Ramana Maharshi Bon,[1] bien que tout ça quoi, donc, hein, je n'en suis pas moins ultrèmement surpris quand je me lis qualifié d'homme sage (soit rishi en sanskrit) par certaines, encore un petit effort pour rajouter "grand" devant, soit "maha", et ça nous fera un magnifique Maharshi qui déchire sa race et gonfle tes chevilles qu'avec la chaleur qu'il fait je vais encore me retrouver les guibolles dans la bassine d'eau froide pire que les fesses à Rika Zaraï.[2]

Sans doute pour m'éviter de telles souffrances et ménager les possibilités de dissolution future de mon ego[3], la demoiselle (la svache !) corrige ensuite avec un pusillanime[4] "l'homme-qui-sait-parfois-être-sage", pouah, beuk, et tombe donc de ton piédestal Ducon, que tu verras comme ça fait mal, sniffff...

Enfin Grand Sage ou petit con, dans les deux cas, c'est une fine appellation ![5]

En plus, avec ce que je viens de lui lâcher sur son bloug, c'est pas parti pour être fini d'être pire, la 'moiselle va me tronçonner la branche sur laquelle mon trône est assis, plus dure sera la chute, Aïe.

Et après être arrivé à me faire ainsi haïr grâce à quelques piques haffreuses, on trouve quand même quelques disciples femelles[6] pour écrire que Swâmi Petaramesh est une belle personne, ce qui touche ce dernier jusqu'aux tréfonds de son kangourou petit coeur tendre.

Mais quoi ! Me dis-je en me relisant, quand j'y arrive, tout en éternuant les mucosités allergiques qui dégoulinent sur mon écran comme des caractères verdâtres dans un Matrix bien dégueu, mais quoi ! Ne suis-je pas suffisamment haïssable pour que certaines persistent à vouloir m'aimer ? Ne suis-je point assez répugnant et mal embouché pour dégoûter durablement toute jouvencelle normale de l'haleine fétide de mon sebaiser ?

Il faut croire que non.

Pourtant en me relisant, quand j'y parviens etc., j'ai bien souvent l'impression que mon blog est écrit par une bande de gremlins en furie, tellement y transparaît peu l'Amour Universel que je voue indéfectiblement à tous les Etres Sensibles, supporters de foot et belles-mères[7] compris.[8]

Car c'est ma foi vrai, ne dirait-on pas que ce blog est celui d'un irrécupérable misanthrope, d'un indéfectible Diogène le cynique assis dans son tonneau virtuel à se frictionner sauvagement le pommeau en public en marmonnant "Eli, Eli, lama asabthani" ? Ah non, on me murmure que ce n'est pas ce que marmonnait Diogène, qui n'a pas été crucifié d'ailleurs, et qui marmonnait plutôt qu'il cherchait un homme, mais je ne suis pas Grec, et ma crise d'allergie qui n'en finit pas de ne pas en finir m'autorise à lever le poing vers le ciel en gueulant "Eli, Eli, lama asabthani ?". Si je veux.

On pourrait le croire. Que quoi ? Mais suivez, quoi, bordel ! c'est pas sur votre écran qu'il y a des traînées vertes, c'est sur le mien ! Et ce n'est pas vous qui rédigez péniblement un billet entre deux éternuements dans une débâcle de Kleenex détrempés.

D'aucuns, d'aucunes le croiraient presque.

Que je suis un sale type.

De ceux qui n'auraient pas compris que de tous les gremlins qui peuplent ma caboche, seuls certains écrivent des conneries sur Internet, parce que nombre d'autres s'en foutent, que certains dorment dans le fond, que certains sont en dhyana ou en samadhi, que d'autres ne pensent qu'au cul (ceux-là on les entend parfois souvent gueuler, c'est un peu les hooligans de la bande), que d'autres sont plongés dans des questionnements métaphysiques quant à savoir du glaviot ou du pollen, lequel était là le premier, et que d'autres ont pour l'humanité dans son ensemble les yeux de Chimène d'un crapaud mort d'amour. Ces derniers sont les plus gentils des gremlins, mais nombre parmi les autres les définissent plutôt comme étant les plus cons. Va savoir.

Donc, ceux qui pensent qu'il existe un moi pensent probablement que c'est un type bizarre, mais pour moi qui sais qu'il n'en existe aucun, je sais que la plupart des gremlins qui peuplent ma caboche sont des gremlins plutôt sympas, mais que ceux-là méditent dans une grotte et n'écrivent pas sur Internet.

D'aucuns en ce bas monde savent comme Whalt Whitman que nous sommes vastes, et contenons des multitudes. Ceux-là ne sont pas surpris.

Les autres se grattent l'occiput.

Existe-t-il un je qui vous parle ?

L'un de ces gremlins voulait rédiger un billet très sérieux, parler de la vacuité d'essence du moi, de l'illusion de sa solidité, de sa constitution d'une multitude de courants autonomes et contradictoires, de l'analogie avec un parlement où c'est presque autant le bordel qu'au Palais Bourbon, de vasanas et de samskaras qui se battent en duel tout ça.

D'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi j'étais parti pour écrire là-dessus, tiens. Mais avec la crise d'allergie que je me paie, un tas d'autres gremlins déconneurs en ont lâchement profité pour s'emparer du clavier et déconner à ma place entre deux giclées de morve.

On est peu de chose, ma brave dame.

Tout ça pour dire que si j'écris des sageries, c'est vraiment bien par hasard...

Je suis schizophrène et moi aussi.
- Thomas Jung

Notes

[1] Laflote, si tu veux essayer la peau de bête, il te faudra venir jusqu'à la montagne, et c'est bien là mon dernier mot !

[2] Sinon, tu peux faire aussi "grande âme" si tu veux, en prenant maha + atman (âme), soit Mahatma, c'est pas mal non plus, Mohandas Karamchand Gandhi ne crachait pas dessus. On pourrait faire "Mahamuni" aussi, plus original, mais je trouve que ça sonne moins bien, ça fait un peu trop "Grand Mamamouchi", et c'est le Fou du Puy qui serait trop content...

[3] Manonasha, Chitta Shuddhi, Vasanakshaya (mais c'est pas gagné).

[4] Dont on notera au passage qu'il signifie en latin l'exact contraire de ce que "mahatma" signifie en sanskrit...

[5] Foin du contrepet !

[6] L'invitée mystère, non, vous ne saurez rien !

[7] Enfin bon, faut quand même pas exagérer... Si ?

[8] Ou presque.