Yaourt sans cornichons
Par Petaramesh le mercredi 15 mars 2006, 18:16 - Non-dualité tout court - Lien permanent
...ou la problématique de l'athée
"Blog sans Dieu". Tout d'abord, cet intitulé m'étonne par son incongruité, par la difficulté que mon esprit rencontre pour faire le lien logique entre les deux termes de cette équation.
"Blog sans Dieu". Ca sonne un peu "Yaourt à 0% de Matière Divine", "grâce à son pot catalytique, rejette moins de 0,05ppm de bénédictions dans l'atmosphère" ou encore "Aucune hostie n'a été blessée ou maltraitée pour la réalisation de ce blog".
"Blog sans Dieu", cela pose d'emblée un des problèmes existentiels de l'athéisme : Définir sa position par rapport à quelque chose, qui, selon soi, n'existe pas.
D'une certaine manière, les croyants de tout poil, inventant le concept Dieu, lui donnent une réalité. Le Verbe dit "Que Dieu soit !" et à partir de là, Dieu fut. Il devint un Dieu auquel se soumettre ou un adversaire à combattre, mais comment combattre un néant ? Et d'ailleurs, pourquoi voudrait-on combattre un néant ?
- Je crois au Grand Schmilblick ! Le Grand Schmilblick est Grand !
- Ah non, moi je suis Aschmilblickien ! Et vous ?
- Oh moi, je ne sais pas trop, on sait jamais, ça peut servir, en matière de Schmilblick, je suis agnostique, on verra bien quand on y sera ! En attendant, n'offensons pas les Croyants de la Très Sainte Eglise du Grand Schmilblick, on ne sait jamais, et puis, ça peut être dangereux : ce sont des gens irascibles qui se fâchent pour un rien...
Le problème de l'Athée est tout d'abord le problème de celui qui ne se définit pas "pour" quelque chose, mais "contre" quelque chose. D'une certaine manière, celui qui se définit "pour" a un certain contrôle sur sa foi, son dieu, sa religion, peut se positionner à l'intérieur de ce cadre, tandis que celui qui se définit "contre" n'a finalement aucun contrôle sur un concept protéiforme dont il nie l'existence en tant que réalité.
Finalement, celui qui se définit "contre", la première chose positive qu'il se crée, ce sont des ennemis ;-)[1]
Ensuite, affirmer "Dieu n'existe pas", c'est intrinsèquement délicat, parce que cela revient à définir Dieu. En effet, si l'on discute de l'existence ou de la non-existence d'une table, la question est relativement simple, tout le monde étant d'accord au moins sur ce qu'est une table, ce qui veut dire que tout le monde en a déjà vu plusieurs.
Donc, celui qui affirme "Il n'y a aucune table ici" peut facilement être départagé de celui qui affirme "il y a une table ici". Tout le monde étant au minimum d'accord sur le fait qu'il existe, quelque part, des tables. Et qu'on sait ce que c'est.
Mais Dieu !
Affirmer péremptoirement "Dieu n'existe pas !" revient à affirmer "quelle que soit l'entité ou la pseudo-réalité que le mot Dieu prétend désigner, j'affirme que cette entité ou pseudo-réalité n'a pas d'existence autre qu'imaginaire".
On voit tout de suite l'étendue d'une telle affirmation. En somme, affirmer sans nuance et de manière catégorique "Dieu n'existe pas !" revient à la négation de toute forme de transcendance, quelle qu'elle soit.
A cette aune, la plupart des "athées" que j'ai pu rencontrer le sont beaucoup moins qu'il n'y paraît au premier abord. Dès qu'on les cuisine un peu, dès qu'on avance dans les questions, notamment sur l'après-vie, l'existence de l'âme, la présence possible ou l'absence d'un dessein général à travers le cosmos, les fondements de la morale, diverses autres croyances ou superstitions, bien souvent, leurs réponses deviennent hésitantes ou témoignent que, sous l'athée pur et dur, il y a peut-être anguille sous roche, il y a peut-être bien un agnostique qui s'ignore.
En fait, de véritable athée, je crois n'en avoir jamais rencontré aucun, car les seuls authentiques prétendants au titre qu'il m'a été donné de connaître avaient simplement changé de religion : leur négation absolue de toute forme de Dieu s'appuyait toujours sur une autre idéologie, également externe et dogmatique, et en laquelle ils avaient une foi aussi forte et aussi aveugle qu'en une religion révélée.
De fait, une position athée absolue, qui nierait donc l'existence de toute transcendance, serait un acte de foi et non un acte de raison, tant cette proposition est indémontrable.
Trancher sur l'existence ou la non-existence de "Dieu" ne peut donc être que l'affirmation d'une position religieuse, et non pas scientifique. Le scientifique se bornera à dire que l'intervention divine n'est pas nécessaire dans le cadre de son hypothèse ;-)
Revenons-donc à notre athée. La quasi-totalité des athées, quand ils s'affirment tels, ne vont pas aussi loin que la négation de toute transcendance possible. Plus modestement, ils nient généralement l'existence de Dieu sous la forme que lui donne telle ou telle religion. Pour autant que cette forme soit clairement connue, car, interrogez des croyants autour de vous, finalement, bien souvent, ils "croient en Dieu", mais sont parfaitement incapables d'en donner une définition autre que vague autant que floue. Poussez-les dans leurs derniers retranchements, ils vous renverront vers plus savants qu'eux, le curé, le pape, l'imam, le rabbin, ou directement le Livre Saint. Lis donc la Bible, mon gars, et tu sauras ce qu'est Dieu.
Etrange de voir une telle quantité de croyants d'un côté, qui croient dur comme fer en leur Dieu sans en avoir une idée autre que fumeuse, mais sont toutefois parfois prêts à se faire tuer en Son Nom (ou à tuer les autres, c'est quand même plus facile), et de l'autre côté, des rangs beaucoup plus clairsemés d'athées convaincus, qui combattent bien davantage des religions, des curés et des croyants que Dieu himself (combattre Dieu n'a aucun sens. S'il n'existe pas, on ne combat pas ce qui n'existe pas. S'il existe, c'est peine perdue ;-)
Finalement, c'est bien la religion, ou le groupe de religions qui définit son athée, son opposant.
J'en veux pour exemple le très intéressant Traité d'Athéologie de Michel Onfray[2]. En ouvrant cet ouvrage, je m'attendais à une belle démonstration d'athéisme universel, pur et dur, mais qu'y trouve-t-on ? Essentiellement une charge en règle, fort intéressante au demeurant et fort bien documentée, contre les trois monothéismes familiers de notre occident, Judaïsme, Christianisme et Islam. Par ordre d'ancienneté.
Dans son ouvrage, Onfray ne règle pas son compte à Dieu, il règle plus modestement son compte au Dieu unique, au dieu d'Abraham, au Dieu de l'Ancien et du Nouveau Testament, du Talmud, du Coran. Il règle au passage leur compte à ces Livres Saints eux-mêmes, et crucifie Jésus la tête en bas.
Belle ouvrage, certes, tout croyant des trois religions lisant cet ouvrage avec honnêteté intellectuelle (c'est-à-dire sans repousser les arguments a priori en refusant de les examiner) aura du mal à s'en remettre.
Mais les philosophies ou religions non-dualistes ? Même pas abordées. Sur le bouddhisme ? Theravada, Mahayana, Zen, Tibétain ? Pratiquement rien. Sur le Vedanta ? Rien non plus. Sur les religions orientales, le taoisme, le shintoïsme, le panthéisme, l'animisme ? Pas grand-chose. On croirait soit qu'Onfray ne les connaît pas, soit que les combattre ici n'est pas son propos, soit qu'il ne se prononce pas, soit qu'il les juge quantité négligeable, ce qui serait quand même étonnant, les trois monothéismes visés ne concernant finalement que grosso-modo la moitié des 6 milliards d'habitants de la planète Terre, le sentiment religieux étant lui universel chez l'Homme, sous une forme ou sous une autre.
Cette remarque faite, l'admirable engin de démolition d'Onfray devrait donc être rebaptisé "Traité d'anti-monothéisme" plutôt que "Traité d'Athéologie".
Et le croyant, là-dedans ?
En face de l'athée, nous avons le croyant.
Il existe tellement de formes de religions, et, dans chacune, une telle diversité de croyants, qu'il nous serait fort difficile de dresser un portrait du croyant en quelques lignes.
Toutefois, on peut essayer de dégager des traits communs à la majorité des croyants. En commençant par remonter au sens du verbe "croire".
Croire, par définition, c'est avoir une opinion qui ne se fonde pas sur l'expérience directe, ni sur une démonstration rationnelle incontestable. Ainsi peut-on affirmer du croyant qu'il n'a pas rencontré Dieu ou le Christ et n'entretient pas une relation bidirectionnelle avec eux (sinon, ce ne serait pas un croyant, mais un mystique, ce qui est toute autre chose), et qu'il n'est pas non plus en mesure de démontrer l'existence de Dieu ou du Christ, ou la nature divine de ce dernier, ou les miracles auxquels il croit, etc.
Quand le verbe croire est utilisé dans le cadre de la vie courante, il implique un degré de certitude moinde que le verbe savoir. Je crois que...
est une formule qui, par définition, laisse place au doute ou à l'erreur. De manière surprenante, quand le verbe croire est utilisé dans un contexte religieux, il perd bien souvent ce caractère d'incertitude, et devient synonyme de certitude absolue du croyant, bien que les fondements de cette croyance ne soient pas plus solides que dans l'acception courante du verbe.
Le croyant est donc celui qui professe une certitude en l'absence d'expérience directe et de fondements rationnels. C'est déjà pour le moins suspect.
Notons au passage que les fondements rationnels, la démonstration en raison ne sont pas nécessaires à l'établissement d'une certitude en bonne et due forme. L'expérience directe peut suffire. Celui qui a vu l'océan, ou une fleur, est parfaitement convaincu de l'existence de l'océan ou de la fleur. Il ne croit pas en l'océan ou en la fleur : il les a vus. En ce sens, l'expérience du mystique est totalement différente de la croyance. Simplement, l'expérience du mystique, qui ne peut être démontrée par la raison, ne peut donc emporter la conviction d'autrui. L'expérience mystique est à usage personnel ;-)
Parmi les croyants, un certain nombre admettent en eux-mêmes une part de doute, une part d'incertitude, une part de faillibilité de leur église ou de leur dogme. Ceux-là sont capables de mettre en question leur croyance, de la faire évoluer au regard d'autres considérations, possédant eux-mêmes une part de doute, ils peuvent comprendre et admettre qu'autrui ne partage pas leur croyance. Le doute est favorable à la tolérance.
D'autres croient "dur comme fer", refusent tout doute pour eux-mêmes, et rejettent généralement violemment toute contradiction qui pourrait mettre leur croyance en porte-a-faux ou les obliger à la remettre en question, si peu que ce soit. Ceux-là sont sur la route de l'intégrisme et du fanatisme. En rejetant si violemment toute contradiction, en refusant d'examiner tout argument contraire, ils ne font par ailleurs que démontrer la fragilité de leur système de croyance, puisqu'ils montrent que celui-ci pourrait être vulnérable à l'examen de la raison et à la projection de lumière...
On peut tracer une autre ligne de partage dans la foule des croyants, en plaçant d'un côté ceux qui pensent que leur foi, leurs convictions religieuses, leur relation à Dieu sont leur affaire personnelle et ne concernent qu'eux-mêmes sans s'imposer à autrui, et d'autre part ceux qui pensent que leur foi est la seule vraie foi, qu'elle a vocation universelle et que ce qu'elle dicte, exige ou interdit doit être appliqué - de gré ou de force - à l'ensemble de l'humanité. Nous trouvons de ce côté de la ligne intégristes, fondamentalistes et fanatiques, et, sans grande surprise, cette démarcation se superpose assez bien avec celle évoquée au paragraphe précédent.
Notons d'autre part que la compréhension de la religion comme relation individuelle à Dieu ou comme vérité universelle devant s'imposer à l'ensemble de l'humanité dépend fortement du dogme et des textes de la religion considérée. De ce point de vue, les trois grands monothéismes ne brillent pas par leur tolérance, comme un coup d'oeil dans le rétroviseur de l'histoire le démontre amplement pour le christianisme, tandis que le journal de 20 heures le démontre amplement pour l'islam.
Des trois monothéismes, le seul qui n'ait pas de vocation prosélyte est le judaïsme, et ce n'est pas la moindre de ses qualités. Là, les choses sont différentes : on est Juif ou on est goy, on est dedans ou on est dehors. Le phénomène religieux reste interne à une communauté donnée, dotée de cloisons étanches vis-à-vis du monde extérieur. On est membre du Peuple Élu, ou pas.
Dès que les croyants se rassemblent en groupes, en religions, se définissant par rapport à un ensemble de textes donnés, à une hiérarchie de prêtres particulière, à tel prophète, à tel messie, nous obtenons des communautés proches de l'affrontement entre elles et avec le reste du monde.
De ce point de vue, l'attitude des trois monothéismes ne laisse pas de me surprendre : Tous croient en "le Dieu Unique", "le Dieu d'Abraham", et, quand on croit au Dieu unique, on voit mal comment on pourrait entrer en conflit avec d'autres croyants au "Dieu Unique", puisque, nécessairement, il n'y a qu'un Dieu Unique, qu'on le définisse comme celui d'Abraham ou pas, d'ailleurs.
Pourtant, on voit que la réalité est toute autre, et que zigouiller son prochain au nom du "Dieu Unique", même et surtout si ce prochain croit aussi dans le "Dieu Unique", est une des activités favorites de l'Homme. Catholiques contre protestants, chrétiens contre musulmans, chiites contre sunnites, et à peu près tout le monde contre les Juifs, à travers l'histoire...
La première chose que font bien volontiers les tenants du "Dieu Unique" est de piétiner allègrement le Premier Commandement de leur Dieu : Article Premier : Tu ne tueras point
Ca semble clair et sans ambiguïté, ça semble suffisamment impératif et général pour ne pas se prêter à l'interprétation ou à l'assouplissement, Article Premier : Tu ne tueras point
, mais il faut croire que non, puisque la mise en pratique générale de cet article se lit bien davantage Article Premier : Tu ne tueras point tous ceux qui sont entièrement d'accord avec toi, et tu massacreras allègrement les autres.
.
Rien de tel que les croyants de n'importe quelle religion pour être les premiers à violer les principes absolus qu'ils professent. Ne parlons même pas des commandements de moindre importance...
Ce qui nous conduit tout droit à un autre paradoxe des monothéismes et de la totalité des religions dualistes : Les notions d'ennemis de Dieu, de blasphème, etc. : Comment un "Dieu Tout Puissant", assez balaize quand même pour avoir créé l'Univers, le Ciel, la Terre, les Hommes, toute chose, le Big Mac et le virus de la variole, comment un Dieu aussi infiniment puissant pourrait-il en quoi que ce soit être concerné, et encore moins offensé par ce que nous pauvres microbes pouvons en dire, en écrire ou en penser ? Comment un Dieu Tout Puissant pourrait-il être vexé (Dieu est-il accessible à la vexation ?) parce que l'on caricature un prophète, ou que l'on réprésente une version dérivée de la Cène avec des filles pour vendre des collants ? En quoi un Dieu Tout Puissant pourrait-il être affecté par le fait que l'on croie en Lui ou non ? Comment un tel Dieu pourrait-il avoir, parmi des humains, des ennemis ? S'il en avait, ne serait-Il pas assez Grand pour régler ses comptes Lui-même ? Pour faire tomber sur l'impudent la Foudre et la Punition Divines ? Comment pourrait-il avoir besoin qu'on lui prête main-forte ? En quoi un Dieu tout puissant pourrait-il être vulnérable ? Et d'ailleurs, quelle serait la motivation, pour un Dieu Tout Puissant, par essence au-dessus des émotions et vanités humaines, à vouloir punir le microbe blasphémateur ?
Plus fondamentalement même, comment quoi que ce soit pourrait-il se produire contre la volonté d'un Dieu Tout Puissant ?
Finalement, ceux qui crient au blasphème, exigent des punitions, des interdictions bien terrestres, militent pour la limitation de la liberté d'expression, ceux-là ne font que démontrer la fragilité de leur religion, avouent implicitement que leur Dieu est un colosse aux pieds d'argile. Car si je suis un Dieu tout puissant, que m'importe le fait qu'une fourmi se gausse de moi ?
Ca ennuie peut-être d'autres fourmis, certes, mais là, c'est une autre histoire.
Origine de la contamination
Intéressons-nous maintenant à la question de savoir comment donc les croyants ont bien pu contracter cette étrange maladie de l'esprit.
Le plus souvent, tout simplement, elle se transmet des parents aux enfants, de génération en génération, dissoute dans le lait maternel et les prières paternelles.
Dans la totalité des religions, même les non-prosélytes, l'enfant nouveau, le bébé, avant même qu'il ne sache parler, encore moins réfléchir, est accueilli, ni de gré ni de force puisqu'il n'a pas encore le moyen d'avoir le moindre avis, dans la communauté religieuse de papa et maman.
Pas uniquement religieuse d'ailleurs, puisque l'enfant qui arrive est accueilli, intégré, dans l'ensemble de la communauté culturelle de son groupe de naissance, et reçoit, avec le lait maternel, langue maternelle, us et coutumes, mode de vie, traditions... et religion. C'est la Grande Histoire de l'humanité ; l'Homme est un être culturel.
Le fait religieux, toutefois, se démarque clairement du reste du paysage culturel. Il n'y a généralement pas de tralalas ni de cérémonie dans l'intégration de l'enfant aux aspects culturels fondamentaux, langue, vêtement, alimentation, manière de faire ses besoins. Il en va fort différemment de l'admission dans la communauté religieuse, qui va toujours de pair avec un rituel d'admission, rituel pour lequel on rassemble la communauté, et l'on fait appel aux services du curé, chamane, imam, lama, rabbin...
Ce rituel symbolique, parfaitement délibéré et organisé, qui marque l'admission de l'individu dans la communauté religieuse, marque bien davantage la prise de possession de l'individu par la communauté religieuse. Avant ce rituel, nous avons un nouveau-né humain, vierge de tout titre de propriété. Libre, en quelque sorte. Après ce rituel, nous avons un catholique, un protestant, un juif, un musulman... Qui dès lors est défini ainsi, et qui plus tard se définira ainsi.
Cette prise de possession de l'individu par la communauté religieuse est encore davantage marquée par le fait que, dans de très nombreuses religions, la communauté, à l'occasion de ce rituel, se permet d'infliger à l'enfant des marques physiques, qu'elles prennent la forme de scarifications rituelles dans certaines religions, ou, dans deux des trois monothéismes, la forme de mutilations sexuelles, ces religions ayant notoirement de gros problèmes dans leur relation à tout ce qui touche à la sexualité. Nous trouvons donc à ce rayon excision clitoridienne pour les filles[3], et circoncision pour les garçons.
Il est certes inhabituel de considérer la circoncision comme une mutilation sexuelle, et je me doute bien que cela choquera certains membres des religions qui la pratiquent. Je ne la considérais moi-même pas comme telle, tant elle est courante et donc banale, et tant il est vrai que nous réfléchissons souvent bien peu à ce qui nous crève les yeux, et qu'on pense rarement spontanément à remettre fondamentalement en question une pratique commune. C'est le Traité d'athéologie d'Onfray qui m'a ouvert les yeux sur ce point [ce qui m'occasionna une forme de choc conceptuel], car il rappelle fort à propos[4] qu'une mutilation est définie juridiquement comme le fait de retrancher une partie saine du corps d'un enfant non consentant sans raison médicale
, ce qui définit parfaitement la circoncision pour raisons coutumières ou religieuses. Concernant la prétendue innocuité de la chose, Onfray nous rappelle également[5] que la surface de peau enlevée correspond à la moitié ou les deux-tiers du recouvrement tégumentaire du pénis. Cette zone de trente-deux centimètres carrés chez un adulte - peau externe, peau interne - concentre plus de mille terminaisons nerveuses, dont deux cents cinquante pieds de nerfs. D'où la résection de l'une des structures les plus innervées du corps. De plus, la disparition du prépuce [...] entraîne une cicatrice circonférentielle qui kératinise avec le temps [...] la peau [...] se durcit et perd de sa sensibilité. L'assèchement de cette surface et la disparition de la lubrification suppriment du confort sexuel pour les deux partenaires.
Vue sous cette angle, on ne peut plus considérer la circoncision comme une pratique anodine, mais bien comme la mutilation sexuelle qu'elle est effectivement, et on ne peut que s'étonner qu'elle ne soit pas frappée de la répression légale qui s'impose.
Enfin, Onfray cite Montaigne[6] qui rapporte les conditions de la pratique de la circoncision dans son Journal de voyage, selon un rite qui apparaît comme clairement archaïque pour ne pas dire barbare. Onfray ajoute que depuis Montaigne, le rite n'a pas bougé
. J'invite les curieux à se reporter à son ouvrage, qui mérite par ailleurs amplement d'être lu.
Bourrage de crâne
Une fois le baptème, rituel d'admission, et les éventuelles mutilations sexuelles dûment pratiqués, l'heureux nouveau Croyant admis dans sa nouvelle famille sera ensuite soumis, avant même le développement chez lui du moindre esprit critique et de la moindre rationalité, à un bourrage de crâne en règle, plus ou moins prononcé selon le degré de religiosité et de pratique de la famille où il a vu le jour. Cela ira de fais ta prière
à le petit Jésus
par-cî, le Prophète (paix et bénédictions sur lui)
par là, l'Eternel ton Dieu
et la Terre Promise
par ailleurs. Puis la "formation spécialisée" du caté de nos grand-mères à l'école coranique, selon le courant dont chacun se réclame.
Tous ces concepts, toutes ces vérités, le petit enfant les avalera en même temps que l'habitude de se laver les mains avant de passer à table et le fait de mettre ses chaussures avant de sortir, bien avant d'être confronté à l'imparfait du subjonctif ou aux équations du second degré.
Pas plus tard qu'hier, en allant chercher mes Nains à l'école[7] je contemplais devant la sortie une parfaitement typique bourgeoise catho versaillaise qui attendait plusieurs enfants pour les emmener au caté
. Elle avait sous le bras un assez gros ouvrage tout plein d'auréoles dorées largement intitulé sur la tranche Ta Parole est un Trésor
. Je regardais la scène un frisson dans le dos...
On bourre donc le mou des gosses avec la Vérité Révélée, on bourre tant et si bien, avant même l'acquisition de la capacité de réflexion, qu'une fois parvenus à l'âge adulte, nos Petits Croyants auront si bien intériorisé tout cela que leur religion fera partie intégrante de leur identité et de leur structure mentale.
Qu'ils soient par la suite pratiquants ou non pratiquants, peu, pas, ou beaucoup, ils n'en seront pas moins estampillés Religion deux-points Catholique
et aussi bien de manière interne que de manière externe.
A ce stade, pour la plupart, et même pour ceux qui ne fréquenteront plus de très près les églises, et qui ne consacreront pas beaucoup de temps de cerveau à la question religieuse, ils auront été imprégnés au point que nombre d'affirmations religieuses indémontrées (et souvent infondées ou parfaitement mythiques) seront pour eux des vérités de base, ils considéreront le pape et les curés comme de respectables autorités morales - même s'ils les fréquentent peu et s'abstiennent souvent de suivre toutes leurs exigences et recommandations - et, ceux qui seront les premiers à se moquer des enfants qui croient toujours au Père Noël, le barbu en rouge qui se balade dans le ciel avec sa hottte chargée de cadeaux dans son traîneau tiré par des rennes volants, n'auront aucune difficulté mentale pour continuer d'admettre à l'âge adulte la résurrection des corps, le jugement dernier, le péché originel, la mer qui s'ouvre pour laisser passer un type et son peuple, la vierge engrossée par le Saint-Esprit, le type qui marche sur les eaux et ressuscite au 3ème jour (après en avoir résurrecté d'autres, il est vrai, mais ça se pratiquait beaucoup à l'époque), le fait que les Abracadabras du curé transforment effectivement et miraculeusement le vin de messe en sang du Christ et l'hostie en corps du Christ, et pas seulement symboliquement, non, la transsubstantiation, c'est pour de vrai, pas pour de rire[8] ou l'autre fait avéré qu'après leur mort, ils seront assis à la droite de Dieu (c'est normal disait Desproges, c'est la place du mort)...
Parmi ceux-là, si jamais on écorne ou met en doute leurs croyances, certains crieront comme des putois ou hurleront au sacrilège (attendons de voir ce que va donner le fil de commentaires de ce billet), alors qu'heureusement d'autres seront plus tolérants.
Enfin, après avoir ainsi intériorisé la religion dès l'enfance, s'être structurés avec elle, beaucoup ressentiront toute attaque contre leur religion non pas comme une attaque contre une opinion, mais comme une attaque contre leur identité propre, comme une insulte à leurs ancètres, à leur race, à leur Dieu, à leur peuple entier... Ils seront de ce fait incapables d'examiner honnêtement tout argument contraire, tout argument qui mettrait en péril l'édifice par simple application du raisonnement, de la logique, ou de connaissances historiques ou paléontologiques. La religion, sera, chez eux, hors d'atteinte de toute raison. C'est normal, elle sous-tendra leur être bien antérieurement, bien plus profondément, que la couche rationnelle ultérieure.
Le croyant a d'autant moins de raisons de remettre sa religion en question que celle-ci apporte, car c'est son rôle originel, bon nombre de certitudes, répond à bon nombre d'angoisses, dont celle, fondamentale, de notre mort. Et du "sens de la vie", des fondements de la morale, de la justice et de l'injustice... La religion apporte au croyant un fil conducteur pour sa vie, le rassure quant à la suite, lui évite bien des "comment", des "pourquoi"... Elle joue le rôle d'un anxiolytique, d'une consolation. L'opium du peuple
, comme disait l'autre.
Bien souvent le croyant, même s'il est très, très peu religieux, répugnera à remettre en question les fondements de sa croyance, car sa croyance lui apporte un confort, et sa remise en question le confronterait à toutes les difficiles questions que la religion étouffe opportunément. Même si on n'y croit pas totalement, pas à 100%, on y croit suffisamment pour ne pas se poser de questions. Pour échapper à l'angoisse. Pour éviter le "où vais-je, où cours-je et dans quel état j'erre ?". Pour beaucoup, "c'est déjà ça de gagné".
Les croyants, je les respecte parfaitement en tant qu'êtres humains. Mais je ne respecte pas leurs croyances, qui ne sont pour moi que des opinions, et bien souvent, des opinions parfaitement ridicules.
On peut très bien respecter quelqu'un sans pour autant respecter les diverses opinions qu'il professe. Et si chacun a droit au respect, nul ne peut exiger que l'on respecte ses opinions, pas même par le tour de passe-passe consistant à affirmer "mes opinions, c'est moi" ou "mes opinions, c'est Dieu".
Qu'il soit ici bien entendu que l'objet de ce billet n'est pas d'offenser ou d'insulter quiconque. Il ne vise personne en tant qu'être humain. Dans ce billet, je ne fais que donner mon opinion quant à d'autres opinions et systèmes de pensée, quant à des religions organisées en tant que telles et dotées d'une certaine structure sociale "temporelle", et quand aux actes qui sont ou ont été largement commis en leur nom. Pour autant, non seulement, par ce billet, je ne cherche pas à offenser quiconque en tant qu'homme, mais encore moins à appeler à la haine ou au mépris de qui que ce soit du fait de ses croyances ou convictions, ou de sa religion.
Même si je n'ai pas de respect pour une croyance ou religion en tant que telle, j'ai le plus grand respect pour les croyants, non pas en tant que croyants, mais tout simplement en tant qu'humains. Et je crois profondément en la liberté de chacun de croire ce qu'il veut, tout comme je crois en la liberté de chacun de critiquer les opinions ou croyances d'autrui - sans que cette critique ne soit adressée ad hominem.
Les Grandes Religions sont-elles respectables ? Je les juge à l'aune du nombre de morts qu'elles ont causé, du nombre de ceux que l'on a tués ou déportés en leur nom ou au nom de Dieu, du nombre d'esclaves, de convertis de force, d'opprimé(e)s, de sorcières et d'hérétiques brûlés, d'infidèles passés au fil de l'épée. Je les juge à l'aune des richesses des églises dont le Messie prêchait la pauvreté et le partage. Je les juge à l'aune des positions de leur dirigeants vis-à-vis des puissances temporelles, je les juge au regard de leur attitude lors des génocides et progroms, et particulièrement des pires de l'Histoire. Je les juge au nombre de clitoris excisés et de prépuces coupés. Je les juge au nombre d'humains, Noirs, femmes, longtemps décrétés "sans âme". Je les juge aux esclaves justifiés. Je les juge aux burkas, aux hidjabs et aux tchadors. Je les juge aux croisades et aux Saint-Barthélémy, au nombre des hommes tués au nom de Celui qui est Amour. Je les juge à la Sainte-Inquisition, au nombre des péchés qu'elles ont inventé, au nombre des impuretés qu'elles ont fabriquées, à la haine du corps et de la sexualité. Je les juge au nombre d'intouchables et de filles-mères méprisées, au nombre de pêcheresses enfermées au Carmel. Je les juge aux fatwa contre des écrivains, dessinateurs, cinéastes. Je les juges aux terres promises envers et contre tout. Je les juge au sida-meilleur-que-la-capote. Je les juge au cochon immangeable et au poisson le vendredi.
La plus dangereuse des sectes expertes en manipulation mentale ne pourrait pas se vanter du millième des massacres dont peuvent s'ennorgueillir les Grandes Religions d'Amour.
Et Dieu, dans tout ça ?
Justement, Dieu, puisqu'on en cause...
Ben on ferait peut-être mieux d'en recauser dans un autre billet, tant mélanger Dieu et religions ne Lui fait pas honneur...
Alors, sommes-nous dans un blog sans Dieu ? la question pour l'instant restera en suspens. Mais nous sommes en tout cas dans un blog sans "Grande Religion Organisée" voilà au moins une chose qu'elle est sûre.
De toute manière, les religions organisées, sapusépalibre.
Alors, nous nous contenterons de la modeste Secte Très Sainte Eglise des Adorateurs de Cela. En plus, quand nous publierons nos Textes Saints, ils seront sous Licence Creative Commons ;-)
Notes
[1] Il est d'ailleurs à redouter que ce pauvre Swâmi Petaramesh ne s'en fasse 3 bons milliards du seul fait de la rédaction de ce billet...
[2] Grasset, 2005
[3] Certains prétendent que l'excision clitoridienne n'a rien à voir avec l'Islam, puisqu'elle n'est pas imposée par les textes fondateurs de cette religion. Peut-être, mais toujours est-il qu'elle est largement pratiquée par certaines populations de religion musulmane, et intégrée dans l'ensemble de leur système de croyances pour des raisons coutumières et religieuses. Que cette pratique soit ou non directement dictée par les textes fondateurs de telle religion est pour moi sans importance ; l'important étant à mes yeux que cette pratique soit intégrée à l'ensemble de la pratique religieuse d'une population qui n'établit pas de distingo aussi subtil, et d'autre part, que la religion dont se réclame cette communauté ne fasse rien, pour autant que je sache, pour mettre un terme à ces pratiques.
[4] Op. cit. p. 140
[5] Op. cit. p. 142
[6] Op. cit. p. 143
[7] Ils sont tous les deux "chez les curés". Ben ouais quoi ! Y'a que là que c'est pas le bordel ;-) et puis... ils le valent bien.
[8] Celui qui ne croit pas en cela dur comme fer ne saurait se prétendre catholique...









Commentaires
J'en suis une fois de plus sans voix .... comment fais tu pour exprimer si exactement le fond de ma pensée na moi Rien à ajouter, si ce n'est "merci de le dire".
Comme tu le supposes, je pense aussi que ça va provoquer moult commentaires, il n'y a qu'à voir le post du blog que tu cites au début. Mais comme dans celui ci, ça peut ne pas être triste, quand ce n'est pas affligeant .....
Magistral !
Une remarque cependant. Si des parents sont assez convaincus que la religion qu'ils pratiquent est "la bonne, la seule, la vraie", n'est il pas normal qu'ils la communiquent à leurs enfants, au même titre que d'autres pratiques et préceptes qui sont communément reconnus pour être bon pour les enfants quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, comme s'instruire, se laver, se conduire respectueusement vis à vis des autres et de soi .... ? Tout parent ne cherche t il pas à donner le meilleur de tout ce qu'il peut à son enfant ? Toi même ne mets tu pas les tiens "chez les curés" au prétexte que "Y'a que là que c'est pas le bordel", mettant ainsi à leur disposition les meilleures chances de réussir leus scolarités ?
Je reconnais volontiers que ce qu'en font les humains n'est pas à la gloire des religions, ou des dieux qu'ils pensent honorer. Mais où est la solution ?
A part bien sur dans la tolérance que tu prônes et que je tâche également de pratiquer, mais n'est ce pas une utopie, si l'on tient compte de la nature humaine (qui sous couvert de religion est souvent motivée par bien d'autres causes) ?
@Laurie :
Bien sûr, mais il y a toute la différence entre transmettre et embrigader, entre instruire et formater.
Un parent réellement désireux de donner le meilleur à son enfant attendra que celui-ci ait les outils intellectuels nécessaires à la digestion de la nourriture qu'on lui propose. Il lui laissera la possibilité du choix. Il ne cherchera pas à le "gaver" avant que celui-ci n'ait la moindre grille de réflexion critique pour lui permettre d'évaluer la nourriture qu'on lui propose. Il répondra à ses questions de son mieux, selon ce qu'il sait ou croit, quand ces questions viendront, sans aller au-devant.
Où est, d'ailleurs, l'urgence ?
Vouloir "le meilleur" pour son enfant, n'est-ce pas vouloir qu'il puisse se développer de son mieux, selon son choix, plutôt que de vouloir le téléguider depuis la naissance, en faire la chose d'une croyance ou d'une église, qu'il le veuille ou non ?
Bien sûr, ceci nécessite une certaine maturité de réflexion qui n'est probablement pas présente chez la majorité des humains, croyants ou non.
Quoi qu'il en soit, notre société juge sage de ne donner à ses enfants de cours de philosophie qu'à partir de la classe de terminale, car ils ne seraient pas suffisamment matures pour pouvoir pleinement l'aborder plus tôt, et elle trouve également normal de les baptiser dès une semaine de vie, de leur parler du petit Jésus dès leur premier Noël, et de les mettre au catéchisme avant même qu'ils n'aient quitté l'école maternelle... Deux poids, deux mesures...
Et je ne parle même pas des atteintes à l'intégrité physique commises pour raisons religieuses sur des bébés qui ne parlent même pas encore.
Je ne suis sans doute qu'un vil athée qui ne comprend rien à la foi, mais je n'imagine même pas comment j'aurais pu trouver une seconde tolérable de voir un quelconque prêtre brandir son couteau au-dessus du berceau de mon fils ou de ma fille. Et je me demande comment un quelconque parent peut supporter cela. Il faut croire que celui qui trouve cela normal, et moi, n'avons pas les mêmes grilles de référence...
J'espère que mes enfants s'intéresseront un jour à la question du fait religieux, à l'histoire de différentes religions, au contenu de celles-ci, et aux questions plus profondes et plus métaphysiques qui se trouvent dessous.
Cela me semble non seulement nécessaire du point de vue de la culture générale et du point de vue de la compréhension de la société et du monde dans lequel nous vivons, mais, plus encore, la réflexion (je dirais bien : la méditation) des questions philosophiques fondamentales me paraît indispensable à la pleine réalisation d'un être humain.
Mais pas à l'école maternelle ou primaire. Et si, un jour, l'un d'entre-eux décide de se couper un bout de ceci ou un morceau de cela, que cela soit sa décision d'Etre libre, et non la mienne.
@Petaramesh : Un parent réellement désireux de donner le meilleur à son enfant attendra que celui-ci ait les outils intellectuels nécessaires à la digestion de la nourriture qu'on lui propose. Il lui laissera la possibilité du choix.
Jamais de la vie ! Tu mets la Raison au dessus de la Foi ! Tu estimes que l'être humain a un "choix" de croire à ce qu'il veut ! Voilà bien des concepts totalement étrangers à un croyant ! Dans sa vision du monde, le parent croyant donne justement le meilleur à son enfant en lui faisant le cadeau de la vie éternelle, de la bienveillance du créateur, de la Vérité Révelée ! "Grille de réflexion critique" tu dis ? Blasphème !
Merci ;)
Il est exact que les mutilations physiques me semblent bien peu correspondre à ce qu'exigerait un Dieu par nature tout puissant et amour, comme tu le disais, et que j'aurais eu bien du mal à l'admettre aussi, je pense. D'autant plus que comme tu le disais également, elles ne sont pas anodines. (A ce propos, je me suis toujours demandée pourquoi on hurlait contre l'excision, et pas contre la circoncision, d'ailleurs. La peur d'être taxé d'antisémitisme primaire ?)
Mais encore une fois, est ce que tu demandes à ton bébé s'il veut du lait ou s'il ne préfèrerait pas un coup de St Estèphe dans son biberon ? Il y a des choses que tu es bien obligé de choisir pour lui quand il est petit.
D'autre part bébé ou pas, pour choisir, il faut des éléments de choix. Si tu baptises ton enfant et que tu l'élèves dans la religion qui est la tienne, et que donc tu considères comme la bonne, (même et surtout si le voisin te tape sur la figure à cause d'elle), rien ne l'empêche plus tard de réfléchir et de choisir d'y adhérer ou pas, mais au moins en connaissance de cause. Si tu n'as jamais goûté de chocolat ou d'épinards, comment peux tu savoir lequel te convient le mieux ?
L'important est de ne pas fanatiser ni "endoctriner", comme tu dis, mais d'instruire, sans diaboliser les autres et en en parlant aussi. En argumentant et en vivant en harmonie avec ce que tu dis. En lui expliquant que lui il est ceci ou celà, mais que d'autres ont d'autres fois parce qu'il se trouve qu'ils sont nés ailleurs ou dans d'autres communautés.
Par contre je suis entièrement d'accord avec toi sur le fait que bien peu de choix est laissé au croyant de base sur ce sujet, et que des motivations tout à fait séculières sont à l'origine de bien des fleuves de sang au nom d'un dieu ou d'un autre. Mais de ce point de vue là, le communisme par exemple en a fait tout autant et avec les mêmes méthodes : "Vas y, crois, absorbe, c'est bon pour toi, tu vivras mieux, ne t'enrichis pas, donne tout à l'état/l'église (rayer les mentions inutiles), tu te sentiras plus léger et bon, et tiens, va donc conquérir tel ou tel pays, faut leur faire admettre à ces ignorants, que notre système est le meilleur et qu'ils doivent l'adopter (ah tiens, y'a du pétrole dans leur sous sol !!!! Quelle surpriiiise !!! Mais qu'ils vont être heureux et fiers de nous le donner de leur plein gré pour le salut de leur âme/la gloire de leur nation enfin réunie à la nôtre !!!! (rayer les ...))."
@Laurie :
Il me paraîtrait encore plus étrange de penser qu'un "Dieu" créateur puisse créer une créature dotée de certains attributs physiques dans le but qu'on fasse les finitions au couteau pour en enlever tel ou tel bout...
Si j'étais un tel Dieu anthropomorphe et créateur, ça me ferait plutôt chier que de petits malins s'amusent à rectifier le résultat de Ma création à l'Opinel...
Je te les accueillerais à coups de pied au cul, ceux-là, le jour où ils se présenteraient devant Moi au jour du jugement...
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Je fais une certaine différence entre les nourritures terrestres et les nourritures spirituelles...
Mais elles ont aussi des points communs : Tu ne donnes pas à bouffer un steak à un bébé, avant que son organisme ne soit capable de le mâcher et de le digérer. Sinon, tu l'étouffes, tu l'empoisonnes ou tu l'intoxiques.
Il en va de même pour les nourritures spirituelles: Si tu gaves un môme de nourritures spirituelles qu'il ne peut pas encore digérer, tu intoxiques son esprit.
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...à cela près qu'on n'a aucun besoin de trancher sur l'existence de Dieu ou le choix d'une religion - ou pas - quand on est bébé. On a davantage besoin des calins de sa maman et de bidules à patouiller.
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...alors tu l'as influencé dès le début en lui collant une couche de "vérités" auxquelles il restera attaché pour des raisons affectives et inconscientes, avant de l'avoir laissé se doter des mécanismes et des outils de la raison.
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Sauf que sa réflexion sera biaisée et influencée pour les raisons évoquées ci-avant. Rien ne force à mettre la charrue avant les boeufs en lui faisant acquérir prématurément ce que tu appelles la "connaissance de cause", qui, en l'occurence, n'en est pas une, puisque celle-ci sera simplement la reproduction des croyances et pratiques de ses parents, qu'il lui faudra passer a posteriori au crible de l'examen et de la raison, ce qui est une tâche difficile.
Si tu parles de choix "en connaissance de cause", un enfant qui aura été élevé dans une religion aura nécessairement son choix faussé entre cette religion, acquise au biberon, et toute autre religion ou absence de religion, abordée bien plus tard et avec un poids affectif différent.
La seule manière de permettre un choix impartial "en connaissance de cause" est de ne pas pousser dès le départ dans une direction donnée...
Certes, c'est aussi, et nécessairement, un point de vue biaisé de ma part, puisque de mon point de vue anti-monothéiste, démarrer avec "rien" est préférable à démarrer avec "un tas de conneries", quel que soit l'étiquette de celui-ci...
Reste que l'avantage du "rien" est d'être intrinsèquement neutre...
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Or c'est impossible dès que l'on présente une "vérité" à un enfant qui n'est pas encore capable de l'évaluer par lui-même, surtout quand cette idée est présentée sous le sceau de l'autorité et de l'amour de Papa et Maman...
Donc, si on ne veut pas endoctriner, on ne peut qu'attendre pour ces questions, et commencer par cultiver dans l'esprit de son enfant la jeune pousse du discernement et de l'esprit critique.
Un esprit suffisamment bien construit est largement capable ensuite de se faire son opinion par lui-même.
Certes, avec cette démarche, son opinion finale ne sera peut-être pas forcément la mienne, mais il n'y a pas de raison de penser qu'elle soit moins bonne que la mienne...
Reste bien sûr à définir le but de l'exercice : S'agit-il d'aider un être humain à se forger son opinion, ou s'agit-il de reproduire mon opinion dans son esprit ? En ce qui me concerne, comme on dit, poser la question, c'est déjà y répondre.
Certes, bien que pas tout à fait dans la même optique que toi, je suis assez d'accord avec ton raisonnement....sauf qu'il est exactement le même qu'avec l'une ou l'autre religion.
Tu élèves tes enfants en leur apprenant avec calins, autorité et amour qu'il n'y a pas de dieu et que tous ceux qui prétendent le contraire essaient de leur bourrer le mou ..... Tu penses vraiment qu'à 20 ans ils iront se faire catéchiser et baptiser tout en se disant Décidément papa est un vieux con, il a pas vu que c'est ça la vérité !. Ca revient au même, et il n'y a pas de solution.
On n'arrivera jamais à faire qu'il n'y ait pas de fanatisme religieux (ou autre), précisément parce que ce fanatisme est entretenu pour des raisons tout à fait autres que religieuses.
Ca fait très longtemps que je me dis que Dieu est un concept idéal, mais que ce qu'en font les humains est exécrable, à quelques exceptions près .......
Je crois que tu expliques très clairement comment un agnostique rationaliste, suivant un raisonnement d'agnostique rationaliste, élève ses enfants dont il espère secrètement qu'ils resteront agnostiques rationalistes. Mais je crains que pas un seul morceau de ce raisonnement ne soit acceptable, et encore moins appliquable, par un croyant, alors je ne vois pas bien où ça nous mène.
cela fait une bonne base, que l'on peut dépasser ensuite pour évoluer vers autre chose...
J'aime beaucoup : "mélanger Dieu et les religions ne lui fait pas honneur"... Je fais partie de ceux qui ont ingurgité une éducation religieuse catholique (pas trop forcenée, Dieu merci ;-)), église dont je me suis détournée pour son "manque de spiritualité" au profit de dogmes et règlements dignes d'une administration sèche... Heureusement qu'il y a Arnaud Desjardins pour vous apprendre à relire les évangiles, à la lueur d'autre chose que de convenances, et les religions non monothéïstes pour donner une idée de Dieu...
@Traou :
Arnaud : Béni soit son nom.
Swâmi : Puis-je vous faire grossir les chevilles encore un peu ? Non ? Bon, ok. Passons alors au vif du sujet.
Il y a différents points avec lesquels je suis entièrement d'accord, et j'oserais dire que ça me fait plaisir de voir que je ne suis pas le seul à les penser.
Il y a néanmoins deux ou trois points à noter. Des points de détail.
PROSELYTISME
Le premier, que j'ai peut-être mal compris en lisant la bible, c'est que tout de même, tout pas prosélyte pour un sous, les Juifs ont tout de même voué à l'interdit (= massacrer, tuer, détruire) tout un tas de peuples (y compris les animaux) sous le prétexte très recevable et hautement moral qu'ils (ces peuples) ne croyaient pas en leur dieu (forfaits ordonnés par icelui).
Rappelons tout de même, que du côté des autres religions monothéistes, il y a eu nombre de cas similaires à ce prosélytisme extrême.
Ce site donne une définition différente de celle que je connaissais pour l'acception "prosélyte". La voici :
Dans de vieux temps de testament, un proselyte était un résidant étranger (Exod. 20:10; Deut. 5:14). Dans le nouveau testament, un proselyte était une personne d'origine (non-Juive) de Gentile qui avait accepté la religion juive, si habitant en Palestine ou ailleurs (23:15 mat; Actes 2:10; 6:5; 13:43).
Dans mon précédent paragraphe, je lui donnais cette acception, la même que vous utilisez, je pense, dans votre article.
RAISONNEMENTS FALLACIEUX
Ceci étant dit, vous faites écho dans un autre paragraphe au fait que leur dieu pourrait avoir besoin d'aide, etc. de la part de nous, microbes par définition, par rapport à une entité divine telle que décrite dans les littératures fantastiques religieuses. Je suis entièrement d'accord. J'aimerais porter à votre attention un texte qui complète vos assertions.
C'est tiré de ce texte (que je vous encourage à lire) (il s'agit d'un jeu de questions/réponses entre un homme et ... un autre homme, que j'appellerais ci-dessous L'Entité, entité qui se révèle être une part de lui-même) :
Début de citation.../... L'homme :"Finalement si je vous comprends bien, si le monde est dans ce piteux état, c'est à cause de nos croyances à propos de Dieu ? Mais quelles sont donc, selon vous, ces croyances à propos de Dieu qui sont responsables de tous nos malheurs? "
L'Entité : " Permettez alors que je vous les énumère succinctement :
1°) On vous a fait d'abord croire, que Dieu a besoin de quelque chose .
2°) On vous a fait aussi croire, que Dieu peut ne pas obtenir ce dont il a besoin .
3°) On vous a fait encore croire, que Dieu vous a séparé de lui parce que vous ne lui avez pas donné ce dont il a besoin .
4°) On vous a fait aussi croire, en plus que Dieu exige pour satisfaire ses besoins si intenses, que vous, dans votre petit isolement, vous devez répondre à ses besoins .
5°) On vous a fait croire surtout et c'est la plus grave des erreurs que Dieu vous détruira, si vous ne répondez pas à ces exigences et qu'il fallait redouter absolument la colère de Dieu .
Fin de citationJe vous conseille vivement de lire ce texte (tout au moins jusqu'au mot de ladite historiette et pas forcément la suite de la page sur laquelle je n'apporte d'ailleurs strictement aucun crédit - Attention, c'est haut en couleur :) ), qu'on pourrait classer comme "philosophique" ou "délirant" (surtout si on lit la suite) selon l'angle par lequel on l'aborde.
CROYANCES ET RELIGIONS
Ce qui m'amène à parler des croyances et des religions. Les deux, bien que liées, doivent être selon moi séparément critiquées. Les religions ne sont que des textes écrites par des hommes (sans majuscule, vu qu'aucune (?) femme n'a participé à leur écriture, tout au moins dans les trois religions monothéistes les plus connus dans notre pays) pour fédérer d'autres personnes. Ces textes, sont plus ou moins bien écrits, plus ou moins verrouillés, s'auto-valident, etc. En ce sens, le Coran est extrêmement bien écrit, d'ailleurs.
Cela peut être critiqué à bien des égards, tout comme on critiquerait n'importe quel livre de BHL.
Les croyances, bien qu'ayant souvent leur sources dans les religions (de Maman et Papa comme vous le décrivez bien), ne sont que des états d'esprit, des aspirations intimes qui sont nettement moins critiquables, bien que comme vous le souligniez on puisse ne pas y adhérer. Tout dépend donc quelle définition, quel sens, vous donnez à croyance lorsque vous écrivez :
Si, dans votre phrase, le mot croyance est non distingué et non séparé de , alors je suis d'accord avec vous : je ne respecte pas plus les religions (en tant que, je le rappelle, textes fédérateurs et réducteurs dont le but n'est autre que l'asservissement humain), qui a mon sens, ne respecte pas l'humain en tant qu'entité pensante. D'autant plus, ces religions, rabaissent la faculté de libre-arbitre des personnes, en leur proposant, non ... en leur ordonnant de suivre des règles toutes faites. Une façon de vivre en kit, si je puis dire.
La croyance, décorrellée de est par contre tout à fait respectable (même si on n'y adhère pas) car elle fait partie de l'intimité personnelle. Que je crois en la force des arbres, de la puissance de la nature, en l'espèce humaine (même si ce n'est pas bien barré) ou autre chose, c'est tout de même ce qui fait que je suis moi parmi les autres (voire une partie d'un tout, mais là, je risque de dérivé sur un tout autre sujet).
Je pourrais donc, de fait, très bien avoir une croyance qui ne suit aucune religion connue ou inconnue (arf !).
Le problème réside dans le fait que 99 % des cas des croyances n'en sont pas par essence car elles se réfèrent à des textes religieux, donc, selon mon avis, souvent ridicules.
REMISE EN QUESTION
D'autres part, vous dites que . Si cela est parfaitement vrai, il ne faut néanmoins pas oublier le facteur d'interdiction des religions qui expliquent qu'il n'est pas possible de la remettre en cause, sinon, cht'te jure, tu pourriras éternellement dans les sombres flammes de l'enfer/empalé/dissequé (1).
Ce dernier conditionnement est extrêment fort et ne mène à aucun démarrage de réflexion de la part du croyant, car il est interdit de penser y penser. On retrouve dans ce fait toute la force de persuasion lobotomisante des religions. A titre d'exemple, un collègue au Maghreb m'a dit "On peut pas critiquer Dieu !". Réponse (courte) : "Pourquoi ? T'es qui toi pour prendre Sa défense par rapport à Lui ? Tu oses imaginer qu'Il ne pourrait se défendre Lui-même ? Ou même que ce que ma minuscule personne dit puisse L'offenser ?". La discussion s'est arrêtée ici faute de combattant.
Pour imager ce qui s'est ensuivi, je dirais que cette personne, fort honorable et sympathique d'ailleurs (2), a "buggé", elle est entrée dans une boucle sans fin, un peu comme si un Robot d'Asimov (3) violait une des trois lois de la robotique.
========== Notes :
(1) Rayez les mentions inutiles.
(2) Aucun rapport, mais c'est pour calmer les éventuelles ardeurs paranoïaques qui pourraient résulter de la lecture de cette phrase.
(3) hors sujet : à lire si pas fait : le cycle de Fondation de cet auteur.