Nouveau venu dans l'univers bloguique, j'ai découvert il y a quelque temps que certains blogueurs faisaient des pieds et des mains pour se faire "dégougler" certains apparemment par une forme d'élitisme visant à écarter les visiteurs indignes de lire leur prose ou de polluer leur fil de commentaire, ou dans le but de diminuer la bande passante consommée par des visiteurs qui arriveraient là à la suite d'une des amusantes maldirections des moteurs de recherche, et qui boufferaient donc la précieuse bande passante du serveur alors qu'ils ne trouveraient pas là ce qu'ils viendraient y chercher.

J'avoue que ces deux arguments ne laissent pas de me surprendre quelque peu. Tout d'abord, s'il est concevable d'écrire pour soi-même, il est plus logique de le faire dans un petit carnet enfermé à clé dans son tiroir, que mis en ligne sur un espace d'accès public.
J'en déduis donc que le blogueur, s'il blogue, blogue pour être lu, à mois d'être atteint d'une étrange forme de pathologie schizoïde.
Quant à la bande passante, franchement, à part les blogs à très fort succès, qui peuvent commencer à sérieusement chiffrer en termes de visites, je doute que le blog lambda non-célèbre souffre bien vite de ce genre de soucis.

Eviter que des gens n'arrivent sur un blog par erreur d'aiguillage m'étonne aussi. Un visiteur qui ne trouve pas ce qui l'intéresse tourne casaque en quelques instants, non ? Par contre, il est fréquent qu'au hasard du surf, on trouve des choses très intéressantes, et des lieux vers lesquels on voudra revenir, par suite d'une de ces erreurs d'aiguillage des moteurs, qui ajoutent un peu de poésie à la monotonie d'un surf trop balisé...
N'est-il pas plaisant de se dire que l'on offrira peut-être quelque chose d'agréable et d'inattendu à un visiteur qui ne le cherchait pas, mais qui, peut-être, reviendra ?

D'autres blogueurs, comme Samantdi ont choisi de se dégougler, peut-être pour préserver un peu mieux leur anonymat, dans l'éventualité où ils tiendraient sur leur blog des propos en rapport avec leur existence réelle, leur vie professionnelle (du moins, c'est ce que j'ai pu comprendre à la lecture de quelques remarques sur le blog de Samantdi)...

Swâmi Petaramesh lui-même ne se dégougle pas, enfin, pas pour l'instant, bien que les erreurs d'aiguillage ne lui fassent pas défaut ;-) mais se contente plus simplement d'un fichier robots.txt sur mesure permettant, grâce au protocole ad hoc de définir les robots bien ou mal venus, et les parties du site que l'on souhaite voir indexées, cachées, archivées, ou non. (Pour les robots très mal venus, Swâmi Petaramesh garde quelques bonnes chienneries en réserve, directement au niveau de la configuration du serveur...)

Mais après ce "pour bloguer heureux bloguons caché", Swâmi Petaramesh découvre aujourd'hui via Embruns cet article du Monde.fr parlant des blogueurs d'influence qui deviennent des leaders d'opinions.

Tiens, non contents de simplement bloguer, certains blogueurs aspirent donc à devenir des Gens Importants, des Leaders d'Opinion, wah, ça en jette...

Ce qui me conduit à m'interroger in petto : "Peut-on bloguer plus haut que son cul ?"

Mais le pire est à venir, je découvre ensuite au détour de l'article précité du Monde.fr la chose suivante :

"L'audience n'est qu'un des critères dont nous tenons compte pour retenir un site, mais c'est loin d'être le seul", explique Sandra Albertolli, responsable de l'agence Influence, qui se définit comme "agent des blogs et des sites influents". "Nous vérifions également son référencement dans les principaux moteurs de recherche. Nous observons la qualité des textes, du graphisme. Il faut encore tenir compte de l'expertise du blogueur et évaluer celle de ses lecteurs", ajoute-t-elle.

Il y a donc désormais des "agences" qui se font les agents des blogs influents ! Ô misère !

Ainsi, sitôt que vous avez fait savoir au monde que vous avez une âme, vous pourrez désormais vous préoccuper de la vendre.

Car à quoi bon agence et agent si ce n'est pour gagner du pognon ? Comment gagner du pognon avec son blog, sinon en le truffant de pub, ou en opérant le léger glissement sémantique qui va de leader d'opinion à dealer d'opinion...

Sur ces interrogations, Swâmi Petaramesh retourne à sa méditation, tout en se disant qu'il trouve, finalement les dégouglés bien plus sympathiques...