions.
Rien de très nouveau là-dedans me direz-vous ? C'est pas la première fois qu'on entend parler de ces "cercles" d'influence fort sélects dont certains ont été montés dans l'immédiat après-guerre (WW2) avec le concours de la C.I.A. pour empêcher l'Europe occidentale de tomber sous les rouges moustaches du Petit Père des Peuples ? Certes.
Mais ça existe encore. Plus que jamais. Même si le tovarich Joseph Vissarionovich a fait depuis une grosse indigestion de racines de pissenlits.
Faut croire qu'une association de Maîtres du Monde, ça peut toujours avoir sa p'tite utilité pour la gestion des intérêts bien compris des uns et des autres. Ca aide bien pour le bizness.
Après, forcément, les wannabe Maîtres du Monde des deux camps s'affronteront dans l'arène télévisée départagés et commentés par leurs camarades de table du cleube où ils ont tous leurs petits ronds de serviette en argent (et où ni vous ni moi n'avez aucune chance de jamais entrer).
(Je vous rappelle qu'une carte d'électeur, pour faire des filtres, c'est encore mieux qu'un ticket de métro : on en fait plus...)[1]
Quelques suggestions de saines lectures ? Allez :
- Les nouveaux chiens de garde (Nouvelle ed. actualisée) - Serge Halimi - Raisons d'agir
- Bien entendu, c'est OFF ! - Daniel Carton - Albin Michel
- Libération de Sartre à Rotschild - Pierre Rimbert - Raisons d'agir










Commentaires
I am going to sioucidaï me de ce pas :-(
Cette information est-elle nouvelle ? Non, des lieux de rencontre bien plus fermés et bien plus sélectifs sont déjà largement connus et médiatisés (ne serait-ce que Davos).
Cette information est-elle étonnante ? Non, des gens partageant des centres d’intérêt communs se cooptent et se rencontrent dans toutes les activités humaines, on pourrait faire les mêmes commentaires sur les conférences mondiales Open Source.
Cette information est-elle choquante ? Non. Tous ces gens (industriels, politiques, journalistes) font ouvertement des métiers qui requièrent d’avoir le plus d’information possible sur ce que font chacun des autres. Ces métiers sont peut-être en eux-mêmes choquants, mais à partir du moment où ils existent ce genre de lieu de rencontre me paraît parfaitement légitime.
Bien sûr si à la base vous pensez que ces gens, où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent, ne chercheront qu’à vous entuber, leurs initiatives seront toujours critiquables.
arf. rajouter à la liste de livres, en élargissant un peu la focale :
Bernard Noël, La castration mentale, éd. POL ; Bernard Stiegler, De la misère symbolique, & Mécréance & discrédit, éd. Galilée ; Phillippe Aigrain, Cause Commune, L'information entre bien commun et propriété, éd. Fayard / Transversales ; Patrick Viveret, Pourquoi ça ne va pas plus mal ?, éd. Fayard / Transversales ; Patrick Artus & Marie-Paule Virard, Le capitalisme est en train de s'autodétruire, éd. La Découverte.
@ Yogi : mais ces gens cherchent à nous entuber...
@Yogi :
Il m'apparaît comme choquant que des gens qui se présentent au public comme des "ennemis politiques" et/ou "ennemis d'idées" dînent régulièrement ensemble dans les mêmes clubs en se faisant des politesses autour de la salière : Cela transforme à mon sens la politique en spectacle de théâtre où les oppositions ne sont plus que jouées entre des hommes qui, finalement, partagent la même vie (et le même niveau de vie), les mêmes intérêts personnels, les mêmes distractions, les mêmes fréquentations... Comment penser ensuite que leur oppositon est réelle et profonde ?
Avec les journalistes, c'est encore pire, car on entre de plein pied dans le domaine du conflit d'intérêts - l'honnêteté journalistique devenant soluble dans les invitations, prébendes, passe-droits et appart' HLM pour le fiston... Ce d'autant plus que politiques et journalistes, non seulement sortent des mêmes écoles, mais qui plus est se nourrissent les uns des autres dans une espèce de famille tuyau de poële où chacun a besoin de l'autre pour exister : Le politique a besoin autant du journaliste que de son opposant pour être entendu dans le poste, le journaliste a besoin des petites phrases du politique pour avoir du grain à moudre... et conquérir la notoriété et l'avancement, lui aussi, sur le dos des politiques qu'il invite ou à propos desquels il écrit.
Plus tu ajoutes de consanguinité dans un tel système, plus tu finis de le pourrir. Et tu obtiens des émissions politiques ou des journaux télévisés présentés par les conjoints et conjointes, copines officielles ou officieuses de ministres en exercice... Si on ajoute tout ce qu'on (on = nous pauvres pékins) ignore dans le petit jeu du "Kibezki" à ce qui est notoire... Que peut-il rester de la crédibilité et de la soi-disant impartialité du journaliste ?
Donc, oui, je trouve tout cela fort choquant.
@ Swâmi : +1 (x 1 000) :-))
toupareil que Swâmiji-le-Grand. Et Laflote-l'impulsive.
Il me semble que ton raisonnement s'appuie sur deux prémisses que je ne partage pas tout à fait :
"Je te parle, je t'achète"
Bien sûr que tous ces gens ont besoin les uns des autres, et se nourrissent les uns des autres : c'est leur fonction même qui veut ça. Un journaliste politique doit fréquenter les hommes politiques (et va chercher le scoop), un industriel doit connaître les intentions du politique (et va tenter de les infléchir), un politique doit convaincre les journalistes (et va tenter de les utiliser). Encore une fois on peut contester le principe même qu'il y ait des industries, des journalistes et des partis politiques, mais dans un tel système il faut bien que ces gens se parlent, et ce n'est pas parce qu'ils se causent qu'ils se corrompent les uns les autres. Bien sûr la frontière est fine, et certains la franchissent : chacun n'a que sa déontologie pour tracer la limite entre l'invitation "de travail" et l'invitation "de prébende".
"Les gens qui s'opposent ne doivent pas se fréquenter"
Tout dépend si tu es dans une logique de guerre ou une logique de négociation. Effectivement pour être un guerrier efficace il faut haïr ton adversaire, le diaboliser, lui ôter dans ton esprit tout caractère "humain". Si tu dois négocier par contre, tu as tout intérêt à le comprendre, connaître sa logique, ses ressorts, sa hiérarchie de valeurs … ce qui n'empêchera pas d'ailleurs que chacun garde farouchement son objectif au cours de la négociation. Là aussi les dérives sont possibles, et tout peut se noyer dans un consensus mou. Mais à tout prendre je préfère un pays où les opposants sont capables de bouffer ensemble plutôt qu'un où les seuls rapports qu'ils ont sont via des colis piégés.
@Yogi : Je ne critique pas le fait que des hommes politiques de bords différents voire opposés, et des journalistes, se rencontrent et se parlent dans le cadre de leurs fonctions, puisque c'est leur métier, après tout. En le présentant ainsi, tu déformes mon propos.
Mais il me semble qu'entre échanger des propos à titre professionnel et quasiment "vivre ensemble", ou faire partie des mêmes clubs qui sont des think tanks et des réseaux d'influence de "Maîtres du Monde" en puissance[1], la différence est de taille.
Que deux hommes politiques que tout oppose (en théorie) se parlent pour négocier une loi par exemple, est normal. Que les deux fassent partie du même club de "Maîtres du Monde" et planifient ensemble le futur de ce monde quand tout les oppose devant les caméras me semble inadmissible.
Que des journalistes soient reçus dans de tels clubs en tant que journalistes, pour rendre compte de ce qui s'y passe, me paraîtrait normal. Qu'ils en soient membres au même titre que les politiques me paraît un détestable mélange des genres, qui ôte à ces journalistes toute crédibilité.
Quant aux industriels, ils ne sont pas élus ni ne prétendent être impartiaux. Ils font bien ce qu'ils veulent tant qu'ils ne violent pas la loi (hummm...).
Quand maintenant tu parles "d'invitations", il me semble qu'un journaliste peut (et devrait) payer son addition, défrayé par son journal / station de radio ou avec ses tickets-resto ;-)
Mais que le journaliste Schmoll soit régulièrement invité (souvent aux frais du contribuable) aux meilleures tables (que son salaire ne lui permettrait pas de fréquenter, ou beaucoup moins régulièrement) par les hommes politiques même sur lesquels il va ensuite écrire, me paraît en effet le petit début de la corruption et des fameux "intérêts bien compris".
Je pense que je verrais moins d'objections si un politique invitait un journaliste au McDo des Champs plutôt que chez Lipp ou au Grand Véfour...
>
Cette dernière solution a pour elle l'avantage de la clarté, de la simplicité, et de l'absence de toute ambigüité ;-)
[1] En voir le rappel d'une amusante liste dans un commentaire de "Laurent" au Billet que je citais en début ce cet article :
etc.
Enfin, Swâmi bien-aimé dont je baise les rotules, ouvre tes jolis yeux et ton esprit sagace : la péninsule ouest-européenne est un protectorat de l'Empire.
Bien sûr, rien de très officiel, et de temps en temps le féal se paie le luxe d'affronter son suzerain devant les états généraux de l'ONU... mais bon. Bref, tu nous parles du fameux club des Bourgeois gaulois Amis de Rome et de la Culture latine, fondé à Lutèce il y a quelques 2000 ans.
@Hervé : Toutafé eugaine. Sais-tu s'ils servent au moins de bons sangliers rôtis, au cleube des Amis de Rome ?
Des tripes d'ours frites dans de la graisse d'urus (avec du miel).
la carte d'electeur mieux que le ticket de métro ? Pas du tout d'accord car le carton est trop mou. Pour le reste, il ne me reste plus aucune naïveté!