- Papa !
- Oui ?
- Il faut acheter un bouquet de fleurs pour maman !
- Ah ? Et pourquoi ?
- Parce que c'est son anniversaire !

Swâmi Petaramesh le sait bien, mais ces jours-ci, on ne sait trop pourquoi, il n'a pas trop le coeur à fêter des anniversaires.

Ce matin, après avoir laissé la grande dans le grostocar blanc, il a déposé Mâ Anandaramesh à la station de métro. Les dernières paroles de celle-ci furent :
- Achète une bouteille de Champagne. Ce soir, on va pouvoir se parler.

Swâmi Petaramesh ne sait plus ce qui va lui tomber sur le coin de la gueule, mais il est allé acheter une bouteille de Champagne et l'a mise au frigo. Plus ça va, moins il comprend, alors il ne cherche plus vraiment.
Et il a passé la journée triste à pierre fendre.

Là, Srî Minîshiva veut acheter des fleurs à sa maman dont c'est l'anniversaire. C'est mignon, c'est touchant.
- Ok bonhomme, on en achètera tout-à-l'heure. Mais là, d'abord, je t'emmène acheter un pain au chocolat, et on va au parc.

Au parc, donc. Où je contemple un quarteron de mères de famille et de nounous-trois-poussettes collectivement ou individuellement capables de rendre instantanément homosexuel le plus hétérosexuel des mâles. Rien que les regarder me déprime. Veugra.

Puis soudain, mon regard est attiré par une cheville fine prolongée d'un pied craquant et surmontée de jambes galbées (avec son copain l'autre pied, oeuf corse). Le tout supportant une croupe fascinante qui se déplace de-cî de-là d'une démarche aussi majestueuse que royale.

Mes sourcils s'arquent en accents circonflexes. Mon regard se lève de ce bouquin que de toute manière je n'arrive pas à lire en surveillant le Nain.
La créature au port altier est splendide, sexy-craquante juste ce qu'il faut, bref, de quoi convertir à nouveau aux charmes de l'hétérosexualité.

La belle s'asseoit à 5-6 mètres de moi. Sort un magazine. Mon regard[1]-laser zoome sur sa lecture.
Un roman-photo comme je ne croyais plus qu'il en existât encore. Un de ces trucs où le beau Bill invite la splendide Monica à fumer le cigare dans son bureau-ovule, quoi. 'tain c'est pas vrai. Ouvrage réservé aux Q.I. de belmehrs de moins de cinquante ans. Elle lit ce genre de trucs, la grosse conne ! Phear !

Bheuaaa. Le Swâmi Petaramesh est tout dégoûté.

Un moment après, nous quittons le parc, remontons dans le carrosse, direction la maison.
Arrivés à 100 mètres :

- Papa, on n'a pas acheté des fleurs à Maman !
- ... (in petto : "Merde...")
- Papa, y faut acheter des fleurs à Maman !
- Bon OK bonhomme, on y retourne...

On y retourne donc, et on ramène un joli bouquet de roses.

Mâ Anandaramesh pourra vraiment être heureuse du joli bouquet à l'initiative intégrale de son p'tit bonhomme de 3 ans 1/2, choisi par celui-ci ...et payé par le papa, 'videmment, mais ça ça ne compte pas, c'est normal.

'toute façon le papa, ce soir, il a carrément bien trop les boules.

Ah, puis c'est l'anniversaire de Mademoiselle Kestagrandhi aussi, aujourd'hui, bien sûr. 20 ans tout rond, que ça lui fait, à la grande.
Mais je n'ai pas réussi à la joindre encore. Portable en messagerie vocale. En un sens ça tombe bien, j'avais pas trop le moral à parler au téléphone... Jusqu'ici en tout cas.

V'là. Une belle journée de Swâmi-la-Misère en pleine auto-affliction. Si ça continue, ça risque de se finir aux boules roses, ce genre de connerie.
Faut faire gaffe, un arrêt brutal de clope en période de "météo affective estivale façon Terre-Adélie en juillet", faudrait pas laisser ça tourner à la mahousse déprime...

Tiens, Mâ Anandaramesh appelle. 19h passées, elle sort juste du bureau. Elle avait dit qu'elle rentrerait tôt, mais ses collègues ont voulu lui fêter son anniv'...
Elle dit avoir eu une journée difficile et en avoir passé un bout chez le médecin de sa boîte.
Au téléphone, elle semble au bord des larmes.

Well, la vie est belle, changeons rien, continuons comme ça...

Notes

[1] retapé au