Swâmi Petaramesh, tout de Non-Dualité magnanime qu'il est, ne s'arrêta pas au fait que pour une première prise de contact, elle était certes un peu abrupte, et que, Dieu merci, nul n'étant forcé sous la menace d'une arme à venir à l'ashram lire les conneries sûtras de Swâmi Petaramesh, les grincheux, pisse-froid et autres mécontents avaient tout loisir de se rendre illico presto à des temples de religions plus en accord avec leur sensibilité propre. Voire à un meeting de l'U.M.P. Ou à une conférence sur la symbolique véhiculée par le costume de Jacques Lacan[1]. On ne retient personne.

Non. swâmi Petaramesh ne dit pas cela. Il ne le pensa même pas une seconde, et se borna à demander à la visiteuse quelques précisions sur le sens profond de ses paroles.

Précisions que la dame apporta alors en ces termes :

on relit un petit bout de texte d'Eric Chevillard dans "Préhistoire" aux éditions de Minuit (1994)"…pour ne rien omettre de notre passé personnel commun, une somme, une œuvre universelle qui recoupera toutes les autobiographies et nous dispensera de leur lecture répétitive{…}, les plus modestes événements de cette vie inévitable, car je le connais le moucheron noir qui se pose pour toujours sur la porte blanche fraîchement repeinte;" La voilà ma participation constructive : et si on parlait littérature, politique, science, avenir, plutôt que de soi?? cela ne serait pas plus drôle, finalement?

Swâmi Petaramesh, dont le neurone souffrant terriblement de manque de nicotine s'avérait sur l'instant peu apte à la fourniture clés-en-main d'une réponse intelligente, et qui de plus ne pouvait pas relire Eric Chevillard, ne l'ayant initialement pas lu, se contenta de faire ce qu'il faut faire dans ces cas-là, à savoir envoyer chier poliment la dame avec la réponse bien polie que voilà, faite en toute non-dualité :

Toutafé, alors en retour, ma suggestion constructive : tu ouvres un blog (l'absence de lien dans ton commentaire me conduisant à inférer que tu n'en as pas), et tu y parles de tout ce que tu juges adéquat, et nous commentons si nous le souhaitons...
Et comme ici, tu es sur le blog de quelqu'un d'autre, tu laisses le quelqu'un d'autre libre du choix des sujets qu'il désire aborder chez lui et de la manière dont il souhaite le faire...
L'est-elle pas belle, la vie ?

Swâmi Petaramesh fit toutefois un noeud à l'axone de son neurone pour se remémorer de traiter ultérieurement cette intéressante question, dès qu'il serait redevenu intelligent.
Ce qui n'a pas l'air près de se produire. On va quand même essayer de penser à faire une petite réponse avant un événement qui ne se produira finalement peut-être jamais.

Entre-temps, il reçut une nouvelle réponse de la Zaza qui disoit des tas de vilaines choses sur sa peu constructive attitude tout en signalant au passage avoir vécu de nombreuses années de psychanalyse, ce qui nous rappelle que comme disait Archimède Papa Sigmund : Tout corps allongé sur un divan reçoit de bas en haut une poussée égale au nombre des années qu'il y a passées, et, s'il ne s'en est pas relevé au bout de trois ou quatre ans, peut être considéré comme définitivement perdu. Ou quelque chose comme ça[2]. Sigmund, c'est un peu comme Eric Chevillard, il faudrait que je le relise... Sauf que je l'ai un peu plus lu. Tout de même.
Mais brisons-là, je ne re-citerai pas ici in extenso le commentaire de la dame qui agit pour le bien de la communauté, commentaire auquel je vous renvoie donc par cet amusant lien.

Tâchons plutôt de répondre à la question initiale.

Une "œuvre universelle qui recoupera toutes les autobiographies et nous dispensera de leur lecture répétitive" au prétexte que "je le connais le moucheron noir qui se pose pour toujours sur la porte blanche fraîchement repeinte" pourrait-elle exister ?

Absurdité totale ! Non-sens ultime.

Bien sûr, vues de loin, pour l'ignorant qui n'en connaît rien, toutes les vies se ressemblent, tous les moucherons sont identiques, qui se posent sur toutes les portes. Comme sont identiques tous les brins d'herbe du champ. Comme sont identiques tous les champs. Comme sont identiques tous les humains.

Mais celui qui les connaît de près sait qu'il n'y a pas deux champs identiques, pas deux brins d'herbe identiques, celui qui vit ces vies sait qu'il n'y a pas deux vies identiques, pas deux êtres identiques.
Que c'est bien pour cela que toutes ces vies sont vécues.
Et que le seul moucheron réel est ce moucheron-là, celui qui se pose sur cette porte-là. Et qu'il n'y a aucun autre moucheron ni aucune autre porte dont nous puissions parler, ou d'où nous puissions partir.

Celui qui sait, sait qu'on ne peut partir que du particulier pour atteindre à l'Universel. Que l'on ne peut partir que de soi pour aller où que ce soit - où que ce soit qui toujours nous ramène à Soi.

Que celui qui connaît ce brin d'herbe-là et ce moucheron-là connaît tout l'Univers.

Que celui qui pense parler de l'universel sans parler de lui-même, celui-ci ne parle de rien.

Que c'est pour cela que le brin d'herbe se préoccupe de pousser. Parce qu'il n'y a rien d'autre qu'il puisse faire.

Que contrairement à ce qu'on pourrait penser, il n'y a ci-dessus aucune contradiction[3].

Que comme disait Gainsbourg : Comprenne qui peut. Pas si con.

Sur un plan plus terre-à-terre, un blog est un outil qui vit au fil du jour-le-jour, qui permet d'exprimer ce qui vient, et d'échanger avec d'autres. Ceci se nourrit du vécu, de l'instant, de l'immédiat, de l'anecdote, du petit détail de rien qui semble n'avoir aucun sens jusqu'à ce qu'il soit convenablement regardé, convenablement perçu par la conscience.

Quand je voudrai faire de Grandes Choses, je rédigerai une Somme Philosophique et Spirituelle en dix-neuf tomes plus un cahier "Tendances - Shopping", mais d'autres l'ont déjà fait et tellement mieux que moi.

Finalement, je crois que je vais m'en tenir à bloguer des conneries. Mais regardez bien sous les conneries. Des fois que... Enfin, si vous avez le temps ;-)

Et puis, pour écrire des choses intelligentes, j'attendrai d'avoir trouvé par quel bout on rebranche ce cerveau.

Notes

[1] L'interprétation doit être preste pour satisfaire à l'entre-pret. De ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire. - Jacques Lacan

[2] La psychanalyse guérit de tout, sauf de la connerie ! - Jacques Lacan (Incurable, en connaissance de cause...)

[3] Il est donc inutile d'appeler Walt Whitman au secours.