Je suis trempé jusqu'aux os. Jusqu'au slip[1]. Inclus.

Je me suis levé, j'ai mis mon blouson sur mon dos, j'ai sorti de ma poche la clé de la voiture, et je l'ai posée sur la table du McDo.
Elle m'a dit : "Tu fais quoi ?"
- Tu vois bien, je m'en vais.
Elle a été prise par surprise, m'a dit que je devais prévenir les enfants qui étaient dans les jeux. Je lui ai dit que je lui faisais confiance pour le faire, et que, pas de panique, je serais à la maison ce soir.
Et puis je suis parti.

Depuis le début du week-end, l'atmosphère était déjà à couper au couteau. Inutile d'entrer dans les détails sordides.
J'ai tout de même fini par décider que je ne partirais pas en vacances "en famille" cet été, et par le lui dire. Elle ne semble pas le comprendre. Décidément, c'est moi qui n'y comprends rien.
Là, profitant de ce que les enfants étaient partis dans les jeux du McDo, j'ai encore une fois essayé de communiquer, essayé de comprendre, de dire certaines choses. Ca encore mal tourné. De la totale incompréhension jusqu'aux mots qui blessent en passant par la nécessaire engueulade plus ou moins feutrée. Juste du gâchis.
Je n'en pouvais plus, alors je suis parti.

Sorti du McDo, mon Petit Démon Intérieur me rappelle aussitôt que si ses souvenirs sont bons, il doit y avoir un tabac à 500 mètres sur la droite, et que ce serait une bonne idée d'y passer, 21 jours ou pas.
Je l'envoie chier ce con. Je suis assez content finalement : Si j'arrive à l'envoyer chier dans de telles circonstances, ça me paraît assez gagné pour moi ; assez perdu pour lui.

Ce n'est même pas "les boules", ce que j'ai. C'est pire. Mais on pourrait presque dire que maintenant, je suis habitué. Un mélange de, je ne sais pas... Désespoir, dégoût, amertume, tristesse et désolation. Inquiétude pour l'avenir, problème sans solution. Un peu de rancune, mais très peu. Juste cette immense incompréhension. Sidération devant l'ampleur du gâchis. Tristesse sans fond.
Sans que je l'impute à l'un ou à l'autre, d'ailleurs, ce gâchis. Quelle que soit la forme que les choses aient prises. Nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Et on s'est salement gourrés. Et on est dedans jusqu'au cou. Et ça fait mal.

Je ne sais pas trop où aller, alors je vais me balader.

Je marche devant moi, dans cette partie de la ville pratiquement déserte. Pas loin du stade, zone de labos de recherche et de machins tertiaires, entreprises biotechnologiques, labos de classe IV[2], zone portuaire, le tout fermé ce jour férié. Des voitures qui passent, mais pas un piéton ou presque, dans ces larges avenues sans âme.

Je marche. Je passe derrière ce stade, jamais vu de bien près. C'est immense. D'autres équipements plus loin, une grande salle omnisports. Ca devient du "voie sans issue" tout le coin, dirait-on. Je continue. Je me demande si par là je peux rejoindre le parc du confluent, c'est pas bien loin, juste derrière je suppose, ça doit être faisable ? Je fais encore quelques centaines de mètres. Un vrai désert urbain. J'arrive dans un coin où semble commencer le parc du confluent, mais merde, c'est "Chantier interdit au public" par ici. Je ne vais pas pouvoir passer.

Eclair dans le ciel, bruit de tonnerre. Tout près on dirait. C'est étrange. De l'orage, par cette température ? Le ciel est de plus en plus noir... J'ai envie de pisser. Pas un chat, des bagnoles en stationnement, un mur. Je me mets contre le mur et me débraguette. POUEEEETTT !!! juste derrière mon dos. Je me retourne, évidemment, un type assis dans la voiture en stationnement juste derrière moi. Il a son journal à la main. Il se fend la gueule. Faut jamais se croire seul.
Bon, je vais pisser 25 mètres plus loin.
Autre éclair. Ah oui, c'est de l'orage ! L'a pas l'air loin. Je compte. Un... Deux... TrSKKRSTBOUOUM !!! Bon, il est tout près.
Une grosse goutte d'eau s'écrase en plein milieu de mon front. Je finis de pisser et remballe l'instrument. Autre goutte.
Autre éclair. Un... Deux..KRSSHBENG !! C'est tout près, et de plus en plus près.

Il se met à pleuvoir dru d'un coup. Violente pluie d'orage. Heureusement que j'ai mis mon blouson plus ou moins d'hiver, pas étanche mais presque.
Ca a l'air de devenir sérieux, faudrait penser à gagner le métro, il doit être à 5 ou 600 mètres...

Autre éclair. Un... DeuSKBANNGGG !! Oh là, c'est vraiment, vraiment tout près cette fois, et il a tapé à droite, celui d'avant était tombé à gauche. Je suis en plein dedans.
J'avance en longeant la haie de platanes, pour me protéger de la pluie battante qui tombe. Maintenant, ce sont des baignoires entières qui tombent du ciel. Je presse le pas, trempé du simple fait de passer d'un arbre à l'autre.
Les éclairs tombent de tous les côtés. Bing et BANG ! BOUM ! Ce serait marrant de se faire foudroyer comme un con en plein Lyon, dans ce quartier désert où même pas une voiture ne passe... Ca réglerait d'un coup l'ensemble de mes problèmes, tiens.
Mais non, en fait, ce ne serait pas marrant du tout. Je n'y tiens pas. Mais vraiment pas.
Je ne me la joue pas héros romantique en plein spleen exposant sa poitrine nue aux éléments : Allez viens si tu l'oses ! Frappe et finissons-en !. Non. Tout compte fait, j'ai pas envie d'y rester. Un éclair en pleine poire, c'est certes peut-être rapide et expéditif, mais j'ai d'autres projets, même si je ne sais pas encore lesquels. J'en ai. Croyez-moi sur parole. Je trouverai.
Plutôt rassurant, tout ça... Bonne démonstration par l'exemple.

J'ai échangé le pas pressé contre le pas de course, maintenant. Courir sous une pluie d'orage aussi violente, c'est pas forcément une bonne idée, mais j'aimerais assez y rester le moins longtemps possible, et la bouche de métro salvatrice est encore à plusieurs centaines de mètres. Ce n'est plus de la pluie, d'ailleurs, enfin plus seulement. Des dizaines de milliers de petites billes blanches tombent de tous côtés. Pluie et grêle. Ben voyons. Juste pour moi. Merci, mais c'est trop, fallait pas ! Les éclairs, c'est toutes les 15 ou 20 secondes. Bad-ding ! Ba-Boung ! Plaf ! Tchlock !

Voilà la bouche de métro. Je m'engouffre dans l'escalier. C'est arrivé à l'abri que je mesure l'ampleur des dégâts. Mon falzar est aussi trempé que si je remontais du Rhône. Il est couvert de tâches de boue, rien que les projections des gouttes et des grêlons. J'ai des grêlons plein les cheveux. Heureusement que c'était des tout petits, pas des balles de golf !
Mon blouson "waterproof" est entièrement traversé. Je suis trempé jusqu'aux os, quel est le con qui m'a vidé une dizaine de baignoires glacées sur la tête ?
Mes godasses, n'en parlons pas. Heureusement que j'avais de grosses pompes de rando, mais tout de même, l'imperméabilisant, y sert pas à grand-chose...

J'arrive sur le quai suivi d'une traînée de flotte digne du mec qui serait occupé à pisser dans son froc. J'attends le métro.

Une jeune fille arrive, provenant d'une autre entrée. Aussi trempée que moi. Peut-être pas autant finalement, mais son jeans est visiblement à tordre. Pieds nus dans des sandalettes, ses pieds sont deux tas de boue. La pauvrette !
La pluie a transformé son pull de coton en concours de t-shirt mouillé, mettant très fort en évidence la courbe de ses seins. Vision ma foi très attirante. Je n'écrirai pas que ses tétons pointent visiblement à travers le pull parce qu'on est pas dans un texte érotique à deux balles ici, et parce que ce serait un mensonge. Je ne vois pas ses tétons. Bon, ben tant pis. Ses cheveux trempés plaqués sur son joli visage achèvent de lui donner un aspect sexy à tomber raide-sur-place.
Miam.
Je lui souris, elle me sourit. Communion des trempés, en quelque sorte.
Elle s'asseoit sur un banc ; je reste debout.
Un instant plus tard, je lui souris à nouveau. Elle prend les écouteurs de son Walkman et se les plante dans les oreilles, ce qui, traduit du citadin moderne signifie Cher monsieur, je n'ai pas envie d'être emmerdée..
Je comprends le message, et je ne me fais pas plus lourd.
Le métro arrive ; la belle et moi montons. Je la garde en vue du coin de l'oeil, mais c'est tout.

Le gosier commence à me gratouiller de plus en plus, je me prends une quinte de toux carabinée, ça me picote dans le larynx, saloperie d'eau glacée.
Plus je tousse et plus ça picote, plus ça picote et plus je tousse.
Je me lève pour aller tousser à l'autre bout du wagon.
Une fille se retourne pour voir qui tousse ainsi. Elle est belle, et elle a l'air conne. Donc elle n'est pas belle, finalement.

Quatre stations plus tard, je descends. Changement de ligne.

J'arrive sur le quai à l'instant où la rame y accoste. Je me dépêche pour entrer par l'avant.
La galanterie m'incite à laisser passer une jeune femme. Elle est très jolie. Jeans, très fine, tiags à bout pointus. Brunette, cheveux raides et courts, pas coiffés en carré, mais un peu le genre. De toute manière, je ne connais rien aux noms des coiffures. Des trucs de fille, ça. Elle doit avoir entre trente et trente-cinq ? Visage mince, air fragile et fort à la fois, ce genre de visage qui me fait assez pas mal craquer.
Je la regarde et me prends à la désirer tout en me disant "T'es con, mais t'es con tout de même. Elles t'ont pas causé assez d'emmerdements comme ça... Hein ?"

Je descends à la station suivante. Une grosse à l'air con me mate dans l'ascenseur. Suis toujours aussi trempé et beau comme un camion.

Envie d'une femme avec qui me changer les idées. Besoin de tendresse à partager. Chuis con, hein. Très. Et qu'est-ce qu'elle a à me mater comme ça cette grosse conne ? Elle veut ma photo ? Qu'est-ce qu'il fout ce putain d'ascenseur ? Il démarre, oui ou non ?

Comment se fait-il que je ressente autant le besoin d'une femme alors que j'en chie tellement dans ma relation avec l'une d'elles. Méditer dans une grotte, ça ne serait pas mieux ? Sur la question, éventuellement...

L'ascenseur me pond dans la rue. Ici, il ne pleut plus. Le temps de parcourir les 500 mètres qui me séparent de chez moi, le soleil pointe le bout de son nez. Et je suis trempé jusqu'aux os, avec mon jeans "propre de ce matin" tout dégueulasse et bon à relaver.

J'arrive chez moi. Mademoiselle Patâpatî m'accueille. Ils sont rentrés avant moi. Elle s'étonne de me voir revenu aussi tôt : Maman avait dit que tu serais là ce soir.
Je me fous en slip dans l'entrée, pas dégouliner partout avec mon jeans trempé.

J'entre dans le bureau, m'écroule en slibard sur ma chaise. Commence à rédiger ce sympathique billet.

Quand j'y suis depuis 10 minutes, Mâ Anandaramesh entre et me demande si elle peut me parler.
- Si ça ne peut pas attendre... lui réponds-je.

Elle veut savoir si "je tiens à venir" à Marineland à la fin du mois. Ca fait un bout de temps que c'est prévu, et qu'on y va tous en famille.
Je lui dis que c'est prévu, et que comme c'est prévu, a priori, je viens, à moins qu'elle "ne tienne à ce que je ne vienne pas".
Elle me dit qu'elle fera "l'effort de me supporter" si nécessaire.

J'ai passé une partie de la journée d'hier et de la matinée d'aujourd'hui à regarder mon mobile pour voir si des fois y'aurait pas un SMS dessus. Une amie devait, peut-être, transiter par Lyon en TGV, hier ou aujourd'hui, et j'aurais été très heureux de la voir le temps de boire un pot et de se balader si j'en avais eu des nouvelles. Mais je n'en ai pas eu. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles...
Pas de pot. Pas de balade. Remarque que vu le temps... Fait chier l'existence.

Ce billet fait déjà 101 lignes de texte dans mon kwrite. C'est déjà trop long, assez merdique comme ça.
Plus qu'à copier-coller dans dotclear. Affichage-de-ta-merde-au-vaste-monde que vazy juste fais-le...

J'ai la fenêtre ouverte. J'entends que dehors, il re-pleut.

Notes

[1] Une des plus grandes questions de la Vie, de l'Univers et du Reste vient de trouver sa réponse : "Sous son dhôti, Swâmi Petaramesh est-il slip, ou caleçon ? (ou string ?)"

[2] Si on doit être vraiment dans la merde un jour, c'est de là que ça sortira...